L’économiste

Après la victoire du Parti québécois, René Lévesque nomme Jacques Parizeau ministre des Finances et président du Conseil du trésor.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après la victoire du Parti québécois, René Lévesque nomme Jacques Parizeau ministre des Finances et président du Conseil du trésor.

Félix Leclerc a écrit à la mort de René Lévesque qu’il faisait partie de la courte liste des libérateurs de peuples. Jacques Parizeau aussi, peut-on dire, lui qui s’est consacré corps et âme à la libération économique des Québécois.

Au début des années 1960, le gouvernement de Jean Lesage menait, selon les termes du premier ministre, une « entreprise de libération économique » du peuple québécois. Et dans l’entourage du chef libéral se trouvait un conseiller spécial, un jeune économiste brillant, d’à peine 30 ans, qui allait être associé à la nationalisation de l’électricité et à la création de la Société générale de financement. Et surtout, dès 1962, le jeune diplômé allait avoir une idée de génie : créer la Caisse de dépôt et placement du Québec.

L’État québécois partait de loin : un syndicat financier, A.E. Ames Co, exerçait un monopole sur tous les emprunts de la « province », comme on le disait à l’époque et comme on a recommencé à le dire aujourd’hui. Le père de Jacques Parizeau, l’assureur Gérard Parizeau, lui avait expliqué comment ce syndicat formé des banques montréalaises anglophones, aujourd’hui à Toronto, avait coupé les vivres au gouvernement de Maurice Duplessis, entraînant sa chute en 1939. Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd : l’économiste souhaitait libérer l’État québécois de cette emprise.

L’idée était de réunir dans cette caisse d’État les fonds disséminés de l’État, comme ceux de la Curatelle publique et de la Commission de la santé et sécurité au travail. Mais ce n’était pas suffisant pour assurer une masse critique. Ce n’est qu’avec la création d’un régime universel de retraite, devenu depuis le Régime des rentes du Québec, que la Caisse pourra voir le jour. Cette caisse pourra acheter des obligations de l’État, donc mettre fin au monopole financier. Mais elle pourra aussi investir dans des actions d’entreprises et assurer ainsi le développement de l’économie québécoise avec l’argent des Québécois, tout en garantissant un rendement adéquat aux déposants. On connaît la suite.

C’est à Jacques Parizeau que René Lévesque, alors ministre des Ressources hydrauliques et des Travaux publics, a commandé en 1962 la première étude sur la faisabilité financière de la nationalisation des compagnies d’électricité. Un mois plus tard, son rapport, favorable à la nationalisation, est remis à Jean Lesage. Et c’est un courtier new-yorkais, plutôt que canadien-anglais, qui dirigera le financement de la nationalisation, une opération de 350 millions, soit l’équivalent de 2,7 milliards aujourd’hui.

Un ministre

Après la victoire du Parti québécois, René Lévesque nomme Jacques Parizeau ministre des Finances et président du Conseil du trésor. Il innovera.

En 1978, le ministre des Finances signe un budget résolument social-démocrate en réduisant l’impôt des moins nantis pour augmenter celui des plus riches.

La hausse d’impôt est très mal reçue par la classe possédante, d’autant plus qu’elle se conjugue avec l’exode des sièges sociaux que l’élection d’un gouvernement souverainiste a entraîné. C’est alors que Jacques Parizeau, reprenant la suggestion qu’une contribuable lui a faite, trouve une solution : la création d’un régime d’épargne-actions (REA). Lancé en 1979, ce régime accorde des déductions fiscales aux investisseurs qui achètent de nouvelles actions d’entreprises québécoises cotées en Bourse. En 1983, il modifie le REA afin de favoriser davantage les plus petites entreprises : le Québec inc. — Cascades, Biochem Pharma, Canam Manac, Groupe SNC, Quebecor, Bombardier, Jean Coutu, etc. — prend son envol. En quelques années, le nombre de sociétés québécoises inscrites à la Bourse de Montréal triple.
 
En 1980, avec la nomination de Jean Campeau, un sous-ministre des Finances évidemment très proche du ministre, la Caisse de dépôt procède à des investissements majeurs en prenant des blocs d’actions importants dans Gaz Métro, Domtar et Noranda, tout en accentuant ses achats en Bourse.
 
L’interventionnisme d’État n’est pas toujours couronné de succès. L’acquisition des mines d’amiante de l’Américaine General Dynamics par la Société nationale d’amiante, une nationalisation qui figurait dans le programme du PQ, s’avère un gouffre financier.

Le référendum de 1995, il l’a préparé de longue haleine sur le plan politique mais aussi sur le plan financier, et de façon méticuleuse avec son plan O dont il ne doutait pas de la solidité dans l’éventualité d’un oui.

Toute sa vie, Jacques Parizeau a lutté contre ceux qui soutenaient que le Québec n’avait pas la force économique de former un pays. Ce pédagogue hors pair a exposé les arguments contraires et démontré la viabilité d’un Québec souverain, alimentant ses explications de comparaisons internationales. Et même s’il n’a pas atteint son but, le Québec, même confiné à son statut provincial, ne sera jamais plus le même, un peu plus affranchi grâce à celui qui s’est posé avant tout comme un homme d’État.