La «mairesse de la mobilité» a encore beaucoup à faire

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors de l’annonce du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, en avril dernier
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie Plante, lors de l’annonce du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, en avril dernier

Un an après son élection, Valérie Plante, la « mairesse de la mobilité », a encore du pain sur la planche pour éliminer la congestion routière et permettre aux citoyens de se déplacer plus facilement — et de façon sécuritaire — dans les rues de la métropole.

Élue le 5 novembre dernier avec un peu plus de 51 % des voix, la mairesse de Montréal avait promis de faire place à la transparence et de faire de la mobilité une priorité dans son mandat.

Prolongement de la ligne bleue du métro et création d’une ligne rose, amélioration de la sécurité sur les routes, création d’une tarification sociale du transport en commun, extension du réseau cyclable : la barre était placée assez haut.

La mairesse a d’ailleurs démarré sur les chapeaux de roues en annonçant l’achat de 300 autobus hybrides à peine quelques semaines après son entrée en fonction. L’idée étant d’augmenter la flotte totale d’autobus de la Société de transport de Montréal (STM) de 15 % et ainsi de mieux desservir la métropole.

« On n’a pas encore vu le fruit de toutes les décisions prises, mais les autobus hybrides, c’est sans doute le meilleur coup de l’administration Plante cette année. Ça nous prend des solutions à court terme qui montrent vite des résultats », estime Florence Junca-Adenot, professeure au Département d’études urbaines de l’Université du Québec à Montréal.

À son avis, la « jeune équipe » de Projet Montréal s’est bien défendue dans la dernière année, considérant le peu d’expérience de beaucoup de ses joueurs. Elle souligne particulièrement la volonté de la Ville de faire davantage de place à l’autopartage et se porte à la défense du projet pilote sur la voie Camillien-Houde qui traverse le mont Royal. « Ce n’est pas fou comme idée de tester une solution et de faire une consultation auprès de la population ensuite, explique-t-elle. C’est mieux que d’imposer de façon autoritaire ce qu’on pense comme la meilleure idée et se tromper. »

Quant à la création d’un Bureau de projet de la ligne rose, annoncée le 22 octobre, elle y voit une avenue « prometteuse », même si la Coalition avenir Québec, maintenant au pouvoir, ne semble toujours pas s’intéresser au projet.

« Dans l’ensemble, il y a une volonté et des efforts, mais c’est sûr que le défi des prochaines années, ça va toujours être de lutter contre la congestion routière, qui mine le moral des citoyens et le développement économique », croit Mme Junca-Adenot. Elle se montre d’ailleurs critique vis-à-vis de l’escouade mobilité, chargée de gérer la fluidité de la circulation, qui n’a pas su faire ses preuves jusqu’à maintenant.

Un avis partagé par Rémy Trudel, professeur invité à l’École nationale d’administration publique (ENAP). « Il y a encore beaucoup de travaux routiers et toujours autant de congestion sur l’île de Montréal. On a maintenant une escouade, mais pas un cône n’a bougé, pas un camion de livraison ne s’est bien rangé, on n’a vu aucun changement positif perceptible au quotidien », tranche-t-il.

Popularité en baisse

Un détail qui n’a pas échappé aux habitants de la métropole. Après un an de mandat, la popularité de la mairesse est en chute libre, alors que près d’un Montréalais sur deux (44 %) souhaiterait déjà un changement de garde à l’Hôtel de Ville, révélait samedi un sondage Léger-Le Journal de Montréal. Mme Plante y récolte néanmoins 42 % des intentions de vote.

Au coeur du mécontentement ? La congestion routière. Malgré les premières mesures en ce sens, 68 % des Montréalais se disent insatisfaits de la fluidité dans les rues de la métropole.

L’autre principal reproche des citoyens concerne l’augmentation des taxes, jugées trop élevées par 50 % d’entre eux. En dévoilant son budget 2018, Valérie Plante avait annoncé une hausse des taxes — comprenant la taxe foncière, les taxes locales et la taxe d’eau — de 3 % en début d’année, alors que Projet Montréal s’était engagé en campagne électorale à ne pas dépasser l’inflation, prévue à 2,1 % pour 2018.

De l’avis de Rémy Trudel de l’ENAP, cette décision a principalement terni la première année du mandat de Valérie Plante. « Ce n’était pas au programme, et leurs justifications après coup étaient alambiquées. Côté transparence, on ne réussit pas le test ici. »

« C’est comme si on avait fait un vieux calcul politique : en augmentant davantage en début de mandat, ça rapporte plus, et on diminue les taxes les autres années pour que les électeurs oublient ce malheureux événement en fin de mandat », renchérit Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM et experte en politique municipale.

La professeure juge toutefois que l’administration Plante a bien repris la succession de M. Coderre, se montrant plus efficace — et surtout mieux organisée — en matière de développement économique local. « C’est sûr qu’on est passé d’un one-man-show avec M. Coderre à un one-woman-show avec Mme Plante. Mais, au moins, elle prend des décisions dans l’esprit de Projet Montréal, au lieu de baser son programme sur de l’improvisation, comme son prédécesseur », souligne-t-elle.

M. Trudel abonde dans ce sens, notant toutefois que les plus grands changements de cette première année sont plus perceptibles à l’échelle locale. « J’ai rarement vu des maires d’arrondissements aussi préoccupés par les problèmes de leurs citoyens ; c’est l’esprit de Projet Montréal. »

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 5 novembre 2018 00 h 24

    Qu'elle commence

    par cesser de se présenter en jovialiste incongrue: ce sera un très bon début. Il serait temps qu'elle agisse en maire ou mairesse comme vous voulez et non en cheftaine d'un groupe de jeannettes dans un sous-sol d'église.

    • Louise Collette - Abonnée 5 novembre 2018 08 h 05

      Bien dit Monsieur Bonin.
      Quelle déception, du vent...mais surtout du biliguisme.............
      Gouverne Montréal comme si c'était un pays, SON pays.
      Exit la sortie à la prochaine élection.

  • Bernard Plante - Abonné 5 novembre 2018 09 h 34

    Patience et réalisme

    À lire ce bilan, on croirait que les Montréalais s'attendaient à ce que l'ensemble des problèmes de congestion soient réglés en moins d'un an! Comment penser que 50 ans de développement basé sur le modèle américain d'autoroutes et de banlieues puisse s'effacer d'un seul coup? Le leg du demi-siècle antérieur marque et marquera la réalité pendant encore longtemps, et ce peu importe la rapidité avec laquelle on souhaite apporter des changements.

    Ne serait-il pas plus approprié de constater qu'au moins maintenant on avance alors qu'auparavant on reculait? C'est déjà en soi une grande amélioration qui indique un changement de direction. Laissons le temps aux décisions de montrer leur effet. À force de tout vouloir tout de suite on se tire dans le pied.

    • Jean Richard - Abonné 5 novembre 2018 09 h 52

      Même si les choses vont encore lentement, j'ai encore confiance en l'équipe de Mme Plante et ne m'ennuie pas du tout de son prédécesseur.

      Il y a sur la route de la nouvelle administration Plante deux obstacles majeurs : Québec (pas Cité-Labeaume, mais Province-CAQ) et les médias, en particulier ceux de Québecor. L'élection des caquistes secoue fortement l'optimisme des Montréalais et pour cause. Quant aux médias, ils sont prompts à laisser beaucoup d'espace aux détracteurs du progrès urbain. Un exemple : quand on a réouvert la voie (on pourrait dire l'autoroute) Camilien-Houde à la circulation de transit, on a eu droit dans les médias, en particulier un certain tabloïde gratuit de Québecor, aux éternelles gérémiades de deux ou trois commerçants qui prétendent (sans le prouver) avoir perdu des clients lors de l'expérience menée par la Ville l'été dernier.

      Certains médias aiment bien faire croire au monde que toute mesure visant à améliorer la mobilité en écartant ce qui cause l'immobilité, la voiture individuelle en tête, va causer une crise économique sans précédent. Pourtant, les exemples abondent où c'est le contraire qui s'est produit, même à Montréal (à petite échelle). Il y a bel et bien eu des projets de revitalisation d'artères commerciales de quartier qui ont donné des résultats très positifs alors qu'on a redonné un peu d'espace aux gens (quitte à rogner un brin à la fois les privilèges automobiles).

      Alors, je vous l'accorde : on n'avance pas très vite, mais au moins on ne recule pas trop.

  • Jean Richard - Abonné 5 novembre 2018 09 h 35

    Docteur, je tousse

    Une patiente se présente chez le médecin. Elle se plaint de fortes toux et aimerait qu'on lui prescrive des médicaments anti-toux. Or, sa toux, elle la doit aux deux paquets de cigarettes quotidiens avec lesquels elle empoisonne son existence. Mais elle ne veut pas cesser de fumer : elle veut des médicaments.
    Ça ressemble étrangement au problème de la mobilité en milieu urbain. Docteur Valérie, je me sens mal, je suis congestionnée. Auriez-vous un quelconque médicament contre la congestion ? Oui, Montréal, passez à la pharmacie Novabus et demandez 300 autobus hybrides. Ça va vous soulager. Vraiment ? Comment 300 autobus hybride immobilisés dans la congestion peuvent-ils améliorer la mobilité ?
    La congestion, c'est le signal d'un malaise plus profond et si on n'a pas le courage (politique) de s'attaquer aux causes, on ne fera pas disparaître la congestion.
    La surpopulation automobile, c'est la plus grande part du malaise. Des solutions basées sur l'automobile sont vouées à l'échec. Qui croit encore au covoiturage, sauf ceux et celles qui s'en servent pour justifier la tergiversation en matière de transport collectif ? La voiture en libre partage ? Si elle sert à déplacer 1,2 personnes à la fois, où est la différence ? Et si vraiment elle libère des espaces de stationnement, il faudrait en profiter pour récupérer ces espaces et les convertir en voies réservées au transport en commun routier. Mais on ne le fait pas. Les places libérées par l'auto-partage sont vite récupérées par des voitures privées. S'ajoute l'espace grandissant accaparé par des bornes de recharge, qui détruisent tout espoir d'aménager des voies réservées au transport en commun sur les grandes artères : c'est un cancer latent. Comment peut-on sur une artère telle le boulevard Saint-Laurent installer des bornes de recharge alors que la ligne 55, pourtant achalandée, est d'une lenteur déconcertante ? Une voie réservée, pas des stations de recharge pour voitures individuelles. Logique non ?