Plante dévoile ses revenus, Coderre veut attendre d’être élu

Tant Denis Coderre que Valérie Plante avaient dévoilé leurs états financiers lors du dernier scrutin.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Tant Denis Coderre que Valérie Plante avaient dévoilé leurs états financiers lors du dernier scrutin.

La question de l’éthique surgit dans la campagne électorale municipale à moins d’une semaine du vote. La mairesse sortante, Valérie Plante, a rendu publiques ses déclarations de revenus pour les quatre dernières années, ce qu’a refusé de faire son concurrent Denis Coderre.

« Il y a des ententes de confidentialités sur le plan commercial et, comme citoyen, je n’ai pas à révéler [le nom de mes employeurs]. Quand je vais devenir maire, je vais me soumettre de toute façon au Code, et vous allez savoir pour qui j’ai travaillé », s’est défendu Denis Coderre dimanche devant les journalistes.

Le Code d’éthique de la Ville de Montréal stipule que « les membres du conseil doivent, dans les 60 jours qui suivent la proclamation de leur élection, et annuellement par la suite, déposer devant le conseil une déclaration écrite mentionnant l’existence des intérêts pécuniaires détenus dans des immeubles, des personnes morales, des sociétés et des entreprises susceptibles d’avoir des contrats avec la Ville ».

« Qu’est-ce que le candidat à la mairie a à cacher ? » a demandé Valérie Plante dans un communiqué diffusé dimanche. « La diffusion de mes rapports d’impôts, comme nous le faisons à chaque élection, reflète l’intégrité et l’absence de conflit d’intérêts de notre équipe, et j’invite les autres chefs à faire de même. »

Elle soulève le doute quant à « certaines activités professionnelles » de Denis Coderre qui seraient liées à des projets d’envergure dans la métropole, « tels que la formule électrique ou un futur stade de baseball ».

Projet Montréal jette ainsi un doute sur l’emploi de Denis Coderre auprès de Stingray Digital à partir de 2018. Le chef de direction de cette entreprise, Eric Boyko, est impliqué dans le Groupe de Montréal, un collectif qui milite pour le retour du baseball dans la métropole québécoise.

Denis Coderre a dit dimanche vouloir gérer les conflits d’intérêts potentiels comme lors de son dernier mandat. Par exemple, « j’avais un ami qui était un concessionnaire automobile », a-t-il dit. « Je n’avais pas de revenus de lui, mais puisque j’étais un de ses proches et qu’il faisait des soumissions pour la Ville, pour le matériel roulant, je me retirais tout simplement. C’est comme ça que je vais fonctionner. »

Tant Denis Coderre que Valérie Plante avaient dévoilé leurs états financiers lors du dernier scrutin.

Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, n’a pas non plus voulu dévoiler ses actifs financiers, sans offrir d’explications. Questionné par Le Devoir, il a indiqué avoir été étudiant en droit à l’Université McGill depuis 2017, puis avoir travaillé pour Bell Média et l’organisme Montréal en Action au courant des quatre dernières années.

La cheffe de Projet Montréal a déclaré quelque 180 000 $ en revenus d’emploi annuel ces dernières années, ce qui équivaut au salaire de maire de la métropole. Elle a aussi perçu environ 35 000 $ en revenus de location par année.

« Pas une obligation »

Publier ses revenus avant une élection, « c’est vraiment laver plus blanc que blanc », souligne Danielle Pilette, professeure à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste de la gestion municipale. Cette pratique n’est « absolument pas une obligation », bien qu’elle serve la confiance du public envers ses élus.

L’approche sert surtout d’outil de communication politique, selon elle, un exercice d’autant plus utile que la confiance envers les élus municipaux « a été érodée » ces dernières années.

D’ailleurs, le partenariat de Denis Coderre avec l’entreprise d’Eric Boyko ne relèverait pas nécessairement du conflit d’intérêts, estime Danielle Pilette, puisqu’il n’y aurait pas de « concomitance dans le temps » entre la fonction de maire et son ancien emploi.

Elle précise que la divulgation obligatoire des revenus et des intérêts après l’élection est un exercice qui date d’une vingtaine d’années au Québec. La tradition est surtout implantée aux États-Unis, où tous les présidents depuis les années 1970 ont rendu publiques leurs déclarations de revenus, à l’exception de Donald Trump.

Denis Coderre souhaite faciliter l’accès à la propriété à Montréal

Denis Coderre a « conclu » dimanche le dévoilement de ses propositions en matière de logement pour Montréal en proposant que la Ville assume 10 % du montant de l’achat d’une propriété. Ce remboursement prendrait la forme d’un prêt, car le « montant versé par la Ville de Montréal devra être remboursé à la vente de la propriété, et ce, sans intérêt », a précisé le chef d’Ensemble Montréal en conférence de presse. Un « plafond de revenus maximaux » limitera l’accès à ce coup de pouce financier. La Ville se réservera par ailleurs le droit « de reprendre une partie de la plus-value foncière » si la demeure est vendue dans les cinq années suivant l’achat. Dans la foulée, Denis Coderre a annoncé qu’il « analysera la possibilité d’abolir les droits de mutation immobilière » s’il est élu. Ce paiement surnommé la « taxe de bienvenue » équivaut à environ 2 % du prix d’un logement.

 

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