Philippe Couillard s’en prend à la CAQ en fin de session parlementaire

Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault ont échangé des souhaits pour les Fêtes, vendredi matin.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault ont échangé des souhaits pour les Fêtes, vendredi matin.

Une « joke », « n’importe quoi », « du siècle dernier » : Philippe Couillard ne retient plus ses coups à l’endroit de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui est vue comme « la » solution de rechange au Parti libéral du Québec (PLQ) par de plus en plus de Québécois.

« La CAQ, c’est n’importe quoi ! C’est presque caricatural. On lance une chose, puis on l’oublie », a lancé le premier ministre avant l’ajournement des travaux parlementaires vendredi. Contrairement à la CAQ, le PLQ est guidé par des « valeurs profondes », et non pas par les « sondages » et les « premières pages » des journaux, s’est félicité le chef du gouvernement.

Ces « premières pages », faut-il le rappeler, ont donné des munitions à l’opposition au cours de l’automne : le PLQ a fait les manchettes à répétition, tantôt par la mise au jour de nouvelles informations sur l’enquête Mâchurer visant son ancien chef Jean Charest, tantôt par l’arrestation du député Guy Ouellette, soupçonné de divulguer des informations confidentielles à la presse.

La claque de Louis-Hébert

L’équipe de M. Couillard avait amorcé la session en encaissant une solide « claque » de la part des électeurs de Louis-Hébert. M. Couillard se disait toujours « peiné » vendredi qu’ils aient donné les clés de ce fief libéral à la CAQ.

« Dans la vie, quand quelque chose commence mal, c’est rare que ça finisse bien », a-t-il professé. Après le départ du candidat Éric Tétrault pour une affaire de harcèlement, les libéraux se sont rabattus sur une candidate de huitième choix dans la circonscription de Québec. La gifle a été monumentale : plus de 16 000 électeurs ont délaissé le PLQ au profit de la CAQ.

Sonnée, l’équipe de M. Couillard s’est mise à la tâche de piller le programme politique de la CAQ. Baisse d’impôts, « chèque » de 100 $ aux parents, examen d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis, uniformisation régionale de la taxe scolaire, ajout d’un deuxième bain pour les résidents des CHSLD, création d’un comité de surveillance de l’UPAC, abolition des clauses de disparité salariale : voilà autant de thèmes et de propositions caquistes qui ont été repris — en tout ou en partie — par les libéraux au cours des quatre derniers mois.

« Et la beauté de l’affaire, c’est que tout ça, ce n’est même pas 10 % de notre programme », s’est félicité le chef caquiste, François Legault, à moins de dix mois des élections générales.

Le Parti québécois (PQ) a, lui, choisi de ne pas participer à la surenchère de mesures pour alléger le fardeau fiscal des Québécois entreprise par le PLQ et la CAQ. En marge, Jean-François Lisée a plutôt mis en garde les électeurs contre les promesses d’abaisser les impôts tout en améliorant les programmes de l’État. « Ceux qui vous disent ça sont des charlatans ! » s’est exclamé le chef péquiste.

« Par chez nous, il y a une expression : quatre trente sous pour une piastre », a aussi dit la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé. « La vision qui est mise en avant par la CAQ est la même vision que le gouvernement libéral », a-t-elle déploré.

Le vent tourne

La CAQ a néanmoins bondi de huit points dans les sondages d’opinion du mois d’août au mois de décembre. Elle recueille désormais 36 % des intentions de vote ; suffisamment pour aspirer à former un gouvernement majoritaire.

Les intentions de vote

  Début de session Fin de session
CAQ 28% 36%
PLQ 32% 32%
PQ 22% 19%
QS 12% 11%

Source: sondages Léger

M. Legault s’est targué vendredi d’être à la tête de « l’équipe du changement », vantant même l’absence de membres dans son caucus qui ont été titulaires de ministère dans le passé. « Moi, je n’ai jamais été premier ministre du Québec. […] Il n’y a personne ici qui a été ministre dans un gouvernement. Donc, effectivement, on est l’équipe du changement », s’est-il enorgueilli.

Le chef libéral a candidement annoncé à la presse qu’il « n’a pas l’intention de reprocher à [ses] adversaires leur manque d’expérience » — l’inexpérience étant vue de nos jours davantage comme une qualité qu’un défaut, a-t-il reconnu implicitement.

Derrière un lutrin habillé du slogan « Économie forte, prospérité retrouvée », M. Couillard a rappelé que, sous sa gouverne, le taux de chômage est passé sous le seuil de 6 % pendant que la cote de crédit du Québec a crû. Il ne s’accrochera toutefois pas à son « bilan exemplaire » d’ici au scrutin d’octobre. Le PLQ présentera un « projet » visant à accroître la « qualité de vie » sans renoncer à la « bonne gestion des finances publiques et de l’économie », a-t-il promis.

Le projet du PQ sera tout autre : « Le projet de société, c’est une nation qui arrête de s’excuser d’exister », a déclaré M. Lisée. Son parti s’est présenté à l’automne comme un choix « vert », pour ensuite avancer — puis reculer — sur la promesse de déposer un projet de loi musclé sur la laïcité. Il a finalement retrouvé sa place dans le débat public par le biais d’une motion invitant tous les commerçants à accueillir leurs clients avec un « bonjour ». « Cette semaine, on avait plus que notre juste part de chroniques. J’ai l’impression qu’on est très, très présents », a lancé le chef du PQ, le sourire aux lèvres.

Principaux projets de loi adoptés

62 : favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État
108 : favorisant la surveillance des contrats et instituant l’Autorité des marchés publics
137 : concernant le Réseau électrique métropolitain

Le test de la crédibilité

Questionnés sur l’avance de la CAQ, tant le premier ministre que le chef de l’opposition officielle ont suggéré aux Québécois de passer au crible les propositions caquistes. « Sur Netflix, [ils] ont changé de position trois fois dans la même journée », a relevé M. Lisée.

En immigration, le chef caquiste a en revanche fait son nid, loin de celui du PQ. « Le critère le plus important [pour la sélection des immigrants], ça va être les qualifications », a confirmé François Legault. Et quel poids aura le critère de la connaissance du français ? « Bien, il va avoir un certain poids », a-t-il tenté.

« Le voir reculer sur le français de cette façon-là, les bras m’en sont tombés, a réagi M. Couillard. Il a dû penser que ce jour-là, c’était bon pour faire des points. »

François Legault a laissé d’autres questions en suspens. Il a réitéré l’appui de la CAQ au projet de troisième lien reliant Québec et Lévis, mais il a admis ne pas « être équipé » pour lui accoler « un chiffre précis ». Le nombre de circonscriptions qu’il convoite ? « Bien, écoutez, le maximum possible », a-t-il répondu.

Le chef libéral a aussi déploré les « pointes d’arrogance » du chef de la CAQ, qui imagine déjà, selon lui, la redécoration de l’appartement officiel du premier ministre dans l’édifice Price, dans le Vieux-Québec. « Je trouve que M. Legault a l’air de tenir les électeurs pas mal pour acquis ces temps-ci », a-t-il déploré.

QS a appelé ces mêmes électeurs à faire une croix sur le « conservatisme politique » en se présentant comme le parti du « pragmatisme qui bouscule les vieux partis ». « On ne peut pas changer le Parti libéral pour son petit frère caquiste », a plaidé Gabriel Nadeau-Dubois.

Une session truffée de rebondissements

6 septembre Le candidat libéral Éric Tétrault et son opposant caquiste Normand Sauvageau se retirent de l’élection partielle de Louis-Hébert pour des gestes inappropriés commis par le passé
9 septembre Jean-François Lisée obtient un vote de confiance de 92,8 % des membres du PQ
20 septembre Québec refuse de condamner la répression espagnole à quelques jours du référendum sur l’indépendance de la Catalogne 
20 septembre Gaétan Barrette annonce qu’un deuxième bain sera offert aux résidents des CHSLD
28 septembre Entente avec Netflix, dont les revenus ne seront pas taxés par Ottawa. Québec annonce que la taxe de vente sera tout de même perçue

2 octobre Élection de la caquiste Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert avec 51 % des voix 
6 octobre Entente entre Québec et les médecins omnipraticiens, dont la rémunération sera haussée de 14,7 % d’ici 2023
11 octobre Remaniement ministériel d’envergure : Rita de Santis est la seule ministre exclue
16 octobre Airbus acquiert 50,01 % du programme d’avion CSeries de Bombardier, dans lequel Québec avait investi 1,3 milliard de dollars
18 octobre La consultation sur le racisme et la discrimination systémique est avortée au profit du forum sur les problèmes d’emploi des immigrants
25 octobre Arrestation du député libéral Guy Ouellette par l’UPAC

1er novembre Le ministre Pierre Moreau s’abstient lors du vote sur la motion soulignant le caractère « historique » du discours du président de l’Assemblée nationale demandant à l’UPAC « d’accuser ou de s’excuser »
16 novembre Présentation du projet de loi encadrant la légalisation du cannabis 21 novembre Carlos Leitão annonce une baisse d’impôt rétroactive de 1,1 milliard de dollars ; Guy Ouellette réintègre le caucus libéral
30 novembre Adoption d’une motion unanime invitant les commerçants à accueillir leurs clients avec un « bonjour »
30 novembre Démission de Marcel Forget, le numéro deux de l’UPAC

1er décembre L’article de la loi sur la neutralité religieuse portant sur la prestation et la réception de services publics « à visage découvert » est invalidé par un juge ; le commissaire à l’éthique blâme l’ancien élu caquiste Claude Surprenant pour le financement d’activités partisanes par des fonds publics
2 décembre Les délégués de Québec solidaire donnent leur accord à la fusion avec Option nationale
4 décembre Lancement d’une étude d’opportunité pour un troisième lien entre Québec et Lévis 
6 décembre Québec suspend le directeur du SPVM, Philippe Pichet, dans la foulée d’un rapport faisant état d’un climat de tension au sein du corps de police ; le directeur de la SQ, Martin Prud’homme, assure l’intérim
Dave Noël

« Je suis un combattant. Je suis un combattant doux, je vais le dire. Je ne suis pas quelqu’un d’agressif, mais je suis pas mal plus tough que le monde pense, pas mal. [En politique] il n’y a rien de donné. […] Je vais continuer à me battre parce que je crois fondamentalement que notre formation politique a offert ce qu’il y a de mieux aux Québécois et va continuer à offrir ce qu’il y a de mieux aux Québécois. »

- Philippe Couillard, premier ministre et chef du Parti libéral du Québec

« Qu’est-ce qui va se passer dans les neuf prochains mois ? Les Québécois semblent avoir décidé, pour un très grand nombre d’entre eux, que les années libérales sont derrière eux. C’est une bonne décision. Et maintenant, ils ont à choisir quel sera le meilleur gouvernement pour remplacer le régime libéral. […] Nous, on sait comment améliorer le Québec après des années de fragilisation libérale, et on va le démontrer. »

- Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

« Même si les libéraux sont très contestés, il reste que ce sont des adversaires redoutables. C’est une grosse machine libérale, et on n’a pas fini de voir des cadeaux électoraux, comme on le voit depuis quelques semaines, de la part du Parti libéral. Donc, les libéraux sont loin d’être battus, on a encore du travail à faire, de gros défis. Il faut mériter la confiance des Québécois. Il faut travailler encore plus fort. »

- François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

« Cet automne, Québec solidaire a fait des propositions pragmatiques qui ont bousculé les autres partis. Nos propositions, elles étaient simples, efficaces, elles n’avaient qu’un objectif : c’est d’améliorer la condition de vie des gens, de faire en sorte que les travailleurs et les travailleuses s’en trouvent avec une condition de vie améliorée. […] Par exemple, le projet de loi anti-burn-out qu’a déposé Gabriel. […] Il y a Amir aussi, qui cet automne a proposé son projet de loi pour baliser le commerce électronique… »

- Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire
4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 décembre 2017 05 h 29

    ... pour du changement ?!?

    « On ne peut pas changer le Parti libéral pour son petit frère caquiste » (Gabriel Nadeau-Dubois, Député, Gouin, QS)

    Effectivement, mais on-dirait que, tant au Québec qu’entre QuébécoisEs, la composition hétérogène des familles politiques, voires sociales, tend à « se consanguiner » ou à s’exiler d’elle-même !

    Du pareil au même ou …

    … pour du changement ?!? - 9 déc 2017 –

    Note : De la photo, souhaits de Joyeux Noël … à tout le monde !?!

  • Patrick Daganaud - Abonné 9 décembre 2017 08 h 21

    Presque indécente

    La photo qui accompagne cet article est presque indécente :
    elle traduit éloquemment la facilité de rapprochement des politiciens de mentalité néolibéraliste.

    Ces trois « chefs » sont semblables : larrons en foire!

    Dans le cas du PQ, nous avons là l'explication de sa descente aux enfers...

  • Jean Lapointe - Abonné 9 décembre 2017 08 h 59

    C'est la meilleure celle-là

    «Contrairement à la CAQ, le PLQ est guidé par des « valeurs profondes », et non pas par les « sondages » et les « premières pages » des journaux, s’est félicité le chef du gouvernement.» (Marco Bélair-Cirino)

    C'est la meilleure celle-là.

    Le PLQ actuel a au contraire renié les valeurs auxquelles le PLQ tenait jusqu'à l'arrivée de Jean Charest.

    Auparavant le PLQ, s'il n'était pas souverainiste, défendait au moins les intérêts du peuple québécois.

    Aujourd'hui il n'en est plus question. Tout ce qui compte pour le PLQ de Philippe Couillard c'est le Canada et la soif de richesses. Ils y «croient» au Canada comme d'autres croient au Saint-Esprit. Ils en font une religion avec le multiculturalisme comme dogme principal.

    Tout ce que les libéraux de Philippe Couilalrd cherchent à faire c'est de nous noyer dans le grand tout canadien. Ils n'ont plus aucune fierté d'être québécois.

    Ils ne sont plus avec nous qui nous disons Québécois. Ils se sont «séparés» de nous pour plutôt s'identifier comme Canadiens. Ils ont donc renoncé à poursuivre l'entreprise engagée par nos ancêtres. Ils se comportent comme des fossoyeurs de peuple.

    Ce sont eux les séparatistes alors que les souverainistes veulent au contraire poursuivre l'aventure française en Amérique parce qu'ils considèrent que c'est leur devoir de le faire.

    Si c'est cela qui fait partie des «valeurs profondes » du PLQ, je trouve qu' il n'y a pas de quoi s'en féliciter. C'est plutôt honteux de leur part. Et c'est le moins qu'on puisse dire.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 10 décembre 2017 11 h 48

    Et en 2018, le gagnant sera...

    « On ne peut pas changer le Parti libéral pour son petit frère caquiste » (Gabriel Nadeau-Dubois, Député QS de Gouin).

    Donc, si je comprends bien la façon de penser de GND, il serait préférable de garder les Libéraux au pouvoir en 2018. Belle mentalité!

    De toute manière, avec les trois partis francophones (PQ, CAQ et QS) qui vont s'entre-déchirer à qui mieux mieux jusqu'au jour des élections, il est fort à parier que le PLQ pourra se faufiler pour obtenir un énième mandat au pouvoir et ainsi terminer le travail de démolition qu'il a si bien commencé avec Philippe Couillard.

    Sur la photo des trois larrons en foire, c'est d'ailleurs ce dernier qui semble rire le plus fort. Il a bien raison! Amir Khadir, qu'on voit plus loin, a bien fait de se tenir à bonne distance de ce cirque loufoque.