Le gouvernement accusé de bâillonner la critique des religions

Le Mouvement laïque québécois (MLQ) reproche à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, de « s’attaqu [er] principalement à la critique des religions, plus précisément à la critique de l’islam » au moyen du projet de loi 59.

Le projet de loi antidiscours haineux « brime » ainsi les« libertés fondamentales »,dont la liberté d’expression et la liberté de conscience, est d’avis le groupe de pression politique faisant la promotion de « la laïcisation complète de l’État ». « Plutôt que de combattre les discours haineux [le projet de loi] les encouragera, favoriseramême leur prolifération. »

Le MLQ presse le gouvernement libéral de lutter contre « la prolifération des discours haineux et l’endoctrinement terroriste ». « [L]’ennemi actuel, c’est le terrorisme islamiste et la propagande qui l’accompagne et non la critique contre ce radicalisme religieux », insiste-t-il. À cet égard, le projet de loi 59 s’avérera à coup sûr « inefficace » puisqu’il cible exclusivement les discours haineux ou incitant à la violence tenus en public.« [L’]endoctrinement se fait en secret », souligne le MLQ.

Le projet de loi 59 impose des « restrictions importantes à la liberté d’expression », déplore également la Ligue des droits et libertés. « S’il est évident qu’un acte violent ne peut être permis sous prétexte de liberté d’expression, un discours violent peut l’être à la condition qu’il n’exhorte pas au crime. Reste à évaluer, et voilà l’objet réel du projet de loi 59, les cas de discours violent haineux », a soutenu le président de la Ligue, Christian Nadeau, dans une lettre ouverte mardi.

L’adoption du projet de loi 59 ne marquerait pas un « retour à la censure » au Québec, a répété Mme Vallée tout au long des consultations publiques. La définition du « discours haineux », que le gouvernement libéral veut proscrire, n’apparaît pas dans le projet de loi 59, mais a été largement balisée par la Cour suprême, a-t-ilsouligné. « [Elle] ne sort pas d’un chapeau », a-t-elle affirmé.

19 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 septembre 2015 02 h 49

    Oui et encore plus...

    Oui et encore plus, si le projet en question devient loi, toute critique du fédéralisme et du colonialisme canadiens pourra être interprétée au tribunal comme une incitation au terrorisme. De même, de la même manière, la défense de la langue française par l'adoption de lois linguistiques, deviendra matière à accusation de racisme d'un gouvernement québécois.
    Ce qui non seulement servira à faire taire toujours plus efficacement le mécontentement des Québécois, mais officialisera un droit canadien d'agir directement pour rendre innofensive la volonté majoritaire du peuple québécois sur son gouvernement et territoire...
    En d'autres mots, le projet de loi 59 est la promesse d'ordre totalitaire et anti-démocratique de fidélité politique obligée des Québécois envers ce régime canadien qui ne cesse de les faire disparaître au profit des Canadiens qui vont croissants au Québec.

    Merci de m'avoir lu.

    • Pierre Desautels - Abonné 23 septembre 2015 09 h 21

      "Oui et encore plus, si le projet en question devient loi, toute critique du fédéralisme et du colonialisme canadiens pourra être interprétée au tribunal comme une incitation au terrorisme."

      Franchement, je suis contre ce projet de loi, mais il ne faut pas charrier...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 23 septembre 2015 10 h 12

      Déjà que l'appel à l'éveil des consciences apparaît pour certains, les fédéraux s'entend, comme une incitation à la subversion ou pire à la sécession.

    • Gilbert Turp - Abonné 23 septembre 2015 12 h 09

      Les éteignoirs veulent-ils tout éteindre ? On serait bien avancés.

    • Yves Côté - Abonné 23 septembre 2015 12 h 40

      Monsieur Desautels, si vous me le permettez ?, j'ai l'âge de me rappeler la Loi des Mesures de Guerre promulgée "d'urgence" et mise en place aussitôt par le tandem libéral Trudeau-Bourassa...
      Fait que malheureusement, j'ai l'intime conviction qu'avec le tandem réactionnaire Harper-Couillard, les choses ne devraient logiquement n'être que pire qu'en 1970.
      SVP, dans l'ambiance et les circonstances actuelles, je vous le demande, en quoi donc croyez-vous qu'elles pourraient être mieux pour nos droits à défendre ce que nous sommes ?

      Merci de m'avoir lu.

  • Josée Duplessis - Abonnée 23 septembre 2015 06 h 29

    Cela va avec l'acceptation du discours parfois méprisant et des attitudes abaissantes envers les femmes que les intégristes adoptent avec la bénédiction de notre bon gouvernement.
    Voir plus loin que le bout de son nez, ils en sont incapables?
    Dans 25 ans et même avant peut-être, avec le nombre grandissant d'intégristes venant profiter de nos droits et libertés, qui nous dit qu'un député(provincial ou fédéral) musulman n'aurait pas le goût de ramener l'idée de la Charia? Pensez-y quand vous voterez.
    J'espère que la liberté d'expression sera plus forte que la liberté d'oppression des femmes
    Pas si loin dans le passé où il y a eu la demande en Ontario.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 23 septembre 2015 07 h 58

    Une histoire de clientélisme

    Encore une fois, le gouvernement libéral a cédé aux pressions de sa clientèle. Ce gouvernement ne gouverne pas au nom de la majorité mais au nom et en faveur des minorités. Quand allons-nous le comprendre une fois pour toute ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 23 septembre 2015 10 h 22

      Il vaut mieux clarifier le sens du mot minorité ici: les francophones sont une minorité au Canada, les francophones sont une minorité au QUébec aussi.

      Plus Couillard tente d'arrimer le Québec à l'économie du Canada au mépris du bon sens le plus élémentaire, plus il fait des francophones une minorité qui chaque jour perd de l'importance.

      Ça aurait peu d'importance si ça pouvait assurer une vie meilleure à chaque francophone unilingue de la province, mais ce n'est pas le cas du tout du tout.

      Ceci se fait au nom de suppposées brimades, profondément illusoires, que subiraient les anglophones et immigrants en général. Un épouvantail créé de toutes pièces et depuis longtemps par un petit groupe que M. Lévesque nommait Rhodésiens et qui existe encore. Trudeau et alter ont servi de hérauts à cette niaiserie 30 ans durant.

      Et maintenant le Très Docte Couillard, geste large et verbe onctueux comme un curé de village, reprend le flambeau.

      Je suis en colère.

    • Yves Corbeil - Inscrit 23 septembre 2015 10 h 39

      Exactement comme le fait Harper avec sa base électoral. Le pire c'est que ça fonctionne ils reprennent le pouvoir avec cette façon de faire. Aller y comprendre quelque chose.

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 23 septembre 2015 09 h 07

    La société est pluralisme

    L’expression publique et sociale de sa foi fait partie du droit de chaque croyant.

    Effacement, éloignement et affaiblissement des religions, c'est la méthode utilisée par ceux qui préconisent une fausse laïcité.

    Il y a aujourd’hui tout un courant militant qui souhaite étendre la référence de l’espace publique à la laïcité, non seulement à l’État mais à la société entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public.

    L’État est laïc. La société est pluralisme. Une société démocratique est une société plurielle, où dans le respect de l’ordre établi, toutes ces expressions publiques des religions doivent pouvoir se manifester.

    La laïcité désigne la neutralité de l'État et son indépendance vis-à-vis les fois religieuses et des convictions philosophiques. L'État n'est pas soumis à aucune religion, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas de relations avec elles. L'État n'ignore pas les Cultes puisqu'il assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice de ces cultes. Cela veut dire qu'il ne cautionne pas les religions dans le seul domaine des convictions personnelles, mais qu'il en reconnait la dimension sociale.

    L'acte de foi est libre. Personne ne peut le contraindre ou l'interdire.

    L'État doit donc permettre à chacun, sans exception aucune, de pratiquer et de vivre sa liberté religieuse. Laïcité de l'État ne veut pas donc dire refus ou ignorance des religions. La laïcité de l'État lui interdit d'intervenir dans le fonctionnement interne des cultes. Pourtant, cela n'empêche pas certaines relations de courtoisie ou de bonne entente entre l'État et tel ou tel culte.

    Ainsi, dans une société pluralisme, tout élu qui ne croit ni en Dieu, ni au diable, ne peut refuser ni ignorer les religions.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 septembre 2015 11 h 59

      L'État est laïque, mais, à vous entendre, personne ne serait obligé de faire quoi que ce soit pour que ça veuille dire quelque chose.

    • Yann Ménard - Inscrit 23 septembre 2015 12 h 54

      En régime laïque, contrairement à ce que vous prétendez, l'État ne reconnait aucune religion. Par ailleurs, vous limitez votre (in)compréhension à la seule laïcité, sans prendre du tout en compte la sécularisation des moeurs qui doit nécessairement l'accompagner. Ceci comme seul remède aux tensions religieuses et aux dénis de la liberté de conscience qui accompagne nécessairement le fait de voir la religion occuper l'espace civique, comme 4000 ans d'Histoire et l'actualité internationale nous l'enseignent cruellement.

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 23 septembre 2015 11 h 34

    Conscience personnelle

    N'y a-t-il pas une conscience personnelle en chacun de nous qui nous invite à être des agents de paix, de vérité et de justice face aux normes et aux lois?