L'absence d'hommage pour Fredy Villanueva est critiquée

Le militant Will Prosper et des proches de Fredy Villanueva ont organisé une conférence à proximité du parc Henri-Bourassa, mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le militant Will Prosper et des proches de Fredy Villanueva ont organisé une conférence à proximité du parc Henri-Bourassa, mercredi.

À quelques jours du dixième anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, ce jeune homme de 18 ans tombé sous les balles d’un policier à Montréal-Nord, des militants critiquent l’absence de commémorations de la part de l’administration de l’arrondissement.

« Il y a un devoir de mémoire envers Fredy. Son nom a été sali, terni par les médias, la population et les politiciens. On doit rétablir son image, pour lui et sa famille », a lancé le militant des droits civiques Will Prosper, mercredi, en conférence de presse sur les lieux du drame, près du parc Henri-Bourassa.

Militants et proches de la famille Villanueva ne décolèrent pas depuis l’annonce de l’administration de la mairesse Christine Black, en juin, d’abandonner le projet de murale en hommage à Fredy Villanueva pour plutôt créer une place de l’Espoir, à proximité de la tragédie.

Ils déplorent que ni le nom ni le visage du jeune homme ne soient utilisés pour créer une oeuvre d’art en sa mémoire, et qu’aucune activité ne soit organisée pour souligner les événements dix ans plus tard.

« Fredy Villanueva, c’est un jeune qui a participé aux activités de nos organismes, qui a grandi dans notre cour arrière, qui allait dans nos écoles, c’est un jeune qui n’aurait pas dû mourir », poursuit M. Prosper.

Le comité de soutien à la famille Villanueva organisera des activités pour marquer l’événement, le 9 août prochain. Un rassemblement aura lieu dès 17 h, là où le jeune homme a perdu la vie.

Au programme : discours, moments de recueillement, micro ouvert et musique. Des oeuvres d’art créées dans un atelier d’art-thérapie au Musée des beaux-arts de Montréal samedi seront exposées le jour anniversaire.

Censure

Rappelant que de nombreuses voix de citoyens et d’artistes se sont élevées ces dernières semaines pour appeler à la censure des spectacles de Robert Lepage SLAV et Kanata, Will Prosper les invite à se lever pour appuyer leur cause.

« Ils sont où, ces gens-là, pour parler de la censure qu’on vit ici ? […] Nous aussi, ça fait dix ans qu’on se fait censurer, qu’on demande une oeuvre à la mémoire de Fredy Villanueva », déplore-t-il.

De son côté, la mairesse Christine Black s’est défendue en expliquant que le sujet était toujours délicat. « C’est un sujet qui polarise beaucoup à Montréal-Nord, et tout le monde a son opinion sur Fredy Villanueva, sur les émeutes et l’impact que tout ça a eu ici à Montréal-Nord », a-t-elle indiqué en entrevue.

Au centre de la place de l’Espoir, son administration compte installer une « capsule temporelle » dans laquelle les citoyens pourront déposer des messages. Le contenu de l’oeuvre ne sera toutefois dévoilé qu’en 2065, pour le 150e anniversaire de Montréal-Nord.

« Dévoiler le tout 47 ans plus tard, vraiment ? C’est insultant pour la famille », estime Josianne Barrette, une auteure qui devait initialement participer au projet.

Elle explique s’être retirée en découvrant que la démarche était « très loin d’être de la médiation culturelle », la famille Villanueva n’ayant jamais été consultée.

Aux yeux de Will Prosper, ce projet démontre le « manque de courage politique » de l’arrondissement. « C’est comme enterrer une deuxième fois Fredy Villanueva », s’offusque-t-il.

La mairesse croit plutôt que l’idée d’une capsule temporelle sera rassembleuse et permettra à tous de s’exprimer sur les événements avec des petits mots ou des photos.

« Il est temps aussi qu’on se tourne vers l’avenir et que les gens puissent réfléchir à comment ils aimeraient voir Montréal-Nord dans le futur », affirme-t-elle.