Une saison touristique court-circuitée

Des commerçants de la rue Ontario craignent que le démantèlement de leur terrasse, exigé par l’organisation de la course de Formule E, leur fasse perdre 85 % de leur chiffre d’affaires en pleine saison estivale.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Des commerçants de la rue Ontario craignent que le démantèlement de leur terrasse, exigé par l’organisation de la course de Formule E, leur fasse perdre 85 % de leur chiffre d’affaires en pleine saison estivale.

Des commerçants de la rue Ontario sont forcés de démonter leur terrasse entre le 27 juillet et le 3 août pour la tenue de la course de Formule E. En pleine saison estivale, cette désinstallation leur fera perdre des dizaines de milliers de dollars, ont-ils dénoncé en conférence de presse jeudi.

L’arrondissement de Ville-Marie a offert de rembourser la valeur du permis de terrasse pour ces huit jours. Les autorités ont également demandé à Montréal c’est électrique, qui organise l’événement, de rembourser jusqu’à 2000 $ en frais de démontage, d’entreposage et de réinstallation des terrasses.

Mais cette somme ne suffira pas à compenser les pertes financières. « C’est une blague », a lancé Frédéric Cormier, propriétaire de la microbrasserie Station Ho.st. La clientèle assise en bordure de rue représente jusqu’à 85 % du chiffre d’affaires de M. Cormier durant les beaux jours. En ajoutant la main-d’oeuvre nécessaire au montage et au démontage de sa terrasse, il évalue qu’il perdra entre 20 000 $ et 30 000 $.

« Et sûrement plus », a renchéri Luc Sénécal, copropriétaire de la brasserie Le Cheval blanc, en conférence de presse jeudi. L’embauche de travailleurs en pleine période des vacances de la construction pose en outre problème, soulignent-ils.

La rue Ontario ne fait pas partie du tracé de cette course de voitures électriques. Elle constitue cependant « un axe de mobilité est-ouest essentiel, notamment pour les services d’urgence », plaide Anik de Repentigny, porte-parole de l’arrondissement de Ville-Marie. Quant au montant de la compensation, elle dit ne pas pouvoir « spéculer » sur cette question.

Manque de communication

Les commerçants du quartier ont aussi été surpris d’apprendre cette exigence par voie d’huissier. Il ne s’agit pas de s’opposer à la tenue de cette course, précisent-ils, mais ils dénoncent le « manque de planification » et de « transparence » de la Ville.

« C’est exactement comme si on ne voulait pas nous entendre », affirme Victor Magalhaes du restaurant Le Barroso, qui devra lui aussi démonter sa terrasse.

Accompagnés d’une résidente du quartier, Heidi Miller, en conférence de presse, ils ont proposé de détourner le trafic sur une autre artère moins commerciale, la rue Sherbrooke, par exemple.

Le Devoir avait appris en juin dernier que la Poissonnerie La Mer, à l’angle de l’avenue Papineau et du boulevard René-Lévesque, serait forcée de fermer ses portes durant trois jours. L’administration municipale n’avait pas offert de compensation financière, même si le circuit de course allait bloquer tous les accès au commerce.

Après l’envoi d’une mise en demeure, la Ville suggère de mettre en place une passerelle piétonne, ainsi qu’un stationnement alternatif, a indiqué le porte-parole de la poissonnerie, Alexander Meletakos.

Des citoyens voisins du tracé ont aussi composé avec des travaux 24 heures par jour tous les jours, durant quelques semaines en mai. Exaspérés par le bruit des camions, même en pleine nuit, une vingtaine d’entre eux ont déposé des plaintes.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 14 juillet 2017 10 h 40

    Ce n'est peut-être qu'un début

    Au XXe siècle, on a détruit le cœur des villes pour en faire le paradis des voitures et l'enfer des citadins. Au XXIe siècle, on a commencé à croire qu'on pourrait un jour rétablir l'équilibre entre le bonheur des humains et celui des voitures. Luttes après luttes, les humains ont fini par récupérer de fragiles parcelles du terrain perdu, un petit coin de parc, un petit coin de rue, quelques bancs, quelques fleurs, et, quelques terrasses pour s'assurer que l'humain n'était pas qu'un cerveau de voiture, mais aussi un être social.

    Timidement, maladroitement, Montréal tentait de se tailler une petite place dans le palmarès des villes modernes qui permettent à leurs habitants de s'épanouir comme des êtres humains.

    Cet espoir pourrait être enseveli par une nouvelle religion appelée transport individuel électrique. Nous avons bien dit individuel car dans le discours des missionnaires électriques, le métro n'apparaît pas, si bien que plusieurs ont fini par croire qu'il n'était pas mû par l'électricité mais au pétrole.

    Si on n'y prend pas garde, les luttes des dernières années pourraient avoir été vaines. La course de voitures à batteries pourrait être un premier geste d'une nouvelle ère de déconstruction de la ville pour faire place à ces vaches sacrées que sont les voitures individuelles à batteries. Exit les parcelles de voies publiques favorisant les contacts sociaux : il faut faire de la place. Faut-il ajouter que plusieurs stations Bixi seront enlevées pendant près d'un mois – soit plus d'une centaine de places pour vélos (vélos qui n'auront pas droit à l'assistance électrique pour ne pas entrer en concurrence avec l'industrie automobile, notre véritable gouvernement provincial).

    On vient de planter des centaines d'affiches de limites de vitesse dans la ville et en même temps, on permet une course de chars pour démontrer ces limites ne s'appliquent pas à la voiture électrique. N'y a-t-il pas quelque chose qui cloche ?