Les immigrants, les grands perdants

Les immigrants sont les grands perdants de la présentation du budget des dépenses du gouvernement du Québec pour l'année 2004-05. Ils devront faire face à une baisse de services directs de près de 20 millions, notamment dans l'apprentissage du français.

Même si le ministre des Finances Yves Séguin a annoncé que le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration (MRCI) «disposera d'un budget de 5 millions pour améliorer» la francisation des nouveaux arrivants, c'est en fait des compressions de plus de 50 % du programme d'intégration linguistique qui seront appliquées. Il y aura en effet 5 millions pour faire de la francisation, soit 6,4 millions de moins que pour l'année financière qui se termine aujourd'hui.

Le MRCI met également la hache dans le programme de soutien d'insertion en emploi en y retranchant 600 000 $. Pourtant, la ministre responsable du dossier, Michelle Courchesne, profite de toutes les tribunes pour faire valoir l'importance de l'intégration des immigrants sur le marché du travail. Dans son plan d'action d'immigration dont le Devoir a révélé récemment les grandes lignes et qu'elle doit présenter sous peu, la ministre mise notamment sur l'ouverture des régions pour que les immigrants réalisent leur plein potentiel.

Or, là aussi, les ressources financières sont en baisse. Le programme de régionalisation auquel le gouvernement avait prévu consacrer 3,5 millions à l'origine est amputé de moitié pour s'établir à 1,7 million.

Le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, Stephan Reichhold, s'est inquiété hier de la situation. «Dans le contexte de croissance de l'immigration de 10 à 15 % par année, il y a une saturation des services, que ce soit en francisation ou en insertion en emploi. C'est incompréhensible et inacceptable alors que l'on sait que les fonds du fédéral augmentent. C'est l'énigme totale», a déclaré M. Reichhold.

En vertu de l'Accord Canada-Québec sur l'immigration, le gouvernement fédéral verse annuellement une compensation financière au gouvernement du Québec. En 2002-03, le fédéral a transféré 157 millions au Québec pour l'intégration des immigrants. Pour l'année en cours, Ottawa a prévu donner 164 millions. Cette somme devrait être augmentée à 172 millions pour le budget 2004-05.

Hier, au Conseil du trésor, on assurait que les fonds étaient dépensés en intégration, ce qui inclurait les dépenses en santé ainsi que celles pour l'aide sociale, l'éducation et l'emploi. Il a toutefois été impossible d'avoir une démonstration précise de ces dépenses.

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Michèle Asselin, a critiqué le choix du gouvernement. «J'ai été estomaquée de voir les coupures. Ça m'inquiète énormément pour les femmes immigrantes parce qu'il y a déjà un défi d'intégration pour les familles qui vivent dans la pauvreté. Si elles n'ont pas accès à des cours de français, si elles n'ont pas accès à des mesures d'intégration à l'emploi, on recule de façon importante», a affirmé Mme Asselin.

Au total, le MRCI voit ses dépenses diminuer de 16,2 %. D'autres ministères sont aux prises avec un casse-tête, dont celui des Relations internationales, où on note une baisse de 11,3 % des dépenses. Le ministère assure qu'il ne se retire d'aucune de ses activités mais entend les ajuster dans certains secteurs. Les compressions se feront dans le cadre de la révision du rôle de l'État. Un plan stratégique devrait être présenté en cours d'année.

La tendance est aux compressions ailleurs aussi. C'est aussi le cas du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs avec 10,8 % de dépenses en moins par rapport à l'année 2003-04. La réduction de 30,6 millions de la contribution du ministère au Fonds forestier (la protection et la mise en valeur du milieu forestier, entre autres) explique la variation budgétaire.

Du côté du ministère de l'Environnement, les dépenses diminuent de 12,4 millions dans le champ de la protection environnementale. Le ministère de la Sécurité publique voit son budget baisser de 38,9 millions. La Sûreté du Québec écope de compressions de 9 millions.

Seulement six des 19 ministères bénéficient d'une augmentation de leurs dépenses. Outre le Conseil exécutif, soit le ministère du premier ministre, les Affaires municipales, la Culture et les Communications, la Santé et les Transports ne sont pas contraints au raclage de fond de tiroir.