Journée nationale des patriotes - L’histoire est mal enseignée au Québec, croit Marois

Des centaines de personnes ont participé à un circuit historique, suivi d’un concert mettant en vedette Alfa Rococo, dans les rues du Vieux-Montréal, pour la Journée nationale des patriotes.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des centaines de personnes ont participé à un circuit historique, suivi d’un concert mettant en vedette Alfa Rococo, dans les rues du Vieux-Montréal, pour la Journée nationale des patriotes.

Pauline Marois veut renforcer l’enseignement de l’histoire au Québec, du primaire au collégial, car elle estime qu’il est présentement défaillant. Ce renforcement prendra toutefois « quelques années » avant d’être mis en oeuvre, a-t-elle fait savoir lundi, lors d’un discours à l’occasion de la Journée nationale des patriotes, prononcé à Saint-Eustache.

L’histoire est mal enseignée au Québec, et ce, à tous les niveaux, pense la première ministre. « Nous croyons que l’on a un peu édulcoré ce qui se fait en enseignement de l’histoire au Québec, et c’est ce à quoi nous voulons revenir, les bases d’un enseignement qui permet de comprendre les différentes périodes de notre vie collective, dont celle des patriotes », a expliqué Mme Marois, lors d’un point de presse à Saint-Eustache.


Elle participait à l’inauguration d’un circuit historique soulignant la lutte des patriotes, dans cette municipalité des Laurentides. Ce jour férié, anciennement la fête de la reine Victoria puis la fête de Dollard, a été proclamé Journée nationale des patriotes en 2002 par le gouvernement péquiste de Bernard Landry. Entre 1837 et 1838, les patriotes s’étaient organisés et battus afin d’obtenir plus de droits pour les Canadiens français, qui étaient discriminés par la puissance coloniale. Mais la refonte des programmes d’histoire ne sera pas terminée d’ici à la prochaine Journée des patriotes, ni même à celle d’après. Elle sera longue et complexe, a expliqué Mme Marois. Un groupe de travail doit d’abord être mis sur pied. « C’est assez long […] il faut d’abord s’assurer du contenu des concepts, après ça, il faut les préparer en outils pédagogiques, pour le traduire à nos jeunes au primaire, au secondaire, et éventuellement au collégial, et par la suite les profs doivent s’approprier ces outils pédagogiques », a-t-elle expliqué. Lors de la Journée des patriotes en 2012, Mme Marois s’était engagée aussi à renforcer « la recherche » sur l’histoire. Lundi, elle s’est montrée plus prudente à ce sujet. Elle a précisé que cela ne faisait pas partie du projet de son gouvernement pour le moment, mais elle a rajouté que des chaires de recherche pourraient recevoir un certain soutien. Il y a un an, elle avait dit vouloir renforcer l’enseignement de l’histoire du Québec et de ses institutions « de l’école primaire à l’université ». Toutefois, dans son discours lundi, elle a indiqué que la réforme s’arrêtera au niveau collégial.


L’historien Gilles Laporte est un fervent partisan de la réforme des programmes d’histoire au Québec. Il estime que l’enseignement de l’histoire, de la primaire au cégep, est « redondant ». « On intègre des notions de géographie, d’économie et d’éducation à la citoyenneté […] On souhaite que ça s’appelle “Histoire du Canada et du Québec”», explique M. Laporte, qui enseigne l’histoire au cégep et à l’université.


Plusieurs autres activités ont été organisées au Québec pour commémorer la Journée des patriotes. Le plus important rassemblement s’est produit à Montréal, où plusieurs centaines de personnes ont participé à un circuit piétonnier organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), débutant à la place Émilie-Gamelin et se terminant à la place d’Youville. Mais Jacques Boivin de la SSJB aurait souhaité voir plus de participants. « Malheureusement, ça fait dix années que ça existe puis il n’y a pas plus de monde que ça […] même si c’est une journée fériée, il n’y a pas plus de participation, quoique, à travers tout le Québec, il y a d’autres événements, un peu partout », explique-t-il. « Les gens ne se préoccupent pas de l’histoire, c’est archaïque cette histoire-là pour eux autres, il manque une connaissance historique chez les gens », pense-t-il.


La Journée des patriotes est aussi pour certains l’occasion de s’interroger sur l’avenir du mouvement souverainiste. Un mouvement qui est présentement divisé entre trois partis politiques. Mais de telles divisions ont toujours existé au Québec, même du temps des patriotes, rappelle M. Boivin. « Même à l’époque, eux autres étaient divisés, il y avait les plus extrémistes et les moins extrémistes », dit-il.


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Le pont Michel-Chartrand

C’était un patriote et c’est pour cette raison que la Ville de Richelieu a choisi cette journée pour commémorer sa mémoire et procéder au baptême du pont Michel-Chartrand, qui enjambe l’autoroute 10, à la hauteur de la sortie 29. L’ancien militant syndical et coloré personnage des luttes pour les travailleurs est décédé il y a maintenant trois ans, et, depuis, cette municipalité de la Montérégie cherchait à souligner sa mémoire. C’est dans une maison située dans la Première rue, devant la rivière Richelieu, que Michel Chartrand et son épouse Simonne Monet-Chartrand étaient venus s’établir. La Ville a d’ailleurs aussi fait honneur à cette ardente militante du droit de vote des femmes, en donnant son nom à la bibliothèque municipale. Né en 1916, à Outremont, Michel Chartrand a été de plusieurs combats pour les droits des travailleurs et s’était également présenté en politique, mais n’a jamais obtenu un mandat. Il avait gagné les rangs de Québec solidaire quelques années avant sa mort.

La Presse canadienne

35 commentaires
  • Pierre Samuel - Inscrit 21 mai 2013 06 h 10

    La semaine des quatre jeudis...

    «Ce renforcement (de l'enseignement de l'histoire) prendre toutefois «quelques années» avant d'être mis en oeuvre.» (Dixit Pauline Marois).

    Autrement dit, si ce sera aussi long que la réunification de tous les «indépendantistes-souverainistes-associationnistes...» vers un objectif commun clair et précis, c'est pas demain la veille...

  • François Desjardins - Inscrit 21 mai 2013 06 h 54

    L'art du trop vite et trop lent...

    Lors de la grande Réforme des années 2000, c'était le PQ qui était au pouvoir et madame Marois qui était ministre de l'éducation (succédée un peu tristement par un certain François Legault).

    Très pressée à l'époque, la ministre devenue première ministre promet maintenant une lenteur plutôt proberbiale pour la réforme de l'enseignement de l'histoire.

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 21 mai 2013 13 h 30

      La réforme des cours d'histoire devenus révisionnistes, et l'imposition de l'anglais en première du primaire pour répondre à ceux qui disaient qu'il fallait améliorer le français seigné, ça c'est l'oeuvre de Charest, pas de Marois ni du PQ.

      Cette pseudo-Histoire « bon-ententiste » enseignée depuis les libéraux n'est bonne que pour ceux qui auraient besoin d' un psy afin de corriger leur paranoïa (ou leur tendance dictatoriale). C'est certainement un détestable héritage de pouvoir propre à Durham prétendant que nous n'avions pas d'histoire avanat eux, pour se justifier de se donner le droit de l'inventer à la mesure de son pouvoir!

      Niveler vers un bas peuplé de fantasmes accommodants, c'est une fronde envers la démocratie et l'éducation nationale, c'est un geste de dictature. En ce contexte de romance, tant qu'à y être je préfère la science-fiction, la littérature en général, mais ne venez surtout pas nommer cela "Histoire"! Et puis quoi encore, on aurait engagé Dan Brown pour écrire cette pseudo-histoire?...

      Si Mme Marois veut réparer la casse des libéraux avec notre Histoire, pour que l'on profite d'une expérience au lieu de se faire politiquement lobotomiser par des Whig (très orwellien), alors je lui dis BRAVO, et que cela se fasse au plus vite!

  • Sol Wandelmaier - Inscrite 21 mai 2013 07 h 22

    Revisionisme...

    Harper a été fortement critiqué, avec raison, pour mettre à l'avant les exploits militaires du Canada et modifier les livres d'Histoire...dans un but politique...

    Madame Marois veut faire quelquechose de très similaire...

    Quelque soit l'orientation politique, les réflexes des poiticiens restent les mêmes!!!

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 mai 2013 11 h 31

      Et l'histoire bon-ententiste actuellement enseignée ne serait pas politique, selon vous?

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 21 mai 2013 12 h 26

      Et on doit continuer de fortement les critiquer...

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 21 mai 2013 13 h 12

      En réalité Mme Marois veut défaire le révisionnisme des programmes d'histoire imposés sous Charest (vous n'en avez pas souvenance? Bizarre cette mémoire sélective), et c'est très bien!

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 23 mai 2013 07 h 59

      Pourquoi ne pas laisser l'Histoire aux historiens...L'Histoire, influencée par les buts politiques, est toujours truquée...Qu'elle soit modifiée par Harper, Charest ou Marois!

      Les politiciens adorent remuer le fond du baril pour atteindre leur but...c'est à dire créer artificiellement des rancoeurs, des sentiments de revenche etc...
      C'est malheureux qu'on ne soit pas capable de mettre clairement sur la table les avantages d'une séparation sans avoir à recourrir à ce genre de stratagéme....

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 23 mai 2013 18 h 58

      Voici un extrait de la lettre ouverte de Madame Chartrand, prof d'université, apparue aujourd'hui dans Le Devoir et qui rejoint mon argumentation, avant même d'avoir lu cette lettre...

      "Le gouvernement du Québec payait une annonce en fin de semaine pour célébrer la Journée nationale des patriotes signée par la première ministre. Heureusement que madame Marois n’est pas enseignante d’histoire, car, là, on pourrait facilement l’accuser d’incompétence et de cécité historique. Le gouvernement du PQ donne dans le révisionnisme historique comme celui du premier ministre Harper : les patriotes devraient être célébrés parce qu’ils auraient combattu pour notre liberté et notre démocratie. Qualifier ainsi la rébellion de 1837-1838 qui a été, à l’instar d’autres mouvements politiques dans le monde, un mouvement révolutionnaire, c’est falsifier les faits historiques au profit d’un projet politique bourgeois nationaliste."

  • Jean Lapointe - Abonné 21 mai 2013 08 h 06

    J'ai été mis sur une mauvaise piste par le titre de l'article

    Quand j'ai lu le titre disant que ,d'après madame Marois, l'histoire serait mal enseignée au Québec, je me suis demandé ce qu'elle avait bien pu vouloir dire par là.

    Est-ce qu'elle s'en serait prise aux enseignants et à leur façon d'enseigner l'Histoire et, en particulier l'Histoire du Québec?

    Ou bien est-ce que ce serait plutôt la méthode qui leur serait demandé de suivre qui ne serait, d' après elle, pas très appropriée?

    Et ce n'est qu'après lu l'article que j'ai compris qu'on m'avait lancé sur une mauvaise piste.

    Il semble que ce qu' a déploré madame Marois ce ne soit pas la façon dont travaillent les enseignants ni la méthode qui leur est demandé d'utiliser mais plutôt le contenu des programmes d'enseignement de l'Histoire du Québec, ce qui n'est pas dutout la même chose.

    Comme bien d'autres, madame Marois semble trouver que les Québécois ne savent pas grand chose entre autres sur l'époque des Patriotes et que cela dépendrait pour beaucoup de certaines lacunes qu'on retrouverait dans les programmes et elle a annoncé qu' il avait été confié à un groupe de travail le soin de revoir ces programmes et de faire des recommandations au gouvernement.

    Je ne connais pas en détail les programmes actuels mais, si les reproches qu'on leur fait sont fondés, ce qui est fort probable, je suis donc tout à fait d'accord pour qu' ils soient revus.

    IL est quand même indispensable que les nouvelles générations connaissent bien l'histoire du peuple auquel ils appartiennent si on veut qu'elles poursuivent l'aventure dans laquelle ce peuple est engagé.

    Pour ma part, j'ai dû lire par moi-même sur cette période dite des Patriotes parce que je n'en avais pas appris grand chose à l'école.

    C'est ce que chacun de nous doit évidemment faire mais l'école devrait au moins en sensibiliser les jeunes pour qu' ils aient le goût d'en savoir davantage une fois sortis de l'école.

  • François Dugal - Inscrit 21 mai 2013 08 h 08

    De la méthode

    Tenez les didacticiens à distance et engagez des historiens et des profs d'histoire, voilà la recette du succès.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 mai 2013 11 h 32

      Des historiens adeptes de l'École de Québec ou de l'École de Montréal?

    • Frédéric Jeanbart - Abonné 21 mai 2013 13 h 41

      Celui qui s'en tient aux faits documentés, et à tous ces faits documentés permettant de tisser une vision cohérente de l'Histoire. Si cela vient de Rismouski, bien tant mieux et je m'en fiche royalement de toute façon!

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 mai 2013 15 h 13

      Les faits documentés sont légion, et on n'a que quelques centaines d'heures pour tout enseigné. Il faut faire des choix. Sur quelle base?

      La Conquête a-t-elle eu des effets positifs ou négatifs? Doit-on la présenter comme un simple changement de gouvernement ou comme un évènement qui a détruit la société canadienne-française en la privant de son élite poliltique et économique? Il y a des faits documentés pour prouver les deux thèses.