Montréal souhaite garder ouverts après l’hiver les refuges d’urgence pour les itinérants

La mairesse Valérie Plante a fait part jeudi de l’importance de sortir de « la logique saisonnière » qui dicte actuellement les ressources débloquées annuellement pour aider les itinérants de la métropole.
Adil Boukind Le Devoir La mairesse Valérie Plante a fait part jeudi de l’importance de sortir de « la logique saisonnière » qui dicte actuellement les ressources débloquées annuellement pour aider les itinérants de la métropole.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a joint sa voix jeudi à une panoplie d’organismes en itinérance de la métropole pour réclamer la pérennisation des centaines de places d’urgence aménagées notamment dans des hôtels au cours des derniers mois.

Chaque année, des mesures hivernales sont mises en place pour limiter le nombre de personnes qui se retrouvent à la rue à Montréal pendant la saison froide. Dans les derniers mois, la Ville a réquisitionné des hôtels du centre-ville et des infrastructures sportives pour y installer des lits dédiés aux sans-abri, notamment pour ceux atteints de la COVID-19. Le financement de ces ressources complémentaires aux refuges permanents de la métropole doit toutefois prendre fin le 31 mars.

« Ce n’est pas acceptable que des personnes vulnérables perdent la vie dans nos rues, qu’elles soient forcées de dormir dehors. Comme société, on doit faire mieux », a déclaré Mme Plante jeudi après-midi lors d’une conférence de presse tenue à l’hôtel de ville de Montréal.

Elle a alors fait part de l’importance de sortir de « la logique saisonnière » qui dicte actuellement les ressources débloquées annuellement pour aider les itinérants de la métropole. « Cette logique, elle ne tient plus », a insisté la mairesse, qui réclame des solutions « à long terme » pour les itinérants de la métropole.

Une motion qui sera débattue pendant la prochaine séance du conseil municipal, lundi prochain, presse ainsi le gouvernement du Québec de « pérenniser » les places débloquées de façon temporaire cet hiver, sous forme notamment des sites d’hébergement d’urgence et de haltes-chaleur, afin que celles-ci demeurent accessibles au-delà de la fin mars.

Mme Plante n’a d’ailleurs pas écarté la possibilité de conclure des ententes avec certains des hôtels qui accueillent actuellement des itinérants afin que ceux-ci puissent continuer de conserver cette vocation au-delà du 31 mars. Ainsi, les organismes qui desservent les sans-abri cesseraient de se retrouver chaque année confrontés à des enjeux de recrutement d’employés spécialisés à l’approche de la saison froide, tandis que les itinérants bénéficieraient, pour leur part, de plus de stabilité dans l’offre de services qui leur seraient offerts.

« Il ne faut pas oublier qu’il y a des hôtels, mais il y a d’autres lieux qui pourraient être pérennisés », a fait valoir Mme Plante, sans s’avancer sur des sites spécifiques.

La Ville et les huit organismes venus la soutenir jeudi réclament d’autre part un virage accru vers l’aménagement de ressources ouvertes 24 heures sur 24 et offrant des services de réinsertion sociale, à l’instar du refuge d’urgence pour Autochtones aménagé temporairement dans un hôtel du centre-ville le mois dernier à l’initiative de Projets autochtones du Québec (PAQ).

« Il faut favoriser la stabilité résidentielle et la stabilité des services auprès des personnes en situation d’itinérance. Il a été prouvé que les mesures d’urgence sont inefficaces en raison de la complexité du phénomène », a d’ailleurs insisté, aux côtés de Mme Plante, la présidente-directrice générale de l’organisme Le Chaînon, Sonia Côté, qui déplore d’autre part la « fausse impression » selon laquelle il y a moins de besoins pour les itinérants en été qu’en hiver.

Réinsertion sociale

 

Mme Côté estime d’ailleurs que la mise en place de mesures plus structurantes pour aider les itinérants aurait potentiellement permis d’éviter les décès de sans-abri recensés cet hiver dans les rues de la métropole.

« La raison pour laquelle on a eu ces décès, c’est complexe. Mais une chose est claire : si ces personnes avaient été dans un logement avec les appuis dont elles ont besoin pour vivre de façon autonome, elles n’auraient pas été dans la rue et probablement qu’elles ne seraient pas mortes », a enchaîné la directrice générale de PAQ, Heather Johnston.

La motion de Mme Plante presse ainsi le gouvernement du Québec de « continuer d’investir » dans des projets de logements sociaux et communautaires, au moment où un flou persiste sur l’avenir du programme AccèsLogis. La Ville s’est donnée comme cible électorale de développer 300 logements par année destinés aux personnes itinérantes ou à risque de l’être, pour un total de 1200 d’ici quatre ans.

« Il y a énormément de places qu’on veut pérenniser, mais ce qu’on veut surtout, c’est de sortir les gens de la rue », a insisté Mme Côté.

Afin de faciliter l’accès à un logement aux personnes en situation de grande pauvreté, Mme Plante réclame en outre que 60 % des 1600 places au Programme de supplément au loyer débloquées par Québec dans le cadre d’un plan d’action en itinérance reviennent à Montréal, puisque la majorité des sans-abri de la province se retrouvent dans la métropole.

Joint par Le Devoir, le cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a souligné le dépôt le 18 octobre d’un plan d’action en itinérance de 280 millions pour la période 2021-2026. Celui-ci prévoit notamment 77 millions pour « stabiliser la situation résidentielle des personnes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir » et 30 millions pour « consolider les services de proximité en itinérance ».

La mairesse pourra néanmoins discuter de ses demandes avec Lionel Carmant « lors d’une rencontre prévue bientôt », ajoute le cabinet du ministre.

Le parti Ensemble Montréal a pour sa part déploré que la Ville n’ait pas fait cette « requête à Québec » plus tôt. « La situation est urgente » pour mieux répondre aux besoins des sans-abri, a insisté jeudi le porte-parole du parti d’opposition en matière d’itinérance, Benoit Langevin. Celui-ci a ainsi déploré que la Ville se tourne vers Québec au lieu d’agir comme « chef d’orchestre » dans ce dossier.

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