Espace pour la vie prêche par l’exemple

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Faisant partie d’Espace pour la vie, le Biodôme s’est doté en 2010 d’une politique innovante de développement durable.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Faisant partie d’Espace pour la vie, le Biodôme s’est doté en 2010 d’une politique innovante de développement durable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Villes vertes

Réunissant le Biodôme, le Jardin botanique, l’Insectarium et le Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, Espace pour la vie constitue le plus important complexe muséal en sciences de la nature au Canada. S’étant doté en 2010 d’une innovante politique de développement durable, il contribue depuis à faire de la métropole une ville plus verte et plus responsable.

Ronald Jean-Gilles connaît la stratégie politique d’Espace pour la vie. Embauché en 2010 par l’institution muséale en tant que conseiller en développement durable, il a contribué à la mettre sur pied et à l’arrimer au plan de développement durable de la collectivité montréalaise.

 

« Ce qui est très intéressant, c’est que la réflexion provient de l’interne, indique le conseiller en développement durable. À l’époque, tous les employés des muséums nature ont été rencontrés. Ils se sont rendu compte que ce qui les unissait, c’était le développement durable. Tout le monde était d’accord que c’était quelque chose d’important dans toutes les institutions. Espace pour la vie a donc confirmé dans un premier temps son engagement en embauchant un conseiller en développement durable, c’est à dire moi, et en adoptant la même année une politique de développement durable. »

 

Se déclinant en douze axes d’intervention, la politique fixe toutes sortes d’objectifs traditionnels en matière de développement durable, comme la réduction des déchets et de la consommation d’énergie par exemple, mais elle comporte également plusieurs cibles plus propres à la mission d’Espace pour la vie.

 

« Nos objectifs plus spécifiques sont ceux liés à la protection et à l’essor de la biodiversité, à la préservation du patrimoine naturel et culturel, ainsi qu’à l’intégration des principes de développement durable dans nos activités de sensibilisation et d’éducation,note M. Jean-Gilles. La politique fait également état de notre engagement à développer une collaboration avec les communautés locales, internationales, culturelles, scientifiques, etc. »

 

De la politique au terrain

 

Guidé par sa charte, Espace pour la vie a depuis 2010 développé plusieurs initiatives et projets s’inscrivant dans une perspective de développement durable. En 2012, par exemple, le complexe muséal a entrepris une série d’ateliers citoyens réunissant des employés, des organismes communautaires, des institutions montréalaises, comme des musées et des universités, ainsi que des citoyens.

 

Les échanges se sont déroulés principalement autour de deux questions, soit « Comment visualisez-vous la relation idéale entre les citoyens et Espace pour la vie ? » et « Quelles seraient les meilleures stratégies et les moyens à mettre en place pour favoriser la participation citoyenne au sein d’Espace pour la vie ? ».

 

Féconde, la démarche a donné naissance à une seconde charte, celle de la participation citoyenne d’Espace pour la vie. On y trouve sept grands principes directeurs, lesquels témoignent de l’investissement de l’organisation auprès de la communauté montréalaise.

 

Motivées par leur mission commune et leur engagement partagé, les quatre institutions muséales ont entamé de concert un rapprochement avec les acteurs locaux. « Ça passe beaucoup par l’économie sociale », relève M. Jean-Gilles.

 

Par exemple, le Biodôme et le Planétarium Rio Tinto Alcan utilisent les services de la compagnie Le Sextant, une entreprise d’économie sociale spécialisée dans l’entretien ménager. Leurs restaurants sont aussi depuis peu tenus par Projet Sol, une nouvelle entreprise d’insertion professionnelle spécialement créée pour offrir des services alimentaires dans les institutions d’Espace pour la vie.

 

Pour verdir son territoire, l’organisation a également fait appel aux Montréalais à quelques reprises. « Je pense à la Forêt éphémère, par exemple, qu’on a faite pendant deux années consécutives, relève le conseiller en développement durable. On récupérait des sapins de Noël et on invitait des citoyens à venir ériger la forêt avec nous, pour mettre un peu de verdure sur l’espace bétonné aux abords du Biodôme. »

 

Décloisonner son savoir-faire

 

Mais l’action de l’organisation ne se limite pas qu’au territoire qui abrite ses bâtiments. Par exemple, de concert avec des cuisines collectives de divers arrondissements montréalais, le Jardin botanique a développé un projet éducatif novateur. « On a des experts du Jardin qui ont accompagné des membres de ces cuisines collectives pour les initier à la culture de légumes et de fines herbes. Ils ont fait des potagers, et avec leur récolte, ils ont préparé des repas économiques pour leurs familles. »

 

Dans le même esprit, l’organisation a l’an dernier lancé le projet Mon jardin Espace pour la vie. Offert gratuitement aux Montréalais, ce programme participatif a pour objectif de permettre aux citoyens de mieux comprendre la biodiversité et d’apprendre à la protéger en aménageant chez eux un espace dédié à celle-ci. Les participants se voient proposer trois jardins thématiques, en lien avec les expertises de l’Insectarium, du Biodôme et du Jardin botanique, et doivent réaliser l’un deux. Ils ont le choix entre une oasis pour les monarques, un jardin pour les oiseaux, et un jardin pour la biodiversité. Fait intéressant, ces aménagements peuvent être effectués aussi bien dans une cour que sur un balcon.

 

Affectionnant particulièrement ce projet, M. Jean-Gilles estime qu’il s’avère très porteur, non seulement parce qu’il émane d’acteurs du milieu, mais également parce qu’il répond autant aux besoins des Montréalais qu’au désir d’Espace pour la vie de communiquer son savoir-faire.

 

« C’est un programme destiné aux citoyens, donc qui sort des murs de nos institutions, et qui reconnaît les efforts déployés par des citoyens pour “inviter la nature chez eux”. Ça se fait au moyen d’une certification dont les critères sont basés sur les principes du jardinage écologique », précise M. Jean-Gilles.

 

« Une particularité de ce projet,ajoute-t-il, c’est que généralement, les institutions publiques développent des programmes de verdissement sur le domaine public. Or, celui-ci s’adresse directement au domaine privé. Il s’agit d’un projet fédérateur qui vient compléter les nombreuses initiatives de verdissement à Montréal sans les dupliquer. »

 

L’an dernier, pour la première année du programme, près de 50 jardins ont été certifiés. Optimistes, les organisateurs du projet visent les 200 inscriptions pour l’édition 2014.

 

Montrer patte blanche

 

Dans quelques jours, Espace pour la vie présentera son tout premier rapport de développement durable, un outil que M. Jean-Gilles juge bien important pour l’organisation. « Au quotidien, on invite les gens à prendre un engagement en faveur du développement durable, dit-il. Pour être crédible, il faut prêcher par l’exemple. Ce rapport, c’est un bon moyen de le faire ! »

 


Collaboratrice