«Ce n'est pas le temps de changer de pilote dans l'avion», dit Couillard

« L'économie va bien, il faut que ça continue de bien aller, ce n'est pas le temps de changer de pilote dans l'avion», a dit le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne « L'économie va bien, il faut que ça continue de bien aller, ce n'est pas le temps de changer de pilote dans l'avion», a dit le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard.

La Coalition avenir Québec n'est pas de taille pour défendre le Québec contre les assauts protectionnistes des États-Unis, fait valoir le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard.

À ses yeux, cette « grande période d'instabilité » requiert le maintien d'« un gouvernement qui a fait ses preuves et en qui on a confiance » aux commandes de l'État. « L'économie va bien, il faut que ça continue de bien aller, ce n'est pas le temps de changer de pilote dans l'avion. [...] Ce n'est pas un moment pour ajouter à l'instabilité », a-t-il fait valoir au terme du conseil général du PLQ samedi. 

M. Couillard — dont la formation politique est créditée de 26 % des intentions de vote, comparativement à 35 % pour la CAQ —, a joué à fond la carte de la « stabilité économique » samedi. Son prédécesseur Jean Charest l'avait fait il y a 10 ans avec succès. En effet, en 2008, il avait sollicité auprès de l'électorat un gouvernement majoritaire, ce qui lui permettrait de faire face aux soubresauts de la crise financière les « deux mains sur le volant ». Il l'avait obtenu.

Le président de la campagne du PLQ, Alexandre Taillefer, a aussi insisté sur la nécessité de réélire le PLQ dans cette période trouble où le locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, fait flèche de tout bois, attaquant tantôt la gestion de l'offre, tantôt l'exception culturelle du Québec, tantôt les alumineries et les aciéries... « Ça prend des gens sérieux, des gens qui sont en mesure de mettre les mains sur le volant et de s'assurer de mener l'économie du Québec à bon port », a-t-il fait valoir dans une mêlée de presse.

Disant incarner le « changement » et le « renouveau », le chef libéral a braqué les projecteurs sur des recrues parmi lesquelles se trouvent les candidats Marwah Rizqy (Saint-Laurent) et Ludovic Grisé Farand (Montarville).

L'élection du parti politique de François Legault inaugurerait une ère de « petite noirceur », a mis en garde Mme Rizqy, se valant une ovation. « Le 1er octobre, vous allez avoir deux choix [...] celui du repli, celui de la division, celui de la fermeture, celui du démantèlement de l'État, de la privatisation, bref, de la petite noirceur de Monsieur Legault », a-t-elle lancé avec aplomb.

M. Grisé Farand a dit mal comprendre la volonté exprimée par plusieurs personnes de changer une recette gagnante. « Il y a un parti en Alberta [parti progressiste-conservateur] qui a été au pouvoir pendant 44 ans. Pourquoi? Parce qu'il savait se renouveler, parce qu'il gérait bien les finances publiques, gérait bien l'économie: c'est exactement ce qu'on fait. Ça ne sert à rien de changer! » s'est-il exclamé à quatre mois des élections générales. « On n'aura pas l'équipe du changement. Mais, on va avoir l'équipe du renouveau. »

La sommelière Jessica Harnois, qui envisage la possibilité de porter les couleurs du PLQ le 1er octobre prochain, est pour sa part montée sur scène afin de parler de ses « ambitions », et ce, dans les deux langues officielles du Canada. 

Bilan et nouvelles promesses
Une série de ministres et de militants se sont succédé tout au long de la journée au centre Mont-Royal afin d'énumérer les réalisations du gouvernement Couillard devant quelques centaines de militants libéraux. Puis, M. Couillard a fait une première promesse, soit la gratuité des services de garde pour tous les enfants âgés de 4 ans. Précisément, l'État annulerait la « contribution » exigée aux parents d'enfants âgés de quatre ans inscrits dans un centre de la petite enfance (CPE), un service de garde en milieu familial ou une garderie privée subventionnée, ou encore, une maternelle 4 ans.

« Les parents ne [seront] pas désavantagés selon le choix qu'ils font », a fait valoir M. Couillard. Il évalue le manque à gagner à résorber par l'État à au moins 250 millions de dollars par année. « C'est maintenant qu'il faut envoyer nos enfants dans un cadre éducatif, pas dans cinq ans ou dix ans lorsqu'on aura fini de construire les milliers de classes nécessaires si on veut faire juste des maternelles quatre ans », a soutenu M. Couillard. Ce faisant, il inscrit le PLQ entre la CAQ — qui s'engage à offrir la maternelle quatre ans à tous les enfants —, et le PQ — qui promet d'élargir le réseau de CPE, tout en y abaissant les tarifs.

La plateforme électorale confondra la population québécoise, avait promis M. Taillefer, en début de journée. « On va surprendre beaucoup de monde. [...] Les gens vont penser que ces idées-là viennent de la CAQ [ou] viennent du PQ. Attention! Ce sont des idées qui vont avoir été créées ici, des choses auxquelles aucun des autres partis n'a pensé », avait-il déclaré dans une mêlée de presse.

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le président de la campagne, Alexandre Taillefer, a «totalement exclu» de porter sa candidature afin de se faire élire à l’Assemblée nationale le 1er octobre prochain.

L'État québécois a les moyens d'opérer un nouveau virage à gauche, avait poursuivi le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. « On a, cette année, plus que jamais sur le plan économique, une situation de devenir encore plus progressiste », avait-il souligné. Cela dit, le gouvernement libéral a fixé la croissance des dépenses de programmes à moins de 3,5 % au lendemain des élections générales (2019-2021), et ce, comparativement à 5,2 % en 2018-2019. Celle-ci pourrait être revue à la hausse si la croissance économique le permet. « Il ne peut pas y avoir de progrès social sans progrès économique », a insisté M. Arcand.

Poursuivre ou briser l'« élan »?
Après avoir fait un « grand ménage », le gouvernement libéral s'est affairé à rendre la société québécoise « plus prospère, plus égalitaire » depuis 2014, a dit le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier. Il a résumé le « choix » qui incombera aux électeurs le 1er octobre prochain: poursuivre l'« élan » avec le PLQ ou « briser l'élan » avec la CAQ. 

Il est tombé à bras raccourcis sur la politique d'immigration de la CAQ, qui prévoit une réduction des seuils d'immigration et l'instauration d'un « test des valeurs » pour tous les nouveaux arrivants. Celui-ci plombera à coup sûr la croissance économique du Québec, est-il persuadé. Le chef de la CAQ, François Legault, « va amener ça [la charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois] un peu plus loin », a averti M. Fournier devant les quelques centaines de membres du PLQ. « Pensez-vous qu'on va être plus prospère [avec la CAQ]? »

M. Couillard a par la suite renchéri sur les propos du député sortant de Saint-Laurent en affirmant que « voir l'autre comme un problème ou une menace », c'est l'idée politique à la fois « la plus ancienne » et « la plus triste ».