Les candidats à la mairie de Montréal courtisent le vote anglophone

Les principaux candidats ont débattu une dernière fois, deux jours avant le début du vote par anticipation.
Photo: Marie-France Coallier et Adil Boukind Le Devoir Les principaux candidats ont débattu une dernière fois, deux jours avant le début du vote par anticipation.

Les aspirants maires de Montréal entrent au pas de course dans la dernière ligne droite de la campagne électorale. Les trois principaux candidats ont croisé le fer une ultime fois lors d’un débat en anglais, deux jours avant le début du vote par anticipation.

L’exercice a réuni des adversaires politiques au coude-à-coude. Valérie Plante et Denis Coderre récoltent tous deux 36 % des appuis parmi les Montréalais, selon un sondage Léger–Le Journal–Montreal Gazette. Le troisième candidat, Balarama Holness, chef de Mouvement Montréal, recueille 12 % des intentions de vote, une hausse de 7 % par rapport au dernier coup de sonde.

Chez les Montréalais d’expression anglaise, Coderre récolte 38 % des intentions de vote, tandis que Plante obtient 28 % des appuis et Holness, 12 %. Environ 12 % des Montréalais ne parlent qu’anglais.

La sécurité

 

C’est le dossier de la sécurité qui a ouvert le bal organisé par les médias anglophones de Montréal.

La mairesse, Valérie Plante, a plaidé pour une approche préventive, citant les « parcs », les « bibliothèques », les « centres de sport » et la « qualité de vie » pour réduire la criminalité.

« La réalité, c’est que vous êtes pour le définancement [de la police] », lui a rapidement reproché Denis Coderre. Non sans appuyer un « agenda social » pour combattre le crime, il a soutenu « pouvoir faire les deux » en augmentant le budget et la présence policière dans les rues de la métropole. « Nous allons avoir des pratiques innovantes, comme les caméras corporelles », a-t-il ajouté.

« Le définancement n’est pas une option », a répliqué sa principale adversaire en plaidant une approche « équilibrée » entre répression et prévention. « Il faut que les policiers restent dans leur quartier au moins trois ans, cinq ans idéalement. Leurs contacts, leur compréhension et leur façon de comprendre ce qui se passe sont cruciaux pour prévenir les incidents. »

« Les jeunes quittent l’école, n’ont pas d’espoir, pas de futur », s’est épanché à son tour Balarama Holness, les yeux tournés vers la caméra. Promettant « d’investir dans les familles et la jeunesse » s’il est élu, il a du même souffle signalé que son parti était le seul à vouloir réduire le budget du Service de police de la Ville de Montréal. « Il faut revoir la déontologie policière », a-t-il précisé, lorsque questionné sur le profilage racial.

L’inclusion

Questionnés sur le projet de loi 96 visant à renforcer la prédominance du français au Québec, les candidats ont tenu des propos divergents.

« Montréal est une ville francophone », a affirmé d’entrée de jeu Denis Coderre. Pour préserver la « paix linguistique », il s’est dit d’accord avec la loi proposée par Québec, « mais la question de l’applicabilité est clé, et il faut continuer à servir la population ».

« J’appuie le projet de loi 96 », a répondu Valérie Plante. « Le français doit être la colle entre les Montréalais, mais il faut protéger les droits des anglophones. »

« Montréal est une ville multiculturelle et multilingue », a plutôt défendu Balarama Holness. Selon lui, tous les Montréalais doivent être capables d’avoir accès aux services « dans la langue de leur choix ».

La cheffe de Projet Montréal a été la cible de plusieurs attaques sur le thème de l’inclusion. « Votre équipe reflète le racisme systémique », lui a reproché Balarama Holness. Denis Coderre a reproché à l’administration Plante de n’avoir « aucun leadership, aucune présence ».

La mairesse a réagi en proposant qu’un minimum de 33 % des employés de la Ville soient issus des minorités ethniques et culturelles.

Environnement et transport

 

Avec un déficit de 62 millions de dollars à la Société de transport de Montréal, « il y a manifestement une mauvaise gestion », a condamné Denis Coderre durant le segment du débat consacré aux transports. « Il faut ramener de l’efficacité dans les transports pour que les gens souhaitent le prendre. »

Le chef de Mouvement Montréal a accusé à plusieurs reprises Valérie Plante de mentir sur ses promesses d’être « la mairesse de la mobilité ». « Elle a dit qu’on allait débloquer Montréal. Ça s’est aggravé. On a besoin d’un maire qui va enlever les cônes. La ville est bloquée. »

La mairesse s’est targuée d’avoir réduit de 40 % les chantiers « que nous contrôlons à la Ville » et d’avoir fait retirer 25 % des cônes orange. « On peut faire mieux, mais [les cônes] sont une nécessité. »

« Vous avez promis le monde et vous n’avez rien livré », a renchéri Denis Coderre.

Les reproches ont à nouveau fusé de toutes parts contre la cheffe de Projet Montréal. « Elle agit comme si elle était la mairesse du Plateau plutôt que la mairesse de tout Montréal », a critiqué Balarama Holness en référence au projet du REV.

« La rue St-Denis passe par cinq quartiers », a rétorqué Mme Plante.

Denis Coderre s’est objecté à son tour contre ce projet phare de l’administration de Projet Montréal. « Je parle à des aînés et non seulement ils disent ne pas avoir d’espace pour se stationner, mais ils ont peur, parce que c’est toujours à sens unique. »

Les finances et le logement

 

La portion du débat sur « l’économie » a servi une guerre de chiffres aux téléspectateurs.

Le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, a dit vouloir maintenir la hausse de taxe à un maximum de 2 %. Valérie Plante s’est dit d’accord avec ce chiffre, malgré les doutes de ses concurrents. Le chef de Mouvement Montréal a indiqué que les taxes pourraient augmenter, car, advenant son élection, le budget de la Ville passerait de 6,17 milliards de dollars à 14 milliards.

La crise du logement a par ailleurs accaparé une large partie des discussions.

 

Valérie Plante a vanté le « coffre à outils » de la Ville prévu pour limiter la hausse du coût des logements, soit le registre des loyers, le règlement 20-20-20 et le rachat de terrains vacants pour la construction de logements sociaux.

Elle n’a pas manqué de répliquer aux critiques successives de son principal adversaire. « Vous dites que vous avez un leadership, a lancé Valérie Plante à l’endroit de Denis Coderre, mais vous avez un candidat qui est un professionnel des flips immobiliers. Ce n’est pas sérieux. »

Denis Coderre a soutenu que la crise du logement se résorbera par de la densité (« il faut bâtir en hauteur, doucement »), par un nettoyage des rues et par un « fonds d’investissement d’impact ». Au moins 25 millions de dollars devront être consacrés à la création de logements, selon lui, avec le soutien de partenaires comme le Fonds de solidarité FTQ ou la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Balarama Holness a pris la défense d’une taxe sur les logements vacants, d’une exemption de taxes dans les secteurs dévitalisés et d’un renforcement du règlement 20-20-20 pour améliorer l’accès à la propriété.

Le vote par anticipation débute cette fin de semaine, les 30 et 31 octobre, dans 240 bureaux de vote.

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