Aglukkaq dit n'avoir été informée que la semaine dernière

La ministre fédérale de l’Environnement Leona Aglukkaq affirme qu’elle a été informée seulement la semaine dernière de l’intention de Montréal de déverser 8 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

Pourtant, en conférence de presse mardi, le maire Denis Coderre a soutenu qu’Environnement Canada avait ce dossier entre les mains depuis septembre 2014.

Sur son fil Twitter, la ministre Aglukkaq écrit mercredi matin que son bureau a été informé «la semaine dernière» du plan de la Ville. Elle ajoute que ce plan est «préoccupant» et que son bureau agit de façon responsable en «explorant des options pour l’empêcher dans l’attente de nouvelles données».

Le bras de fer entre Ottawa et Montréal se poursuit, alors que M. Coderre a lancé mardi un ultimatum de trois jours aux fonctionnaires d’Environnement Canada. Le gouvernement conservateur lui a demandé de suspendre le déversement, initialement prévu entre le 18 et le 25 octobre. Pour M. Coderre, les troupes de Stephen Harper cherchent à «gagner des petits points politiques» avec cet enjeu.

En campagne à Montréal, le chef bloquiste Gilles Duceppe a déploré mercredi que ce soit «deux poids, deux mesure» pour Montréal, alors que Toronto déverse régulièrement des eaux usées dans les Grands Lacs, et Vancouver, dans l’océan.

Le chef libéral Justin Trudeau a pour sa part soutenu que les conservateurs ne se préoccupent pas de la science et n’interviennent dans un dossier que lorsqu’ils y voient un avantage politique à le faire.

Heurtel fait un lapsus 

Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, a déclaré qu’il a fait un lapsus, mercredi, en affirmant que l’approvisionnement en eau potable de Montréal pourrait être compromis par tout retard dans des travaux qui sèment la controverse.

En Chambre, mercredi, M. Heurtel a affirmé que le temps presse pour l’exécution de travaux qui nécessitent un déversement d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, à Montréal.

Selon M. Heurtel, des experts des ministères de l’Environnement et de la Faune et d’autres scientifiques indépendants sont d’avis qu’à défaut de procéder, l’eau potable de Montréal pourrait être en danger.

En se rendant ensuite à une réunion du conseil des ministres, M. Heurtel a soutenu qu’il avait commis un « lapsus » avec cette déclaration.

En Chambre, alors qu’il répondait aux questions de deux députés de l’opposition, M. Heurtel a pourtant répété ses propos.

Selon le ministre, le déversement prévu de huit milliards de litres d’eaux usées, rendu nécessaire à cause de travaux sur l’autoroute Bonaventure, est la seule option, bien qu’elle ne soit pas idéale.

« Si on ne va pas de l’avant avec cette solution-là dans les temps prescrits par les experts, c’est l’alimentation en eau potable de Montréal qui sera en péril », a-t-il dit, en réponse au Parti québécois.

À la Coalition avenir Québec, M. Heurtel a précisé davantage ses propos.

« Il faut absolument faire ces travaux, a-t-il dit. Si on ne les fait pas, si ces travaux ne sont pas faits de la façon que les experts de la Ville de Montréal le disent, que les experts du ministère de l’Environnement le disent, les experts du ministère de la Faune le disent, les experts de la science, les experts et les expertes indépendantes, c’est l’approvisionnement en eau potable de l’île de Montréal qui est péril. »

Aux journalistes qui le pressaient ensuite de préciser, M. Heurtel a corrigé ses propos.

« C’est un lapsus, c’est les eaux usées que je voulais dire », a-t-il dit sans s’arrêter.

Erin Brockovich furieuse

Par ailleurs, la militante écologiste Erin Brockovich a réagi à deux reprises sur sa page Facebook à propos de cet enjeu.

Celle qui a révélé une affaire de pollution des eaux potables en Californie interpelle le maire Denis Coderre à plusieurs reprises : « Sommes-nous en 2015 ? Est-ce que cette ville est considérée comme un acteur majeur sur la scène mondiale ? Est-ce la même ville qui a été hôte des Jeux olympiques en 1976 ? [...] Tout cela est ridicule et honteux. » L'activiste termine sa publication en donnant le numéro de téléphone du maire Coderre.

Longueuil aussi

En soirée, plusieurs médias ont rapporté que la Ville de Longueuil a aussi rejeté près de 150 millions de litres d'eaux usées dans le fleuve en mars dernier.

Ces informations ont été confirmées au Devoir.

Un intercepteur d'eaux usées posait alors problème et des rejets ont été déversés dans le fleuve afin d'installer une conduite de dérivation.

D'autres détails suivront dans notre édition de jeudi.

 

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