La ministre Stéphanie Vallée quittera la vie politique

La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée

Elle aura eu « le vent de face » jusqu’à la toute fin. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a annoncé mercredi son intention de quitter la vie politique dans une pièce sans fenêtres de l’Assemblée nationale, loin de ses militants.

« Ce n’était pas comme ça que j’avais prévu de le faire. J’aurais aimé ça être capable de vous convier en Haute-Gatineau pour annoncer le tout », a-t-elle admis aux journalistes réunis pour l’entendre confirmer la nouvelle, parue dans les médias mardi matin.

Par souci de se « réapproprier [sa] vie personnelle et [sa] vie familiale », l’élue libérale ne sollicitera pas de nouveau mandat à l’aube de l’élection d’octobre 2018. « J’ai besoin de temps avec mon monde », a-t-elle affirmé.

Voyez la déclaration de la ministre Stéphanie Vallée

 

 

Stéphanie Vallée a été élue une première fois en 2007 dans Gatineau, une forteresse libérale depuis 1962. Elle a fait son entrée au Conseil des ministres en avril 2014 pour y entamer un mandat, à la tête du ministère de la Justice, qui n’aura pas été de tout repos. Sa gestion du projet de loi 62, sur la neutralité religieuse de l’État, a été hasardeuse.

Ses explications sur l’application de la loi lui ont valu des critiques pour outrage au Parlement, ce dont la présidence de l’Assemblée nationale l’a blanchie, non sans lui reprocher ses déclarations « imprécises » et « mal préparées ». La ministre s’est aussi embourbée — et contredite — lors d’explications sur l’application de la loi dans les autobus.

« On a malheureusement, peut-être, abordé ce débat-là collectivement de la mauvaise façon », a-t-elle reconnu mercredi. « Mais ce n’est pas les vents de face qui m’amènent aujourd’hui à vous confirmer que je ne me représenterai pas en octobre, a-t-elle aussi assuré. Ce n’est pas ça parce que, des vents de face, je suis incapable d’en prendre. »

Égalitaire plutôt que féministe

Elle est « capable d’en prendre », et elle y a été confrontée. En 2016, elle a emboîté le pas à sa successeure au poste de ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, en se disant « égalitaire », pour mieux refuser l’étiquette de « féministe ». L’année suivante, elle a dû s’excuser publiquement d’avoir joué au jeu Bubble Crush pendant l’étude de la loi spéciale pour forcer le retour au travail des juristes de l’État. Un mois plus tard, elle s’est retrouvée à jongler avec la nouvelle prise de position de la procureure générale du Québec, qui a fait une volte-face complète sur les conséquences juridiques du mariage religieux.

Au printemps dernier, les coups durs sont venus de l’interne. Selon le journal Le Droit, des militants libéraux de sa circonscription, insatisfaits de son travail sur le terrain, ont alors commencé à manigancer pour la pousser vers la sortie. « Faire de la politique, c’est vivre avec la controverse. Faire de la politique, c’est parfois pousser des dossiers qui ne sont pas nécessairement toujours populaires », a répondu Stéphanie Vallée mercredi quand on lui a rappelé les événements. Au détour d’une phrase, elle a évoqué les difficultés de sa vie personnelle ; une vie qu’elle partage avec l’animateur de radio Roch Cholette, boycotté par plusieurs élus de Gatineau, dont le maire, parce qu’il « déforme les faits, invente des scandales, propage de fausses nouvelles ».

Voyez la réaction du ministre Gaétan Barrette

 

La ministre a aussi tenu à défendre ses collègues libéraux — Gaétan Barrette, Carlos Leitão et Philippe Couillard —, qu’elle estime « malmenés » sur la place publique. « Mme Vallée a été très dévouée. […] C’est vraiment un modèle d’implication politique pour les femmes qui veulent se lancer en politique », a commenté sa collègue, la ministre Hélène David. « Mme Vallée a eu des dossiers extrêmement difficiles à piloter, elle l’a fait très bien et je pense qu’elle peut partir la tête très haute », a ajouté le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

L’équipe du PLQ en bref

Le caucus libéral compte 69 députés, incluant 30 ministres.

Nombre de ministres ayant choisi de quitter la politique : 1 (Stéphanie Vallée)

Nombre de ministres en réflexion : 3 (Jean-Marc Fournier, Geoffrey Kelly, Laurent Lessard)

Nombre de députés ayant choisi de quitter la politique : 5 (Karine Vallières, Norbert Morin, Pierre Reed, André Drolet, Guy Hardy)

Nombre de députés en réflexion : 6 (Jacques Chagnon, Ghislain Bolduc, Raymond Bernier, Michel Matte, Germain Chevarie et Serge Simard)