Montréal pressée d’en faire plus contre la violence conjugale

Depuis mars 2021, au moins 17 femmes ont perdu la vie entre les mains d’un conjoint ou d’un ex-conjoint violent en 2021, contre huit l’année précédente.
Marie-France Coallier Le Devoir Depuis mars 2021, au moins 17 femmes ont perdu la vie entre les mains d’un conjoint ou d’un ex-conjoint violent en 2021, contre huit l’année précédente.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal presse l’administration de Valérie Plante d’en faire plus en matière de soutien aux femmes victimes de violence conjugale, après une année 2021 marquée par un nombre important de féminicides.

Il y a un an, en mars 2021, les élus du conseil municipal de Montréal avaient adopté une motion du parti Ensemble Montréal présentant « un plan d’action » pour soutenir les femmes victimes de violence conjugale. Celui-ci demandait notamment à la Ville de mettre en place un service de transport gratuit vers les maisons d’hébergement d’urgence de la métropole et d’offrir des services de déménagement et d’entreposage temporaire gratuits aux victimes de violence conjugale qui fuient un ménage violent.

Depuis, au moins 17 femmes ont perdu la vie entre les mains d’un conjoint ou d’un ex-conjoint violent en 2021, contre huit l’année précédente, et la Ville n’a pas encore mis en application les demandes inscrites dans cette motion, déplore Ensemble Montréal. Le parti reviendra donc à la charge pendant la séance du conseil municipal du 21 mars pour présenter de nouveau une motion similaire. Celle-ci demande en outre la mise en branle de deux campagnes de communication visant respectivement à informer les femmes victimes de violence conjugale et les personnes « ayant des comportements violents » des ressources qui sont disponibles à Montréal pour leur venir en aide.

« On a vraiment eu une année très sombre [en matière de violence conjugale dans la province]. Et malgré cette année très lourde, il n’y a rien qui a été mis en place de notre plan d’action qui a été proposé et adopté » en mars 2021, a lancé au Devoir l’auteure de cette motion et élue d’Ensemble Montréal, Stéphanie Valenzuela. En entrevue, la conseillère municipale souligne notamment que la municipalité de Saint-Colomban, dans les Laurentides, s’est engagée dès 2019 à mettre en place un système de transport gratuit pour les femmes victimes de violence conjugale. Un service gratuit de transport adapté pour les femmes en situation de handicap fuyant un conjoint violent pour se rendre dans des maisons d’hébergement est par ailleurs offert à Laval depuis l’an dernier.

« On voit que d’autres villes adoptent ces mesures-là. Je ne vois pas pourquoi la ville de Montréal, qui est la métropole du Québec, elle dira non à des mesures qui vont vraiment aider les victimes », insiste Mme Valenzuela, qui espère que la Ville verra « finalement » l’importance de « mettre ces mesures en place ». L’élue salue toutefois la création le mois dernier dans la métropole d’une cellule de crise en matière de violence conjugale, en collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal et le milieu communautaire.

Par écrit, la responsable de la condition féminine au comité exécutif, Josefina Blanco, a assuré que la violence conjugale, « est une source de préoccupation constante pour notre administration », qui souhaite agir « sur tous les fronts » afin d’enrayer « ce fléau dans la métropole ».

« Nous avons sensibilisé la population, soutenu le lancement d’une cellule de crise, entamé des démarches auprès du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale pour s’enquérir de la certification Milieu de travail allié contre la violence conjugale et mis en place une section spécialisée en violence conjugale au SPVM », a énuméré l’élue de Projet Montréal. Quant à la motion d’Ensemble Montréal, celle-ci « sera discutée au prochain conseil municipal ».

Manque de places

 

Jointe par Le Devoir jeudi, la présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, Sabrina Lemeltier, a salué les demandes d’Ensemble Montréal inscrites dans cette motion. Un véritable « plan d’action » pour contrer la violence conjugale doit toutefois aller plus loin, selon elle, en s’attaquant au manque criant de ressources pour accueillir les femmes qui en sont victimes. Parmi les maisons d’hébergement membres de l’alliance à Montréal, le taux de refus des demandes admissibles s’élève à 75 %, indique-t-elle.

« Le souci prioritaire à Montréal, c’est le manque de places. Le taux de refus des femmes [dans les maisons d’hébergement] est phénoménal », s’alarme-t-elle. L’argent débloqué tant par Québec et par Ottawa n’étant pas encore suffisant pour répondre aux besoins dans la métropole en la matière, Mme Lemeltier demande à la Ville de contribuer financièrement aux besoins des organismes qui souhaitent y ouvrir de nouvelles ressources. En entrevue, elle évoque d’autre part la possibilité que la Ville allège le fardeau fiscal des organismes qui opèrent des maisons d’hébergement à Montréal et réduise les coûts rattachés aux permis de construction pour ce type de projets. « Ça peut être des sommes considérables pour les organismes », souligne-t-elle.

« À Montréal, on a un taux de violence conjugale qui est important. Il faut avoir des mesures à la hauteur de ça », conclut Mme Lemeltier.

Josefina Blanco a pour sa part assuré que la Ville continue ses démarches auprès du gouvernement du Québec afin d’améliorer le financement offert aux maisons d’hébergement d’urgence et de faciliter l’embauche d’intervenantes par celles-ci.


Ce texte a été mis à jour après publication pour ajouter la réaction de la Ville de Montréal, par la voix de Josefina Blanco.

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