Projet Montréal estime à 235,5 millions le coût de ses promesses

Pour compenser ces dépenses additionnelles, le parti de Valérie Plante évalue être en mesure de récolter de nouveaux revenus et réaliser des économies totalisant 255 millions au cours des quatre prochaines années.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Pour compenser ces dépenses additionnelles, le parti de Valérie Plante évalue être en mesure de récolter de nouveaux revenus et réaliser des économies totalisant 255 millions au cours des quatre prochaines années.

Projet Montréal s’est lancé dans une guerre de chiffres concernant le coût de ses engagements électoraux. Le parti dirigé par Valérie Plante estime que ses promesses électorales, y compris le financement du service de la dette, totaliseront 235,5 millions de dollars. Des dépenses qui pourront être absorbées par des économies et des revenus supplémentaires générés, notamment, par de nouvelles taxes.

La plateforme électorale présentée au début du mois par Valérie Plante comportait 250 engagements, mais jusqu’à maintenant, le parti n’avait pas chiffré ses promesses, ce qu’il a décidé de faire vendredi.

Projet Montréal estime notamment que la gratuité du transport collectif pour les aînés coûtera 42,5 millions sur quatre ans et que la réduction de 50 % du prix des titres de transport pour les 12 à 17 ans représentera une facture de 50 millions.

Pour leur part, les mesures visant à contrer les violences armées et le soutien aux groupes communautaires entraîneront des dépenses supplémentaires de 29 millions de dollars.

La promesse de Valérie Plante d’investir 110 millions pour contrer les violences armées n’y apparaît donc que partiellement, Projet Montréal faisant valoir que des sommes ont déjà été prévues dans le « cadre budgétaire de base » de la Ville et que Québec a déjà confirmé le financement d’une partie de ces investissements.

Toutes ces dépenses totaliseront un montant de 172,7 millions, auquel s’ajoutera le financement du service de la dette, pour une facture globale de 235,5 millions.

De nouvelles taxes

Pour compenser ces dépenses additionnelles, Projet Montréal évalue être en mesure de récolter de nouveaux revenus et de réaliser des économies totalisant 255 millions au cours des quatre prochaines années.

Si l’équipe de Valérie Plante prévoit d’obtenir 6,3 millions sur quatre ans grâce à une taxe sur les investissements immobiliers résidentiels étrangers, elle ajoute d’autres sources de revenus potentielles qui n’avaient pas été dévoilées jusqu’ici.

Ainsi, Projet Montréal entend pouvoir toucher 50 millions en étendant l’application de la taxe foncière aux stationnements commerciaux extérieurs et 10,5 millions en imposant une taxe sur l’affichage, deux engagements similaires à ceux annoncés par le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, en campagne électorale.

La candidate de Projet Montréal au poste de conseillère dans le Vieux-Rosemont et potentielle présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, reconnaît que ces éléments sont nouveaux pour Projet Montréal. « Quand il y a de bonnes idées, elles peuvent dépasser les lignes des partis politiques », a-t-elle indiqué au Devoir.

Mme Ollivier voit dans le cadre financier présenté par Projet Montréal un « exercice de transparence ». « Pour prendre de bonnes décisions, les gens doivent avoir l’ensemble des informations. C’était clair pour moi, quand je me suis jointe à Projet Montréal en septembre dernier, qu’il fallait qu’on chiffre nos promesses et qu’on indique combien ça demanderait en argent frais et comment on comptait les financer. »

En ce qui concerne les investissements à long terme, tels que le budget participatif (515 millions), le financement requis pour les 60 000 logements abordables (800 millions) et l’intégration du REM de l’Est (500 millions), Projet Montréal estime à près de 1,7 milliard de dollars les sommes requises sur une période 10 ans.

« Omissions »

Le parti de Valérie Plante s’est aussi aventuré à chiffrer les dépenses supplémentaires liées aux promesses faites par Denis Coderre en campagne électorale, en se basant sur les informations rendues publiques par Ensemble Montréal. Il en conclut que ces nouvelles dépenses atteindront 597,8 millions sur quatre ans, dont 120 millions pour les six fonds destinés aux arrondissements, 120 autres millions pour l’embauche de 250 policiers supplémentaires, 135,8 millions pour le budget de contingence de 5 % du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et 42,5 millions pour la gratuité du transport collectif pour les aînés.

« Le cadre financier de Projet Montréal est à l’image de leur ligne rose et de ce que nous avons connu ces quatre dernières années. Ils présentent des demi-vérités, des mensonges et des erreurs de calcul », a commenté Nadine Gelly, candidate d’Ensemble Montréal que Denis Coderre compte nommer au poste de présidente du comité exécutif s’il est porté au pouvoir le 7 novembre prochain.

Ensemble Montréal estime que pour dresser son cadre financier, Projet Montréal a eu recours à des « omissions volontaires de plusieurs milliards, des sous-estimations et même des revenus imaginaires ». Parmi les omissions, il évoque l’absence du plan pour embellir le centre-ville d’un milliard et du « Métrobus » sur le boulevard Henri-Bourassa de 60 millions de dollars.

« Quand vient le temps de faire les calculs à notre place, on comprendra donc que personne ne les trouve crédibles, a indiqué Mme Gelly. Nous présenterons un vrai cadre budgétaire d’une administration responsable et compétente qui a déjà fait ses preuves de bonne gestion. »

Prudence et partisanerie

De son côté, Danielle Pilette, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM, note que Projet Montréal a joué de prudence en présentant un cadre financier qui correspond aux surplus moyens de 236,9 millions enregistrés par la Ville au cours des dernières années.

Elle s’étonne de ce que Projet Montréal mentionne son intention de tenir un sommet sur la fiscalité dès le début d’un deuxième mandat. « Je ne vois pas bien l’utilité de ça parce que je ne crois pas que Québec changerait la formule [fiscale], surtout après que le gouvernement a donné l’équivalent d’un point de pourcentage de TVQ [aux villes] », dit-elle.

Quant à l’évaluation faite par Projet Montréal du cadre financier d’Ensemble Montréal, Mme Pilette souligne que M. Coderre serait susceptible d’obtenir une aide financière de Québec pour certains projets, comme l’embauche de 250 nouveaux policiers.

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