Le pari de la troisième voie selon Balarama Holness

Depuis le début de la campagne, Balarama Holness a beaucoup fait parler de lui avec sa proposition de doter la ville de Montréal d’un statut bilingue.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Depuis le début de la campagne, Balarama Holness a beaucoup fait parler de lui avec sa proposition de doter la ville de Montréal d’un statut bilingue.

Malgré le mariage peu concluant avec Ralliement pour Montréal et la défection deplusieurs de ses candidats, Balarama Holness croit que son parti représente une troisième voie crédible face à ses adversaires Valérie Plante et Denis Coderre. En entrevue éditoriale au Devoir, le chef de Mouvement Montréal fait valoir que sa formation politique incarne la nouvelle génération de Montréalais.

Balarama Holness admet que son alliance avec Marc-Antoine Desjardins, chef de Ralliement pour Montréal, était stratégique. Grâce à cette fusion, il a pu réunir 70 candidats et augmenter ses chances d’accéder à la mairie.

Les deux alliés avaient cependant des divergences majeures, notamment en ce qui a trait à la langue française et au financement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « On avait des visions différentes, mais on s’est dit : “c’est ça Montréal” », explique Balarama Holness. « Est-ce que c’est possible de réunir les deux solitudes ? Anglais et français, Noirs et Blancs ? »

Balarama Holness soutient que Marc-Antoine Desjardins avait été pressenti par Ensemble Montréal et que le laisser s’unir avec cette formation politique aurait assuré la victoire de Denis Coderre le 7 novembre. Il a donc pris le pari d’une fusion avec Ralliement pour Montréal malgré les différends. « Au sein des partis, il y a toujours des désaccords. C’est tout à fait normal », fait-il valoir.

Sauf que cette alliance n’a pas donné les effets escomptés. Marc-Antoine Desjardins a claqué la porte du parti, et cinq de ses candidats ont quitté le navire. Et plutôt que d’accroître ses appuis, Mouvement Montréal en a perdu. Le sondage Léger-Le Devoir publié en septembre — avant la fusion — lui accordait 8 % des intentions de vote alors que Ralliement pour Montréal obtenait une part de 5 %. Or, le sondage CROP–Radio-Canada publié jeudi dernier révèle que ses appuis ont fondu à 5 %.

Balarama Holness fait remarquer qu’entre les deux sondages, les appuis obtenus par ses adversaires ont baissé de 10 points de pourcentage. Et de préciser : « Tout le monde a diminué. »

Des propositions controversées

Depuis le début de la campagne, Balarama Holness a beaucoup fait parler de lui avec sa proposition de doter Montréal d’un statut bilingue. Il admet que cette idée a permis d’attirer les projecteurs sur son parti. « Quand on a sorti notre plan économique, puis notre plan environnemental, on n’a eu aucune attention [médiatique] », dit-il. « Nous avons décidé de mettre des idées en avant pour nous démarquer. »

Malgré la controverse, il n’en démord pas. Selon lui, un statut bilingue, qui permettrait aux citoyens d’obtenir de la Ville des services dans les deux langues et autoriserait les entreprises à mener leurs activités en anglais et en français, ne mettrait pas le français en danger. « La langue française va toujours avoir priorité, va toujours être valorisée », souligne-t-il. « Sans le projet de loi 96, nous n’aurions jamais avancé cet enjeu-là », ajoute-t-il.

Balarama Holness plaide aussi pour un statut de « cité-État » pour Montréal afin d’accroître les pouvoirs et l’autonomie de la Ville en matière d’immigration, de santé et d’éducation, sans avoir à dépendre des autres ordres de gouvernement. « Montréal est une métropole, mais elle a les pouvoirs d’un village. Il nous faut plus de pouvoirs pour vraiment nous épanouir », explique-t-il. Cet exercice nécessiterait de modifier la Constitution canadienne, mais, pour M. Holness, ce n’est pas utopique. « Les gens pourraient dire que Balarama était dix ou vingt ans avant son temps. Ça serait une critique légitime. »

Montréal est une métropole, mais elle a les pouvoirs d’un village. Il nous faut plus de pouvoirs pour vraiment nous épanouir.

 

Mais à un moment, dans l’entrevue, Balarama Holness s’impatiente. Ses propositions les plus controversées accaparent trop d’attention à son goût. Son parti a élaboré une plateforme électorale, rappelle-t-il, dont plusieurs aspects gagneraient à être abordés.

Des indécis à convaincre

En matière d’habitation, son parti propose de construire 30 000 logements abordables et 24 000 logements sociaux. Et contrairement à Valérie Plante, un logement abordable signifie pour lui que son coût doit représenter 30 % du revenu de l’occupant et non 10 % de moins que sa valeur sur le marché.

En matière de mobilité, il promet le transport en commun gratuit pour toutes les personnes âgées de 25 ans et moins et pour les aînés. Il suggère aussi que les entreprises puissent obtenir des crédits d’impôt si elles achètent des titres de transport pour leurs employés.

Balarama Holness précise sesintentions concernant les cyclistes. L’imposition d’un permis de conduire aux cyclistes, qu’il a brièvement abordée lors du débat jeudi soir dernier à LCN, vise uniquement les vélos à assistance électrique, dit-il.

Sur le plan environnemental, Balarama Holness insiste sur la nécessité de réduire les disparités territoriales qui font en sorte que les secteurs moins nantis de la ville sont moins pourvus en espaces verts. « Il faut que tous les Montréalais aient accès à un espace vert, à un transport en commun fluide et adapté et à une économie verte et inclusive. »

Finalement, en matière de sécurité, il propose d’abolir certains postes de cadres au SPVM tout en maintenant le nombre de policiers sur le terrain. Une partie du budget du SPVM serait cependant réaffectée à d’autres services de la Ville, comme la construction d’infrastructures sportives, qu’il voit comme un outil de prévention.

À moins de deux semaines du scrutin, Balarama Holness ne se considère pas comme battu, même si le chemin vers la mairie s’annonce difficile. Selon lui, le taux de 27 % d’indécis dans le plus récent sondage témoigne du désaveu de beaucoup de Montréalais à l’égard de Valérie Plante et de Denis Coderre.