Crise du pétrole en fin de session

Philippe Couillard: «Je veux que le Québec soit prospère et encore plus juste.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard: «Je veux que le Québec soit prospère et encore plus juste.»

Coup de force. Au moyen d’un bâillon, le gouvernement libéral a retenu les élus à l’Assemblée nationale toute la nuit pour adopter à toute vapeur un projet de loi « propétrole » contesté.

L’élue solidaire Manon Massé a refusé de prendre part à cette « mascarade libérale ». Avant de rejoindre des protestataires rassemblés sur la colline parlementaire, elle a reproché aux élus libéraux de continuer à faire la sourde d’oreille, et ce, quatre jours après avoir échoué au test des élections partielles. « Notre premier ministre disait lundi soir [qu’]il était prêt à se mettre “en mode écoute”. Eh bien, si sa réponse, c’est un bâillon, c’est une drôle de façon d’écouter », a-t-elle lancé.

Les témoignages de misère humaine aggravée par les compressions s’empilent

 

Le premier ministre Philippe Couillard s’est couché « dans le lit du lobby pétrolier », a fait valoir le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée. « On est au début du crépuscule de ce régime libéral », a-t-il ajouté.

Le gouvernement libéral cherche à dissiper cette impression à tout prix. Prorogation assortie d’un discours inaugural, remaniement ministériel d’envergure : la machine à rumeurs s’est emballée au fil des derniers jours. M. Couillard a tenté de la stopper à l’approche de la suspension des travaux parlementaires. Il a dit à demi-mot que les ministres Gaétan Barrette, Sébastien Proulx et Hélène David seraient épargnés par un éventuel remaniement ministériel, puisque la « stabilité du leadership est importante » en matière de santé, d’éducation et d’enseignement supérieur. D’autre part, il a réitéré sa confiance à l’égard de l’ensemble des membres du Conseil des ministres, à commencer par Stéphanie Vallée, qui a été accusée de toutes parts d’avoir tardé à allouer des ressources additionnelles pour mettre fin à la crise des délais en matière de justice criminelle. « Elle a été traitée injustement », selon lui.

Le problème, ce n’est pas le nombre d’emplois, c’est la qualité des emplois

 

Le chef du PQ n’arrive pas à croire que le gouvernement libéral puisse prochainement proroger l’Assemblée nationale pour « faire semblant » de « recommencer à zéro » après une première moitié de mandat marquée par de douloureuses « compressions » budgétaires. « Les témoignages de misère humaine aggravée par les compressions s’empilent. Le premier ministre dit : “Continuez à couper”, a dénoncé M. Lisée. Pour moi, ce qu’il a fait déjà est inexcusable. »

 
«Aveu d'échec»

La prorogation de l’Assemblée nationale — qui rendrait normalement caduc tout projet de loi n’ayant pas encore été adopté, y compris ceux déposés par le ministre Gaétan Barrette vendredi — constituerait un terrible aveu d’échec de la part du gouvernement libéral, est d’avis le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. « M. Couillard nous dit : “J’ai manqué mon coup.” »

Il a de son côté promis de continuer à arrimer le programme de sa formation politique aux préoccupations de la classe moyenne. « Si on veut éviter le dérapage à la Donald Trump, un, il faut mieux intégrer les immigrants, deux, il faut mieux comprendre que la classe moyenne est actuellement étouffée », a-t-il souligné, reprochant à la fois à M. Couillard et à M. Lisée de « regarder de haut » la population.

Si sa réponse, c’est un bâillon, c’est une drôle de façon d’écouter

 

M. Legault a cependant convenu de la nécessité d’huiler la machine électorale de la CAQ pour chasser du pouvoir le « gouvernement usé, usé, usé » de Philippe Couillard à l’automne 2018.

M. Couillard s’est défendu d’avoir « sauvé le Québec… du désastre financier » vendredi. Il a insisté sur la gravité de la crise des finances publiques qui sévissait au moment où il a pris les commandes de l’État, en avril 2014. Le gouvernement libéral a certes fait des « choix difficiles » pour résorber le déficit, mais « vous, qu’est-ce que vous auriez fait avec 7 milliards de dollars dans le trou ? » a-t-il demandé lors d’un point de presse.

 
Fin de l'austérité ?

Maintenant, finie l’austérité. « Je veux que le Québec soit prospère et encore plus juste », a-t-il ajouté au terme d’une session marquée par l’adoption la loi 70 obligeant les nouveaux demandeurs d’aide sociale « aptes à l’emploi » à suivre un « plan d’intégration en emploi », à défaut de quoi ils verront leurs prestations mensuelles passer de 623 à 399 $.

« Moi, quand je vois mes enfants et mes deux petits-enfants, je les regarde, puis je dis : “J’ai fait en sorte que vous ayez moins de fardeaux sur les épaules.” C’est ça, la catastrophe qu’on a évitée », a conclu M. Couillard.

9 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 10 décembre 2016 07 h 23

    Quelle arrogance !!!

    «M. Couillard s’est défendu d’avoir « sauvé le Québec… du désastre financier »

    Sauver le Québec de quoi au justre ? D'un gouffre financier répéta-t-il...Non mais quel individu pédant et imbu de lui-même...Qui a poussé le Québec vers le gouffre financier ? Quel parti au pouvoir a grugé par collusion et corruption les finances du Québec ? Quel parti au pouvoir permet encore à des biens nantis de profiter des largesses bénéficiaires des paradis fiscaux ? Lequel ? Je vous laissse deviner...Monsieur Couillard me fait penser à quelqu'un qui met le feu à sa propre maison, pour ensuite proclamer héroïque d'avoir sauver les occupants de cette même maison... Vraiment pathétique comme personnage...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 décembre 2016 09 h 59

      Au fil d'arrivée 2016, à la fin de la session parlementaire Couillard a sauvé les pétrolières avec sa loi 106 sur les hydrocarbures. Il a appliqué le bâillon, le même que John A. MacDonald, premier ministre du Canada, au temps des patriotes, a appliqué pour que soit pendu Louis Riel.
      Couillard n'a pas sauvé le Québec il l'a fracturé, brisé, émietté.

      La majorité des Québécois ont aboyé pour ne pas que cette loi sur les hydrocarbures soit adoptée, et comme à l'époque des patriotes, le bâillon fut appliqué et la loi a été adoptée comme dans un régime dictatorial.

      Le Dr Couillard inc. et ses libéraux ont permis que le Québec se fasse fracturé et dans un avenir rapproché, tout comme J.A. MacDonald a permis que Louis Riel soit pendu, les Québécois seront expropriés du patrimoine qu'ils ont gagné à la sueur de leur front.

  • Louise Nepveu - Abonnée 10 décembre 2016 10 h 34

    Contorsions

    Les contorsions verbales du Premier ministre sont les ultimes spasmes de l'agonie des libéraux. Il y a des limites à affirmer sans rire que tout va pour le mieux au Québec alors que ce sont les pauvres, les malades, les personnes âgées, les enfants des écoles publiques qui ont été froidement sacrifiés sur l'autel de l'austérité. Philippe Couillard peut bien marcher sur la tête, il ne pourra pas nous empêcher de penser qu'il n'aime pas son peuple. Le parti libéral a connu de grandes heures mais il n'existe plus, remplacé par des esprits comptables étriqués, arrogants et désinvoltes. Ce n'est certes pas en nous lançant des sous comme à des miséreux au moment où les élections approchent qu'il renaîtra de ses cendres. Faisons sonner le glas.

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 10 décembre 2016 13 h 10

    L’extrême droite libéralo-conservatrice

    Couillard est à la tête d’un parti qui n’a de Libéral que le nom.

    Pour le reste, ses politiques, ses décisions et ses comportements sont d’un conservatisme outrancier à la Stephan Harper.

    C’est l’héritage que nous a laissé l’ancien conservateur Jean Charest.

    Ce gouvernement ne se bat pas pour l’intérêt national mais pour celui des multinationales.

  • Bernard Plante - Abonné 10 décembre 2016 13 h 57

    La catastrophe évitée

    La catastrophe dont nous parle Couillard a été créée par les libéraux eux-mêmes et leur système de copinage qui a englouti des milliards de dollars de notre argent et fait bondir la dette à des niveaux records. Il faut vraiment avoir du culot pour se prétendre sauveur après avoir soi-même vidé la banque!

    Pour éviter les catastrophes, mieux vaut d'abord éviter les libéraux. Ainsi nous n'aurons pas besoin d'être sauvés!

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 10 décembre 2016 14 h 51

    Une députée, KOSSA DONNE?

    (L’élue solidaire Manon Massé a refusé de prendre part à cette « mascarade libérale » et est allée rejoindre des protestataires rassemblés sur la colline parlementaire…)

    Encore une fois, Manon Massé tourne le dos à son rôle de députée pour aller manifester. C'est pourtant pas pour ça qu'elle esy payée.

    Pendant ce temps, les citoyennes et les citoyens de sa circonscription ne sont plus représentés à l’Assemblée nationale.

    On se demande pourquoi ces gens-là sont allés voter pour elle le 14 avril 2014.