La position du SPVM sur le racisme et la discrimination systémique jugée bien timide

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, n’a pas cru bon d’intervenir sur la place publique à la suite de la déclaration de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, sur la réalité du racisme systémique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, n’a pas cru bon d’intervenir sur la place publique à la suite de la déclaration de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, sur la réalité du racisme systémique.

Si la brève déclaration du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lundi concernant le racisme et la discrimination systémique semble satisfaire l’administration de Valérie Plante, elle laisse plusieurs observateurs sceptiques quant à la réelle volonté du chef de police Sylvain Caron d’opérer des changements significatifs dans l’organisation.

« Je crois sincèrement que M. Caron et l’équipe du SPVM, en ce moment et dans les derniers mois, ont fait d’énormes pas en avant, mais il reste effectivement beaucoup de travail à faire », a dit la responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Rosannie Filato, lorsque questionnée au conseil municipal sur la déclaration du SPVM de la veille.

Lundi soir, après que la mairesse Plante l’eut pressé de prendre position au sujet du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), le SPVM a diffusé un communiqué de presse disant qu’il reconnaissait le caractère systémique du racisme et de la discrimination et qu’il s’engageait à agir pour les combattre. Le directeur Sylvain Caron, qui n’a pas voulu commenter publiquement le rapport, n’était pas cité dans le communiqué.

C’est la première fois que je vois un chef de police aussi effacé. Il ne semble pas faire d’efforts pour connaître les gens des diverses communautés. On a de plus en plus l’impression qu’il n’est pas vraiment l’homme de la situation. Le service de police réagit comme s’il était en état de siège.

Manque de clarté

La Ligue des droits et libertés estime que le message du SPVM est ambigu. « Il reconnaît qu’il y a du racisme et de la discrimination systémiques, mais il ne parle jamais de ses troupes », fait remarquer sa présidente, Alexandra PIerre. « Quand on sait que depuis des années le SPVM refuse de reconnaître le profilage racial et la discrimination systémique chez les policiers, on a vraiment besoin de précisions et on aimerait que M. Caron reconnaisse ce phénomène-là de façon explicite et publique. »

Elle a rappelé qu’après son assermentation en 2018, M. Caron avait évoqué la possibilité que le profilage racial soit plutôt une question de perception. Et récemment, lorsqu’interrogé à ce sujet, il s’était limité à dire qu’il y avait « peut-être » eu des incidents de racisme au SPVM.

Inspecteur au service des communications du SPVM, André Durocher a toutefois indiqué que Sylvain Caron ne présentera pas d’autres explications avant le 8 juillet, date à laquelle il dévoilera la nouvelle politique d’interpellation.

Le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, reproche à M. Caron son absence dans l’espace public depuis le mois de janvier et son manque de communication avec les minorités. « C’est la première fois que je vois un chef de police aussi effacé. Il ne semble pas faire d’efforts pour connaître les gens des diverses communautés, explique-t-il. On a de plus en plus l’impression qu’il n’est pas vraiment l’homme de la situation. Le service de police réagit comme s’il était en état de siège. »

Fo Niemi souligne que cette discrétion du SPVM sur la question du racisme et du profilage est peut-être attribuable à l’action collective et aux autres dossiers devant le Tribunal des droits de la personne sur ces questions. Les propos de Valérie Plante, qui a sans ambiguïté reconnu l’existence de racisme et de discrimination systémiques à Montréal, lui donnent toutefois espoir que des avancées pourront être faites : « On sent que le vent a tourné. On a assez entendu de déclarations et de discours. On veut des résultats et de l’imputabilité. »

 

Des doutes

Le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez, croit aussi que la déclaration du SPVM ne va pas assez loin. Il s’étonne également que Sylvain Caron n’ait pas été cité dans le communiqué de presse du SPVM. « C’est le moment d’être archiclair et transparent. Il ne faut pas jouer avec les mots. La façon dont cela a été présenté, ça sème un petit doute sur la réelle volonté du SPVM de reconnaître qu’il y a du racisme au sein de sa propre organisation. »

Lionel Perez comprend mal que Sylvain Caron ne puisse s’expliquer plus clairement avant le 8 juillet. « C’est le directeur du plus grand service de police du Québec. On parle d’une ville qui est multiethnique, où le tiers de la population est composée de minorités visibles. C’est un enjeu trop important pour qu’il attende jusqu’au 8 juillet. C’est inacceptable. »

L’ex-policier Guy Ryan rappelle que la situation au SPVM a progressé avec les formations sur le multiculturalisme, le profilage et l’utilisation de la force. Au fil des ans, le SPVM a aussi embauché des femmes et des policiers issus des minorités visibles, mais, selon lui, le temps est venu d’aller plus loin. « C’est vrai qu’ils ont fait des efforts, mais c’est vrai qu’ils ne prennent pas le taureau pas les cornes. À un moment donné, il faut qu’il y ait des actes concrets », lance-t-il. Le SPVM pourrait notamment agir pour cibler les policiers qui font du profilage racial, suggère-t-il.

« Mais il ne faut pas arriver non plus à ce que les policiers ne veuillent plus aller dans des secteurs où il y a davantage de minorités pour ne pas avoir de problèmes », prend-il soin d’ajouter.

Guy Ryan soutient que les multiples crises que le SPVM a traversées au cours des dernières années ont entraîné le départ de plusieurs policiers d’expérience et il n’est pas convaincu que Sylvain Caron ait l’expertise nécessaire pour diriger un service comme le SPVM avec ses 4500 policiers.

Avant de se joindre au SPVM en mars 2018 pour épauler le directeur par intérim Martin Prud’homme, Sylvain Caron avait occupé les fonctions de directeur adjoint à la Sûreté du Québec (SQ). Auparavant, il avait dirigé le service de police de Sorel-Tracy de 1981 à 2002.

La Fraternité des policiers n’a pas voulu commenter la déclaration du SPVM.

À voir en vidéo


 
1 commentaire
  • Alain Roy - Abonné 17 juin 2020 09 h 54

    La police, sous toutes les latitudes, est toujours blâmée pour tout et son contraire, selon le goût du jour ou de l'époque. Le directeur Caron peut faire toutes les déclarations possibles, se faire tatouer BLM ou les couleurs de l'arc en ciel, le mépris séculaire des forces de l'ordre sera toujours le prisme à travers lequel on le jugera. La pauvreté, le racisme, la violence, la cruauté existent depuis la nuit des temps. Les slogans et la sémantique à la mode aussi.