«Je ne suis pas un gars qui se fait influencer»

Denis Coderre espère qu’en publiant ses mandats, il recentrera l’attention sur les «vrais enjeux» de la campagne électorale.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Denis Coderre espère qu’en publiant ses mandats, il recentrera l’attention sur les «vrais enjeux» de la campagne électorale.

Talonné depuis plusieurs jours au sujet de ses activités dans le secteur privé des quatre dernières années, Denis Coderre a dévoilé mercredi la liste de ses clients afin de mettre fin à « la distraction » qui fait ombrage à sa campagne électorale. Transcontinental fait partie des entreprises qui ont embauché l’ancien maire. En rencontre éditoriale au Devoir, le chef d’Ensemble Montréal, qui a touché des revenus dépassant 458 000 $ l’an dernier, affirme que ses liens d’affaires n’auront pas d’influence sur les décisions qu’il prendra s’il est élu maire dimanche prochain.

Le secret entourant les mandats que Denis Coderre s’est vu confier depuis sa défaite de 2017 était devenu un boulet pour le candidat à la mairie. À quatre jours du scrutin, il a décidé de mettre cartes sur table dans l’espoir de calmer le jeu.

Par voie de communiqué mercredi après-midi, il a donc rendu publique la liste des huit clients pour lesquels il a travaillé au cours des quatre dernières années. L’un d’entre eux demeurait cependant secret en raison d’une entente de confidentialité. En soirée mercredi, Transcontinental a confirmé avoir confié deux mandats en conseil stratégique à l’ancien maire en lien avec l’économie circulaire, une nouvelle révélée par La Presse.

Rappelons que Transcontinental produit le Publisac. La Ville de Montréal souhaite en régir la distribution depuis 2019, ce à quoi s’oppose l’entreprise.

En matinée, M. Coderre était de passage au Devoir pour participer à une rencontre éditoriale. « L’éthique professionnelle demande aussi qu’on puisse respecter ces ententes. Pour moi, c’est sacré, parce qu’il y a une vie avant et une vie après la politique », a-t-il dit pour justifier ses réticences à dévoiler sa liste de clients. « Aujourd’hui, on va enlever cette distraction. »

(Re)voyez la table éditoriale avec Denis Coderre

L’ancien maire de Montréal dit avoir touché un montant global de 458 263 $ en 2020, mais il n’a pas détaillé les sommes reçues pour chaque mandat. « Quand on travaille dans certains secteurs, pour des raisons commerciales, on ne doit pas donner le montant », a fait valoir M. Coderre, qui a par ailleurs payé 187 850 $ en impôts l’an dernier.

Dans les quatre dernières années, l’ancien maire a notamment été conseiller stratégique pour la Fédération internationale de l’automobile, l’entreprise Stingray, le studio Felix Paul et le géant de l’immobilier Cogir. Il a aussi siégé au conseil d’administration de l’entreprise ferroviaire Eurostar en tant que représentant de la Caisse de dépôt et placement du Québec et agi comme conseiller stratégique et administrateur pour le Parc Oméga, situé en Outaouais.

Pas de conflits, affirme Coderre

Denis Coderre soutient que ces mandats n’auront pas d’influence sur ses décisions en tant que maire, s’il est porté au pouvoir dimanche. « J’ai fait de la politique toute ma vie. Je ne suis pas un gars qui se fait influencer. Pensez-vous que je reviens en politique pour me faire influencer ? Je reviens parce que j’aime Montréal et je n’aime pas ce que je vois. Et si Cogir est dans un dossier, je me retire, c’est clair. C’est comme ça que ça va fonctionner. »

Le candidat à la mairie accuse ses adversaires de tenter d’entacher son intégrité : « Il y a une campagne sale présentement. »

La polémique entourant la publication de ses revenus n’est pas sans rappeler son refus de dévoiler le nombre réel de billets vendus pour la course de Formule électrique en 2017. Cet épisode avait empoisonné sa campagne électorale et contribué à sa défaite aux mains de Valérie Plante.

Denis Coderre n’y voit pas de similitudes. « Ce n’est pas pareil. C’est vrai que pour les billets [de la Formule E], on avait fait une job assez épouvantable. Mais ça n’a rien à voir », affirme-t-il. Et selon lui, ce dévoilement tardif n’aura pas d’effets sur le résultat électoral de dimanche : « Je fais confiance aux gens. »

Des doutes

Denis Coderre espère qu’en publiant ses mandats, il recentrera l’attention sur les « vrais enjeux » de la campagne électorale. Valérie Plante croit toutefois que les liens de M. Coderre avec le promoteur Cogir soulèvent des doutes quant à ses réels intérêts. « Les Montréalais ont raison de douter : est-ce que Denis Coderre est là pour les Montréalais ? Ou est-ce qu’il est là pour les promoteurs ? » a demandé la chef de Projet Montréal.

D’autant que Denis Coderre, qui promet la construction de 50 000 logements en quatre ans, compte abolir le Règlement pour une métropole mixte, qui impose des contraintes aux promoteurs en matière de logements sociaux et abordables, et qu’il préconise une augmentation des hauteurs au centre-ville ainsi que la densification du secteur. Cette densification est pourtant un « outil essentiel pour contrer l’étalement urbain », insiste-t-il.

Denis Coderre estime que les Montréalais veulent du changement et que l’administration Plante est incapable d’exercer un leadership, en transport notamment. « La ligne bleue est sous tutelle », dit-il. Et selon lui, Projet Montréal improvise dans le dossier de la sécurité, allant même jusqu’à copier sa promesse d’embaucher 250 policiers supplémentaires. « Ils ne sont pas crédibles. Mme Plante et son équipe sont complètement dépassées par les événements. »

Au cours de la campagne, plusieurs candidats d’Ensemble Montréal ont dû quitter le parti, parmi lesquels Joe Ortona et Dan Kraft. Denis Coderre s’est cependant porté à la défense de la candidate Dimitra Kostarides, qui « a été victime d’un partenaire financier », et d’Antoine Richard, candidat à la mairie de Verdun montré du doigt pour les « flips » immobiliers qu’il a effectués. « Moi, je n’aurais pas gardé quelqu’un qui fouille dans les ordinateurs comme policier », lance-t-il au sujet du candidat de Projet Montréal à Montréal-Nord, Will Prosper.

Denis Coderre compte par ailleurs demander à Québec de modifier le projet de loi 96 afin de revoir la définition d’« anglophones historiques ». Celle-ci limite le droit de recevoir des services en anglais à la population admissible aux écoles anglophones. « Très clairement, la communauté anglophone est blessée par ça », souligne-t-il.

Denis Coderre vise la victoire dimanche, mais il envisage tout de même de rester comme chef de l’opposition s’il est défait et que sa colistière, Chantal Rossi, est élue. « J’ai le goût de rester », a-t-il indiqué.

Les clients de Coderre, depuis sa défaite en novembre 2017

Cogir : conseiller stratégique au développement international, de 2019 à mars 2021

Eurostar : administrateur représentant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, de novembre 2018 à mars 2021

Fédération internationale de l’automobile : conseiller stratégique, de 2018 à 2019

Fondation de l’Hôpital général juif : ambassadeur, de mai 2018 à mars 2021

Parc Oméga : conseiller stratégique pour un projet avec les Premières Nations en Outaouais et administrateur, de 2020 à mars 2021

Stingray : conseiller stratégique en développement des marchés, de 2018 à mars 2021

Studio Felix Paul : conseiller stratégique en développement économique, de février 2020 à mars 2021

Transcontinental : conseiller stratégique, de 2020 à mars 2021



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