183e Fête nationale: l’identité québécoise selon Couillard

Pour le premier ministre Philippe Couillard, la Fête nationale 2017 est l’occasion pour «tous les Québécois, quelle que soit leur date d’arrivée», d’afficher leur fierté d’appartenir à la nation.
Photo: Jacques Boissinot la presse canadienne Pour le premier ministre Philippe Couillard, la Fête nationale 2017 est l’occasion pour «tous les Québécois, quelle que soit leur date d’arrivée», d’afficher leur fierté d’appartenir à la nation.

À quelques heures du coup d’envoi des grands spectacles de la Fête nationale du Québec, Michel Rivard a été appelé à décrire l’ambiance sur les plaines d’Abraham, à Québec, ou encore sur la place des Festivals à Montréal. « Les rêves sont en train de se réajuster dans la plupart des cas », a lâché l’auteur-compositeur-interprète, qui a pris part à plus d’un concert de la Saint-Jean-Baptiste. Le spectacle mythique 1 fois 5 sur le mont Royal, en 1976, était l’un d’eux. « Il y avait autre chose dans l’air. » Depuis, la ferveur nationaliste s’est refroidie. « Je pense que ce n’est pas une occasion pour arrêter de fêter, au contraire », a poursuivi le porte-parole de la 183e Fête nationale au micro d’ICI Radio-Canada.

Des dizaines de milliers de Québécois entendent bien lui donner raison. Ils braveront les intempéries annoncées et se plieront aux contrôles de sécurité renforcés afin de célébrer la Fête nationale du 24 juin. Mais que fêteront-ils au juste ?

L’identité québécoise, a suggéré le premier ministre Philippe Couillard à l’occasion d’une réception au domaine Cataraqui, jeudi après-midi. « Pour affirmer une identité, il n’est pas nécessaire de vouloir en effacer une autre autour de nous. Il faut plutôt convier les autres à partager cette idée et cette vision du monde », a-t-il précisé devant un parterre de quelques dizaines de personnes triées sur le volet. « Bien sûr, tout le monde est le bienvenu et inclus [au Québec], mais autour d’une trame sociale, culturelle, historique, linguistique commune qui est le tronc de la société du Québec. »

La Politique d’affirmation du Québec

Le chef du gouvernement a cité librement l’un de ses écrivains favoris, c’est-à-dire Amin Maalouf. Dans Les identités meurtrières (1998), l’auteur franco-libanais soutient que « chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême et en instrument d’exclusion, parfois en instrument de guerre ».

M. Couillard aime rappeler les 20 premiers mots de ce passage. Il les a d’ailleurs retranscrits dans la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes, qu’il a dévoilée le 1er juin — sans toutefois préciser de quel ouvrage ils avaient été tirés.

Tout en brandissant sa nouvelle Politique d’affirmation, le premier ministre invitait poliment le Rest of Canada à « nous connaître et nous reconnaître » et à causer d’une éventuelle reconnaissance de la nation québécoise dans la loi fondamentale du pays. La reconnaissance de la nation québécoise a ainsi pris le pas sur celle de la société distincte dans la liste des revendications politiques et constitutionnelles du Québec.

« “Nation”, c’est plus fort que “société distincte”. Cela correspond plus à la réalité qu’on veut décrire », souligne le professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval Patrick Taillon. « Le mot choisi, c’est une chose. L’environnement dans lequel il va se retrouver, c’est autre chose. Est-ce que c’est dans un article qui nous rappelle que l’interprétation de la Constitution doit en tenir compte ? Cela a des conséquences », fait-il remarquer.

M. Taillon accueille d’un bon oeil la volonté affichée par le Parti libéral du Québec de participer au renouvellement de la fédération canadienne après s’être fait « complice du statu quo ». « Son ADN depuis la Révolution tranquille, c’est d’être fidèle à l’adhésion au Canada, mais dans un fédéralisme renouvelé. Alors ça, au moins, ça va permettre à ce parti de se reconnecter avec son véritable idéal », dit-il dans un entretien avec Le Devoir.

Pour affirmer une identité, il n’est pas nécessaire de vouloir en effacer une autre autour de nous. Il faut plutôt convier les autres à partager cette idée et cette vision du monde.

Une gifle, du mépris

Sauf que le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, a coupé court à toute tentative de reprise de discussions constitutionnelles, et ce, avant même le dévoilement de la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes. La « main tendue » de M. Couillard a « eu comme réponse une gifle, du mépris, de la désinvolture » de la part de son homologue fédéral, avait dénoncé le chef péquiste Jean-François Lisée au début du mois.

Pourtant, Justin Trudeau a serré des mains et multiplié les égoportraits avec des citoyens de Boischatel, de Saint-Augustin-de-Desmaures, de Sainte-Anne-de-la-Pérade puis de Trois-Rivières comme si de rien n’était vendredi.

Les esprits s’étaient échauffés à la vue de son père, Pierre Elliott Trudeau, dans la tribune d’honneur du défilé du 24 juin 1968. Une émeute avait éclaté avant d’être réprimée à coups de matraque. Rien de tout cela le 23 juin 2017.

Justin Trudeau s’est dirigé, tout sourire, vers les festivités du 150e anniversaire du Canada, dont le coup d’envoi sera donné dans une semaine.

D’ici là, les Québécois célébreront une nouvelle fois ce week-end malgré les « rivalités » inhérentes à « une nation qui n’a pu accéder à l’indépendance » : « entre ceux pour qui la fête doit nous rapprocher du pays désiré et ceux n’y voyant qu’une démonstration de solidarité nationale », comme l’expliquait l’historien Gilles Laporte dans Le Devoir en 2013. « En attendant, il nous reste à célébrer dignement notre fête nationale et à tâcher de “rendre le peuple meilleur” », a-t-il écrit dans un clin d’oeil à la devise de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Pour Philippe Couillard, la Fête nationale 2017 est l’occasion pour « tous les Québécois, quelle que soit leur date d’arrivée », d’afficher leur fierté d’appartenir à la nation québécoise. « La Fête nationale nous appartient, elle vous appartient. C’est à nous, c’est à vous d’en faire un symbole de fierté. Une fierté partagée. Une fierté qu’on a toujours eue. Une fierté qui fait également partie de ce qui nous rend si particuliers, si spéciaux au Québec, et qui nous rend encore une fois aujourd’hui, je le dis avec beaucoup de force, très fiers d’être Québécois et d’être Québécoises. Vive la Fête nationale ! Vive le Québec ! » a-t-il lancé jeudi, avant d’inviter les personnes agglutinées devant lui à lever leur flûte de cidre de Saint-Nicolas à la « santé du Québec et à la fraternité humaine ».


 
12 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 24 juin 2017 03 h 57

    Et c'est ainsi...

    "Tout en brandissant sa nouvelle Politique d’affirmation, le premier ministre invitait poliment le Rest of Canada à « nous connaître et nous reconnaître » et à causer d’une éventuelle reconnaissance de la nation québécoise dans la loi fondamentale du pays...", dit le chef de clan Couillard.
    Et c'est ainsi que celui-ci s'avance encore un peu plus sur la poussée finale qu'il donnera pour faire entrer de force la Constitution de 82 dans la gorge des Québécois, avec l'aide du comédien en chef, le Pit lui-même. Lui qui pour l'instant, pour montrer aux Canadiens qu'il est un vrai, un pur, joue le dur avec son bon ami...
    Ainsi va la vie dans une Province à laquelle plusieurs s'accorde de ne plus accorder de personalité plus forte que celle d'être "Belle". Exactement comme avant la Révolution Tranquille, époque où nous étions "les Canadiens" les "Canayens", et que ceux qui refusaient toujours de le devenir trouvaient leur motivation dans le rejet ouvert de nous. De nous qui les avions si bien précédés, que nous avions donné au Canada une personalité historique qui s'opposait à leurs idées de domination britannique noormale sur le monde.
    Supériorité naturelle, puisque venant de Dieu lui-même et passant par une monarchie non-contestée...
    Epoque précédant celle où par le nombre enfin devenu indiscutable en majorité au Canada, ces "autres" se sont emparés du nom "Canadien" puisque "dorénavant", adverbe devenu "désormais" pour nous dans les paroles de Paul Sauvé..., après les Acadiens déportés, après les Amérindiens et Inuits parqués, après les Métis de l'ouest démembrés, nous n'étions plus devenue que la dernière minorité historique à maîtriser.
    D'où pour nous ce "Maîtres chez nous" qui malgré les préjugés dont on nous assomme sous forme de propagande politique, jamais n'eut rien de raciste ou sectaire.
    Racisme et sectarisme qui justement, furent et font toujours le lit historique canadien depuis 1763, de l'illégitimité de notre place comme majorité.
    VLQL !

  • Jean Lapointe - Abonné 24 juin 2017 07 h 41

    Couillard dit des faussetés.

    « Pour affirmer une identité, il n’est pas nécessaire de vouloir en effacer une autre autour de nous. Il faut plutôt convier les autres à partager cette idée et cette vision du monde » (Philippe Couillard)

    Philippe Couillard dit des faussetés dans l'espoir de nous endormir.

    IL n'a jamais été question de la part des souverainistes d'en effacer une autre autour de nous.

    Philippe Couilard s'exprime comme s' il ne connaissait pas la constitution canadienne ni l'histoire du Québec.

    C'est bien plutôt cette constitution qui, en 1982, a effacé la nation québécoise. Nous n'existons tout simplement pas dans cette constitution. Nous sommes devenus une simple minorité parmi d'autres.

    Cet individu n'est pas franc.

    Il reproche aux souverainistes de vouloir «effacer» une autre identité alors que ce que veulent les souverainistes c'est de pouvoir la conserver leur identité, laquelle inclut tous ceux et toutes celles qui sont prêts à se joindre à eux. Leur combat est un combat de survie.

    Couillard fait du révisionnisme historique dans le but d'atteindre ses propres buts à lui qui ne sont qu'économiques.

    N'oublions surtout pas qu'il n'aime pas ses propres compatriotes. Il l' a dit lui-même. Comment peut-il alors être sincère s'il ne nous aime pas?


    Il nous raconte des bobards.

    Ne vous laissez pas impressionner Québécois.

    • Carl - Inscrit 24 juin 2017 16 h 24

      "Cet individu n'est pas franc."

      Très bien dit M. Lapointe.

  • Jean Lapointe - Abonné 24 juin 2017 07 h 55

    Ns ne sommes pas tous des immigrés.

    «Pour le premier ministre Philippe Couillard, la Fête nationale 2017 est l’occasion pour «tous les Québécois, quelle que soit leur date d’arrivée», d’afficher leur fierté d’appartenir à la nation.»

    Non nous ne sommes pas tous des immigrés contrairement à ce que laisse entendre celui qui nous tient lieu de premier ministre pour le moment. C'est faux.

    Moi je descends d'un homme et d'une femme qui sont venus vivre à Ville-Marie en 1653 à l'époque où le Québec était un territoire français. Ils ne sont pas venus comme immigrés. Il sont venus pour y travailler pendant un an. Mais finalement ils sont restés ici et avec d'autres comme eux et ils ont construit un pays qui s'est appelé le Canada.

    Philippe Couillard raconte des histoires qui ne sont pas vraies aux immigrés. Il essaye de leur faire croire que nous serions tous des immigrés. Mais ce n'est pas vrai.

    Il fait comme s'il ne connaissait pas l'histoire du Québec. Il nous insulte nous qui descendons des Français venus s'établir ici dans l'espoir d'avoir une vie meilleure qu'en France.

    Ça suffit le mépris monsieur Couillard. Honte à vous.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 24 juin 2017 08 h 03

    Une idée toxique!

    Pour affirmer leur identité, toutes les sociétés doivent plutôt convier les unes et les autres à partager leur idée et leur vision du monde! Et sans se heurter ni se perdre dans la diversité! Mais quelle idée? Quelle vision!

    Celle d'un pays, d'un canton, d'une région ou d'un peuple soumis!

    Ce slogan est pour la province de Québec une insulte! Il s'adresse bien plus au Canada, ou encore à des pays conquérants qui en ont écrasé d'autres qu'à des peuples conquis qui sans cesse se plient!

    Surtout, cette idée laisse entendre que pour s'affirmer, il n'est pas nécesssaire d'être émancipée. Pire, elle conduit à penser que se libérer serait rejeter et effacer l'autre, et pourquoi pas tous les autres! Du vrai poison!

  • Gilles Théberge - Abonné 24 juin 2017 08 h 56

    Tous ces mots qui ne veulent rien dire...

    • Pierre Robineault - Abonné 24 juin 2017 10 h 51

      Quant à moi, bien au contraire, monsieur Théberge. C'est à se demander si cet article de monsieur Bélair-Cirino n'aurait pas été par hasard commandité par ce Couillard dont il est amplement question!
      Il y a de ces bla-bla qui en disent tout.