Ensemble Montréal réclame des comptes à la Ville sur la crise du recyclage

« Non seulement, la façon de gérer le recyclage par l’administration est problématique, mais sa transparence l’est tout autant », a déploré Aref Salem, le chef d'Ensemble Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir « Non seulement, la façon de gérer le recyclage par l’administration est problématique, mais sa transparence l’est tout autant », a déploré Aref Salem, le chef d'Ensemble Montréal.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal presse l’administration de Valérie Plante de faire preuve de plus de « transparence » quant à la piètre qualité des ballots de papier mixtes qui sortent des centres de tri de la métropole et de tenir une séance plénière dans le but de s’attaquer à cet enjeu.

La crise du recyclage, qui avait fait grand bruit dans la métropole après la décision de la Chine, à la fin de 2017, de fermer ses frontières aux matières de mauvaise qualité sortant des centres de tri, a de nouveau retenu l’attention la semaine dernière à la suite d’un reportage de l’émission Enquête, à Radio-Canada. Ce qui a incité le parti Ensemble Montréal à tenir une conférence de presse à l’hôtel de ville mardi pour interpeller la Ville dans ce dossier.

« Sans l’excellent travail d’enquête des journalistes, l’administration soi-disant pro-environnement [de Valérie Plante] aurait continué de dire aux Montréalais qu’il n’y a pas de crise du recyclage », a alors déploré le chef du parti, Aref Salem, qui a qualifié la gestion de ce dossier par la Ville de « très opaque ».

Baptisé « Les sales secrets du recyclage », le reportage de l’émission Enquête fait notamment état de nombreux ballots de papier mixtes qui avaient été achetés au centre de tri de Saint-Michel dans le but d’y être acheminés en Inde, où ceux-ci serviraient notamment comme élément de combustion dans des usines hautement polluantes. Plusieurs de ces ballots ont néanmoins été interceptés en Belgique et retournés au Canada en raison de leur haut taux de contamination, qui aurait atteint environ 25 %, soit 8 fois plus que les standards nord-américains, prévoyant un taux de contamination de 3 %.

Le reportage montre d’ailleurs que le centre de tri de Lachine, pourtant inauguré en grande pompe en 2019, fait lui aussi piètre figure avec un taux de contamination de ses ballots de papier mixtes qui oscillerait autour de 20 %.

« C’est tout simplement honteux », a laissé tomber M. Salem. Ce dernier a d’ailleurs rappelé que la mairesse Valérie Plante avait promis, au moment de l’inauguration de ce centre de tri, « qu’il y aurait une amélioration continue » dans le but de rendre les matières sortant de ces installations « les plus propres et les plus intéressantes » possibles pour de potentiels acheteurs locaux souhaitant réutiliser celles-ci.

« Non seulement la façon de gérer le recyclage par l’administration est problématique, mais sa transparence l’est tout autant », a renchéri M. Salem, qui a d’ailleurs rappelé que la Ville reçoit chaque mois des rapports de la part de l’entreprise Ricova concernant la performance des centres de tri de Saint-Michel et de Lachine, tous deux à sa charge. La firme de consultants Deloitte enquête de son côté sur « le processus de ventes des matières » de cette entreprise, a confirmé le cabinet de Mme Plante mardi.

« Notre administration est déterminée à faire la lumière sur ce stratagème », assure une porte-parole, Marikym Gaudreault. « Une chose est certaine, quand la Ville accorde un contrat à une entreprise pour la gestion de ses matières résiduelles, elle s’attend, par des exigences contractuelles, à ce que ces matières soient revalorisées, sans quoi cela représente un bris de contrat », a-t-elle ajouté par écrit.

« Un plan de match » demandé

Dans une motion qui sera débattue à la prochaine séance du conseil municipal, le 21 février, Ensemble Montréal entend pour sa part réclamer la tenue d’une séance plénière du Service de l’environnement de la Ville dans le but de mettre au point « un plan de match » qui permettra d’améliorer « la performance des centres de tri montréalais ». La Ville a d’ailleurs dépensé plusieurs dizaines de millions de dollars dans les dernières années, notamment pour soutenir l’ancien opérateur de ses centres de tri, Rebuts Solides Canadiens, de même que pour permettre l’aménagement du centre de tri de Lachine.

« La Ville est responsable […] Il faut qu’elle trouve une solution pour les Montréalais, qui pensent qu’on est en train de recycler à 100 % », alors qu’une partie de ces matières se retrouvent plutôt en Inde ou encore enfouies, a soulevé M. Salem. « Quel message on est en train d’envoyer au niveau de la transition écologique ? », a-t-il questionné.

Le document, présenté par M. Salem et appuyé par d’autres élus d’Ensemble Montréal, presse par ailleurs la Ville de rendre publics les rapports qu’elle a reçus sur une base mensuelle de la part de l’entreprise Ricova pour faciliter la compréhension de l’état réel de la situation dans les centres de tri gérés par celle-ci. La motion réclame finalement à la Ville d’établir des cibles et un échéancier clairs pour diminuer le taux de contamination des ballots de papier qui sortent de ses centres de tri.

M. Salem n’est toutefois pas allé jusqu’à réclamer le retrait de l’élue de Projet Montréal Marie-Andrée Mauger du poste de responsable de l’environnement qu’elle occupe au comité exécutif. « Je ne veux pas personnaliser ce débat », a-t-il dit, ajoutant que « c’est toute l’administration [de Mme Plante] qui est fautive dans ce dossier ».

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