La crise du logement s’impose dans la campagne municipale à Montréal

La hausse du coût des propriétés et des loyers est devenue la préoccupation numéro un des électeurs montréalais en marge de la campagne municipale en cours, ce qui devrait inciter les partis dans cette course à multiplier les annonces à ce sujet dans les prochaines semaines. Mais au-delà des belles promesses, la Ville a-t-elle vraiment la capacité de remédier à cette situation complexe ?

La campagne électorale municipale de 2017 avait été marquée par les besoins en transport en commun, tandis que la question des services publics gérés par la municipalité, comme le déneigement et le nettoyage des rues, se retrouve généralement en haut de la liste des préoccupations des électeurs montréalais.

Or, un coup de sonde Léger-Le Devoir, réalisé du 14 au 19 septembre auprès de 500 résidents de la métropole, place plutôt le coût des logements et l’accès à la propriété au sommet des enjeux qui interpellent le plus les Montréalais, en prévision du scrutin du 7 novembre, devant celui du contrôle des armes à feu et du financement de la police. Les services publics suivent plus loin dans la liste, qui éclipse presque totalement les besoins en matière de transport en commun, à l’exception d’une mention du projet de ligne de train léger du Réseau express métropolitain vers l’est de Montréal.

« C’est étonnant parce que, la dernière fois [pendant la campagne électorale de 2017], on parlait beaucoup plus de transport, de mobilité, de congestion. Ça touchait les gens », rappelle Jean-Philippe Meloche, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecturede paysage de l’Université de Mont-réal. Quant à la question de l’accès à un logement, il reconnaît que la situation est « plus critique » aujourd’hui qu’elle l’était il y a quatre ans, dans un contexte de spéculation immobilière qui limite le pouvoir d’achat de bien des Montréalais sur le marché résidentiel.

« Il y a un manque de logements abordables, un manque de logements pour les familles ; il y a un problème de discrimination, et les jeunes ont de moins en moins les moyens d’accéder à la propriété », énumère Hélène Bélanger, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal. L’experte constate ainsi que la « crise du logement », qui touchait surtout « les personnes à faible ou à moyen revenu » il y a quelques années, affecte maintenant « la classe moyenne », et donc un bassin d’électeurs beaucoup plus large à Montréal.

Des logements abordables, mais « pour qui ? »

Les locataires ne sont d’ailleurs pas en reste, puisque les loyers ont grimpé à un rythme record de 4,6 % sur l’île de Montréal, entre 2019 et 2020. En tenant compte uniquement des logements inoccupés, et donc disponibles pour la location, le loyer moyen de ceux-ci est passé de 910 à 1198 $ entre 2019 et 2020, ce qui représente une augmentation de plus de 30 % en un an, selon des données de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Dans ce contexte, « de plus en plus, des locataires qui ont des revenus plus élevés n’y arrivent plus », constate la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme.

Afin de changer la donne, la cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, promet de faciliter la réalisation de 60 000 logements abordables dans la métropole. Elle propose pour ce faire que la Ville fasse l’acquisition de nombreux terrains dans les prochaines années afin de « prêter » ceux-ci à des organismes à but non lucratif et à des promoteurs privés qui y aménageront des logements abordables, dont le loyer ou le prix de vente seront limités à 90 % du prix moyen sur le marché privé.

4,6 %
C’est le rythme record auquel les loyers ont grimpé sur l’île de Montréal entre 2019 et 2020.

« C’est abordable pour qui ? La question reste et demeure », lance Hélène Bélanger, qui craint que ces logements soient inaccessibles financièrement à bien des ménages montréalais. Véronique Laflamme rappelle ainsi l’importance de ne pas « éclipser » les besoins en matière de logements sociaux et communautaires, qui sont pour leur part accessibles aux moins nantis. Le financement de ceux-ci dépend cependant en bonne partie de Québec et d’Ottawa, rappelle Mme Bélanger.

« On ne négligera aucune partie parce que le logement, c’est complexe », souligne le responsable de l’habitation au comité exécutif et élu de Projet Montréal, Robert Beaudry, qui promet de tenir compte des besoins en matière de logements sociaux dans la métropole. Le parti de Valérie Plante prévoyait d’ailleurs une autre annonce en matière d’habitation lundi, a appris Le Devoir.

Le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, a pour sa part refusé de s’avancer sur les promesses qu’il entend faire en matière d’habitation pour la métropole, lorsque Le Devoira contacté son équipe. « On va faire nos annonces en temps et lieu là-dessus », indique son attachée de presse, Elizabeth Lemay.

Des solutions multiples

Le chef du parti Mouvement Montréal,Balarama Holness, propose quant à lui d’abolir l’option de la compensation financière prévue dans le Règlement pour une métropole mixte pour les promoteurs refusant d’inclure des logements sociaux ou abordables dans leurs projets immobiliers. « À quoi sert ce règlement si les gens peuvent simplement payer pour s’en sortir ? » demande le candidat.

M. Holness estime par ailleurs que la Ville devrait mettre en place son propre registre des loyers, comme le réclame le FRAPRU.

« Ça demeure un des outils qui peut permettre aux locataires de faire valoir leurs droits pour qu’il n’y ait pas d’augmentations abusives au moment des changements de locataires », analyse d’ailleurs Hélène Bélanger.

Projet Montréal continue toutefois de renvoyer la balle au gouvernement Legault, sur ce point. « On continue à demander à Québec de mettre en place un registre des loyers parce que c’est leur responsabilité », indique M. Beaudry.

Le chef de Ralliement pour Montréal, Marc-Antoine Desjardins, propose pour sa part de « redéfinir le zonage commercial », notamment dans le centre-ville, pour faciliter la conversion de locaux commerciaux vides en logements, au moment où les « terrains vides » se font rares.

« C’est certain que la rigueur réglementaire nuit à la réponse aux besoinsde logements » dans la métropole, admet d’ailleurs Jean-Philippe Meloche. Ce dernier estime notamment que les arrondissements centraux de la métropole qui limitent à quelques étages seulement la hauteur des bâtiments dans leurs rues résidentielles devraient réviser ces hauteurs à la hausse, pour permettre la création de nouveaux logements.

« Ça ne veut pas dire faire des tours de 230 étages au centre-ville, lance l’expert, en référence à l’intérêt de M. Coderre pour la construction de tours dépassant le mont Royal. Ça veut dire permettre dans certains quartiers centraux de Montréal d’avoir des hauteurs un peu plus élevées. »



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