Le fossé se maintient entre Montréal et les régions

La mairesse Valérie Plante a accueilli avec satisfaction l’élection du gouvernement de Justin Trudeau.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La mairesse Valérie Plante a accueilli avec satisfaction l’élection du gouvernement de Justin Trudeau.

Au lendemain des élections fédérales, l’île de Montréal s’est retrouvée presque toute rouge, au milieu d’une mer bloquiste. Ce tableau n’est pas sans rappeler la vague caquiste qui avait balayé le Québec en 2018 et à laquelle Montréal avait résisté.

« Autrefois, on parlait du ROC [Rest of Canada]. Maintenant, il y en a un autre : le ROQ [Rest of Québec)]», résume Jean-Philippe Warren, professeur de sociologie à l’université Concordia. Si une certaine réalité sociodémographique explique en partie ces résultats, les approches adoptées par les partis politiques contribuent aussi à créer cette fracture entre Montréal et les régions, avance-t-il.

En s’inspirant de la méthode caquiste, les stratèges bloquistes ont reproduit des résultats similaires à ceux des élections provinciales d’il y a un an, explique-t-il. « Lorsqu’on reprend les mêmes thèmes, les mêmes stratégies, les mêmes politiques de marketing et qu’on module son message pour les mêmes publics, il est évident qu’on va assister aux résultats qu’on a présentement », dit-il.

Nouvelles voix libérales

Des percées bloquistes étaient tout de même attendues sur l’île de Montréal, mais à l’issue du scrutin, Mario Beaulieu, dans La Pointe-de-l’Île, en demeure toujours le seul représentant.

Dans Hochelaga, une circonscription bloquiste et néodémocrate depuis 2004, c’est la libérale Soraya Martinez Ferrada qui l’a emporté.

Mardi, cette ancienne conseillère municipale et ancienne directrice de cabinet de Louise Harel chez Vision Montréal savourait sa victoire. Elle soutient que, malgré les sondages favorables au bloquiste Simon Marchand, elle sentait le vent tourner en sa faveur dans les derniers jours de la campagne.

Seulement 319 voix l’ont séparée de son adversaire. « J’ai fait campagne en utilisant la méthode municipale, sur un mode de proximité. Je pense que c’est ça qui m’a fait gagner Hochelaga », dit-elle.

Reste que la division du vote entre le Bloc et le NPD a pu jouer en sa faveur. Dans la circonscription voisine, Laurier–Sainte-Marie, le libéral Steven Guilbeault a aussi eu raison de ses adversaires bloquiste et néodémocrate. Plus au nord, dans Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice est le seul député du NPD à avoir survécu sur l’île.

À l’instar de Steven Guilbeault, Soraya Martinez Ferrada s’est maintes fois fait interpeller au sujet du pipeline Trans Mountain. Les électeurs de l’Est de Montréal comprennent le paradoxe, selon elle : ils sont conscients de l’importance de l’enjeu environnemental, mais bon nombre d’entre eux doivent se déplacer en voiture tous les jours en raison des services insuffisants en transport en commun. « Ils savent qu’il faut faire la transition énergétique, mais on comprend tous qu’il faut la faire plus rapidement. »

L’amélioration du transport en commun a d’ailleurs été un des thèmes de sa campagne. Elle plaide notamment en faveur d’un service de transport structurant dans l’axe de la rue Notre-Dame, sans pouvoir préciser la forme que ça prendra.

La ligne rose

Le transport collectif est d’ailleurs le clou sur lequel Valérie Plante a tapé au lendemain des élections. En matinée mardi, la mairesse a accueilli avec satisfaction l’élection du gouvernement de Justin Trudeau, elle qui avait manifesté des inquiétudes quant au financement des projets de transport pendant la campagne électorale fédérale.

La ligne rose semble de plus en plus à portée de main pour la mairesse. « Je suis très satisfaite ce matin de pouvoir dire qu’entre autres, le Parti libéral et le NPD, se sont prononcés en faveur de la ligne rose et je m’en réjouis clairement », a-t-elle indiqué mardi matin. Rappelons aussi que les libéraux ont promis de rendre permanent le financement fédéral du transport en commun.

Le fait que le gouvernement de Justin Trudeau se retrouve dans une position minoritaire n’inquiète pas la mairesse outre mesure. « Dans certains cas, ça peut complexifier [le travail], mais ce sont aussi des opportunités pour une ville comme Montréal de faire valoir certaines de ses priorités et de s’assurer qu’elles sont entendues. On va voir comment le gouvernement minoritaire va avancer là-dedans », a-t-elle expliqué.

Valérie Plante avertit cependant le nouveau gouvernement fédéral qu’il devra régler rapidement l’impasse qui subsiste avec le gouvernement québécois concernant le financement en habitation : « J’ai besoin de cet argent-là pour le logement abordable et social. »

La mairesse espère par ailleurs que l’ajout d’élus libéraux dans l’Est de l’île, dont Soraya Martinez Ferrada et Steven Guilbeault, incitera les troupes libérales à faire avancer la cause de l’Est de Montréal. « Je souhaite que le gouvernement fédéral soit plus impliqué dans le développement de l’Est qu’il l’a été jusqu’à maintenant », a-t-elle dit.