Barrette promet des repas améliorés

Épié par des caméras, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est vu servir une assiette de coq au vin avec des accompagnements de purée de pomme de terre et de pois verts.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Épié par des caméras, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est vu servir une assiette de coq au vin avec des accompagnements de purée de pomme de terre et de pois verts.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a promis la main sur le coeur de « mettre efforts et argent » afin que les quelque 36 500 usagers des centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) se voient servir des repas « nutritifs, bons, beaux et chauds » d’ici les prochaines élections générales, le 1er octobre 2018.

« Je prends l’engagement de tout faire pour que ce soit le cas », a-t-il déclaré après avoir dégusté l’une des 72 recettes mises au point par un bataillon de professionnels, y compris des nutritionnistes, du CIUSS de la Capitale-Nationale et du CIUSS de Chaudière-Appalaches au cours de deux dernières années.

Épié par des caméras, M. Barrette s’était vu servir une assiette de coq au vin avec des accompagnements de purée de pomme de terre et de pois verts. « Écoutez, là, vous ne pouvez pas ne pas aimer ça ! Le dur, le mou, c’est excellent ! » a-t-il lancé, après avoir mâché une bouchée dans un silence extasié. « Hum, c’est vraiment délicieux », a-t-il ajouté avant de se lécher les babines.

En harmonisant leur offre alimentaire, les établissements de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches pourront mitonner ce plat « délicieux », puis y ajouter une crème de carotte, un berlingot de lait, un café, un morceau de pain aux bananes… et un biscuit soda pour 2,34 $.

Le coût moyen des 72 recettes « nourrissantes, à saveur variée et de belle présentation » — et leurs équivalents en « texture modifiée » destinés aux personnes souffrant de dysphagie — s’élève à 2,17 $. « Ici, le coût unitaire du repas est un peu plus élevé qu’il était avant d’environ 20 sous, mais l’économie d’échelle qui provient du changement de production alimentaire fait qu’au bout de la ligne, on est non seulement dans le même budget, il y a même un petit peu d’économie », a expliqué M. Barrette.

Le ministre libéral a « enjoint » à tous les CHSLD de revoir leur offre alimentaire tout en s’inspirant du « modèle » établi par le CIUSS de la Capitale-Nationale et le CIUSS de Chaudière-Appalaches. « Le réseau a affaire à suivre », a-t-il dit, croisant les doigts afin que son projet ne se heurte pas à de l’« obstruction syndicale ».

Plus d’une centaine de personnes avaient accepté l’invitation de M. Barrette, dont 32 élus libéraux, de tester un « repas de CHSLD » 2.0. Les partis d’opposition ont boycotté l’événement, refusant de cautionner la politique-spectacle du ministre de la Santé. « Le ministre soigne plus son image que les gens qui habitent dans les CHSLD », a fait valoir la députée péquiste Diane Lamarre.

Le formateur au Regroupement provincial des comités d’usagers, Gérald Bolduc, a trouvé l’événement organisé au coût de 4000 $ somme toute « utile ». « Le ministre s’est peinturé dans le coin. Il s’est donné un mandat qui n’est pas négligeable », a-t-il souligné dans un bref entretien avec Le Devoir. À l’heure actuelle, « il y a une très grande disparité » d’offre alimentaire entre les centres destinés aux adultes en perte d’autonomie fonctionnelle ou psychosociale au Québec, a-t-il insisté.

M. Bolduc a dit espérer que les CHSLD puissent aussi bonifier le « service alimentaire ». « Il y a des personnes qui ont des déficits cognitifs. Ils prennent deux cuillerées de soupe et, tout d’un coup, tombent [dans la lune]. S’il y a quelqu’un de dynamique et souriant à côté d’eux pour les encourager [ça aide]. Des personnes qui courent parce qu’elles sont pressées de faire le service puisqu’elles ne sont pas en nombre suffisant, ça ne crée pas la même atmosphère », a-t-il fait valoir.

M. Barrette a de son côté rappelé avoir donné le feu vert la semaine dernière à l’embauche de 1150 préposés, infirmières auxiliaires et infirmières supplémentaires pour y arriver. « Ce n’est pas de la politique-spectacle, c’est de l’information. »