La présidente de la Fédération des médecins spécialistes s’en prend aux journalistes

Diane Francœur, présidente de la FMSQ, n’apprécie guère le travail des journalistes qu’elle accuse de déformer la réalité.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Diane Francœur, présidente de la FMSQ, n’apprécie guère le travail des journalistes qu’elle accuse de déformer la réalité.

« Fake news », journalistes qui « inventent au passage », « dénigrement général » : la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a envoyé jeudi un bulletin spécial qui pourfend les médias et coince deux médecins qui ont critiqué la plus récente entente conclue entre Québec et leur syndicat.

« Vous n’avez pas à rougir d’avoir offert un tel compromis à l’État québécois », écrit la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, dans un bulletin de cinq pages obtenu par Le Devoir.

« Les fake news deviennent la vérité de ceux qui nous accusent de nous être fait greffer un portefeuille à la place du coeur », reproche-t-elle. « Nous les lisons, nous les entendons, nous les regardons et, comme vous, nous y notons des faussetés, des exagérations, de la désinformation, des projections et des spéculations », ajoute-t-elle, en rappelant que la FMSQ ne fera aucun commentaire public « tant et aussi longtemps que l’entente ne sera pas signée ». Jusqu’ici, la Fédération a refusé toutes les demandes d’entrevue du Devoir — et des autres médias.

Sauf que, dans son bulletin, elle s’adresse clairement aux journalistes, analyse Louis Aucoin, expert en relations publiques et directeur de Tesla RP. « C’est un communiqué de presse sous forme de bulletin aux membres, remarque-t-il. C’est une attaque en règle contre les médias […] et, en même temps, une tentative de donner l’heure juste. »

À son avis, la FMSQ a été « critiquée par ses membres », au point de se sentir « assiégée »… et de publier un bulletin contenant « beaucoup de coquilles ». « C’est un indice important : ça veut dire que ça a été fait à la toute dernière minute », observe Louis Aucoin.

Diane Francoeur « fait bien son travail », ajoute Bruno Bouthot, journaliste et consultant en médias numériques. « Le seul problème est la mauvaise réputation qu’acquièrent les spécialistes au passage […], donc elle doit se dédouaner d’avoir mal fait — ou complètement raté — cette partie [du travail]. »

Les docteurs Khadir et Viens attaqués

Outre les médias, la FMSQ cible le député solidaire (et microbiologiste-infectiologue) Amir Khadir et le médecin Hugo Viens, qui a publié une lettre ouverte dans les médias pour dénoncer l’entente.

Diane Francoeur reproche notamment au député Khadir de n’avoir « jamais siégé à un comité ou au conseil d’administration de son association médicale », de n’avoir jamais été membre du conseil d’administration de la FMSQ et « encore moins délégué à son instance décisionnelle ». « Je vous laisse le juger à votre tour », dit-elle à ses membres.

« C’est la première fois que ça arrive, confie Amir Khadir. Entre les lignes, on sent qu’il y a des gens qui ont dû appeler la FMSQ. Ils doivent faire face à un tollé pour sentir le besoin de sortir comme ça. »

À Hugo Viens, la FMSQ reproche son malaise devant la rémunération des médecins spécialistes, qui atteignait 443 161 $ en 2015-2016, une fois les frais de cabinet déduits. « S’il avait bien lu le bulletin que nous vous avons fait parvenir la semaine dernière (et qu’il a reçu en tant que membre de la FMSQ), il aurait compris que l’effet premier de notre entente est précisément d’améliorer les conditions de pratique des médecins dans les hôpitaux et de leur octroyer les ressources nécessaires pour traiter leurs patients », écrit Diane Francoeur.

« Zéro » augmentation

Le bulletin de la FMSQ présente aussi une section « Questions-réponses ». Le syndicat y explique que ses membres ont eu « zéro » augmentation de rémunération, avant d’ajouter qu’il est néanmoins « vrai » que l’entente de principe qu’elle a conclue avec le gouvernement prévoit une augmentation de rémunération. « Mais, il s’agit là de sommes dues depuis l’entente de 2007 ! » écrit la FMSQ pour justifier ses explications.

« Peu se souviennent qu’en 2002, votre écart de rémunération était de 54 % avec la moyenne canadienne de vos collègues. Si nous avons fait une erreur, elle aura été de proposer d’étaler sur dix ans le rattrapage qui nous a été légitimement consenti, études à l’appui », insiste la Dre Francoeur. « Ces dix ans sont devenus 15 ans et maintenant 18 ans. Quel autre groupe de travailleurs en aura fait autant ? » demande-t-elle.

Vendredi dernier, Québec a annoncé qu’il consacrait 2 milliards de dollars aux augmentations de rémunération des médecins spécialistes. Ils obtiennent des hausses de 11,2 % sur huit ans, équivalant à une dépense récurrente de 511 millions, elle aussi étalée sur huit ans. Québec leur octroie aussi un montant non récurrent de 1,5 milliard.

Comme la FMSQ, le gouvernement indique que ce montant est « dû » aux médecins en raison de l’étalement répété d’une première entente, intervenue en 2007 entre Gaétan Barrette et Philippe Couillard, respectivement président de la FMSQ et ministre de la Santé à l’époque.

Le ministre Barrette a reconnu la semaine dernière que cet accord a été conclu sur la base de prévisions erronées, qui surestimaient la rémunération des médecins hors Québec pour les années à venir.

L’entente de principe conclue au début du mois entre la FMSQ et le gouvernement Couillard prévoit de confier à un organisme indépendant, l’Institut canadien d’information sur la santé, le mandat de comparer les salaires des médecins spécialistes avec ceux de leurs homologues canadiens. La missive de la FMSQ laisse entendre que le syndicat présume déjà de certaines conclusions de cette étude. « Notre lecture actuelle est que cette étude démontrera que le financement affecté aux médecins spécialistes québécois demeure inférieur à la moyenne canadienne, même après prise en compte des écarts de richesse collective », est-il écrit.

Un exercice semblable a été fait en 2003, lors de la création d’un Comité d’étude sur la rémunération des médecins, auquel participait la FMSQ, le gouvernement et l’experte indépendante Diane Marleau. Les conclusions du comité ont donné lieu à des interprétations disparates. La FMSQ a déclaré que l’écart de rémunération entre les médecins spécialistes québécois et ceux du reste du pays était de 44 %. Le gouvernement avait plutôt avancé le chiffre de 10 %, tandis que l’experte indépendante a situé l’écart dans une fourchette de 24 à 33 %.

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