Le Bâtiment 7 bientôt entouré de condos

Ouvert depuis à peine un an, le Bâtiment 7 abrite une épicerie à but non lucratif, une microbrasserie et une arcade pour les jeunes, en plus d’offrir des ateliers sur plusieurs thèmes comme la mécanique automobile et la réparation de vélos.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Ouvert depuis à peine un an, le Bâtiment 7 abrite une épicerie à but non lucratif, une microbrasserie et une arcade pour les jeunes, en plus d’offrir des ateliers sur plusieurs thèmes comme la mécanique automobile et la réparation de vélos.

Les gestionnaires du Bâtiment 7, un ancien immeuble industriel réhabilité de Pointe-Saint-Charles, craignent l’arrivée massive de condominiums dans le secteur. La construction d’une « muraille de condos » à 12 mètres de la façade du Bâtiment 7 risque non seulement d’enclaver l’immeuble, mais aussi de compromettre un projet de garderie et l’implantation d’une maison de naissance, disent-ils.

Ouvert depuis à peine un an, le Bâtiment 7 abrite une épicerie à but non lucratif, une microbrasserie et une arcade pour les jeunes, en plus d’offrir des ateliers sur plusieurs thèmes comme la mécanique automobile et la réparation de vélos.

Avec leur projet de centre autogéré, les militants et citoyens mobilisés ont pu sauver de la démolition un ancien bâtiment ferroviaire construit par le CN entre les années 1924 et 1946 et connu sous le nom de « Bâtiment 7 ». En 2017, le Groupe Mach, propriétaire du terrain, a accepté de céder l’immeuble aux citoyens en plus de leur faire un don d’un million de dollars pour le projet.

Une soixantaine de condos de trois étages doivent cependant être construits le long de la rue Sainte-Madeleine. Ces condos seront situés à 12 mètres seulement du Bâtiment 7, s’inquiète Judith Cayer, coordonnatrice au développement et à la viabilité du Bâtiment 7. « Il n’y aura pas de dégagement. Il n’y aura pas d’espace pour que les autos puissent passer. On a un projet de Centre de la petite enfance (CPE) de 80 places et un projet de maison de naissance, mais il faudra un débarcadère pour les véhicules d’urgence et de l’accessibilité universelle », explique-t-elle. « On a un projet exemplaire de développement durable, un nouveau modèle d’organisation et de rayonnement dans un quartier. Mais là, on va se retrouver complètement enclavés. »

Lettre à la mairesse

Préoccupés par la construction d’une « muraille de condos » si proche de leur immeuble, les gestionnaires du Bâtiment 7 ont écrit à la mairesse Valérie Plante afin que son administration intervienne. « Nous reconnaissons que les ressorts à activer pour dénouer la situation demeurent complexes — et demandent du courage politique. Nous savons, Madame la Mairesse, que vous avez fait preuve d’une telle audace dans un passé récent et que votre administration est capable d’en faire encore autant », écrivent-ils dans leur missive.

Ils proposent plusieurs solutions, soit que la Ville achète les terrains, fasse un échange de terrains, déplace les unités prévues, exproprie les terrains à des fins d’utilité publique ou révise les normes urbanistiques.

De son côté, l’arrondissement du Sud-Ouest estime en avoir fait beaucoup pour le projet en subventionnant son développement jusqu’à la réalisation de la première phase. Il a aussi négocié avec le Groupe Mach afin de créer une ruelle qui permettra d’espacer les bâtiments de 12 mètres.

Par ailleurs, la Ville achètera une parcelle de terrain appelé Lot 5 pour dégager un accès au CPE et à la maison de naissance.

« L’arrondissement et la Ville considèrent avoir déjà fait assez. Il n’est pas question d’exproprier deux autres lots », a précisé Marie Otis, directrice de cabinet du maire Benoit Dorais dans l’arrondissement du Sud-Ouest. « Beaucoup d’argent public reste à investir dans ce futur quartier, entre autres pour l’aménagement des parcs, dont celui qui sert de parvis à l’entrée du Bâtiment 7. »

Selon Mme Cayer, les terrains adjacents pourraient se prêter à plusieurs usages comme la production maraîchère, des stationnements de vélos et l’offre de divers ateliers. Le collectif travaille aussi sur un projet pour ramener les chevaux en ville pour la livraison du pain.

Rappelons que les vastes terrains du CN couvrant 33 hectares ont été utilisés jusqu’en 2003 par Alstom, avant d’être vendus pour la somme d’un dollar au Groupe Mach, appartenant à l’homme d’affaires Vincent Chiara, en 2006. Celui-ci s’était alors engagé à décontaminer les terrains.

Comme d’autres édifices sur le site, le Bâtiment 7, situé près de la rue Le Ber, était à l’abandon. Pendant près de 10 ans, le « Collectif 7 à nous » a milité pour se réapproprier le Bâtiment 7, qui lui a finalement été cédé par le Groupe Mach.