Commission Charbonneau - Montréal sévit contre trois fonctionnaires

L’ingénieur Yves Themens et le surveillant de chantier François Thériault (notre photo), relevant tous deux de la Direction des infrastructures, ont été congédiés vendredi à la suite d’une enquête du contrôleur général, Alain Bond.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ingénieur Yves Themens et le surveillant de chantier François Thériault (notre photo), relevant tous deux de la Direction des infrastructures, ont été congédiés vendredi à la suite d’une enquête du contrôleur général, Alain Bond.

Deux fonctionnaires identifiés comme faisant partie des rouages du système de corruption et de collusion à Montréal ont été renvoyés de la Ville à la suite de révélations accablantes à la commission Charbonneau.

L’ingénieur Yves Themens et le surveillant de chantier François Thériault, relevant tous deux de la Direction des infrastructures, ont été congédiés vendredi à la suite d’une enquête du contrôleur général, Alain Bond.


Un troisième employé mis en cause dans les stratagèmes de corruption et de collusion, Michel Paquette, a été blanchi et sera réintégré progressivement dans ses fonctions aux infrastructures. Sa suspension sans solde a pris fin jeudi.


Quant au superviseur Gilles Vézina, éclaboussé aussi par la commission Charbonneau, sa suspension sans solde a été prolongée jusqu’au 28 février. À la suite d’une entente avec la Ville, il démissionnera de son poste le 1er mars.


La Ville n’a pas commenté sa décision, sinon pour expliquer dans un communiqué que les employés avaient commis « diverses irrégularités dans l’exercice de leurs fonctions ». On leur reproche d’avoir entraîné des dépenses non justifiées pour la Ville, d’avoir gonflé sans raison les quantités de matériaux utilisés sur les chantiers, d’avoir omis de fournir des pièces justificatives pour autoriser des paiements, d’avoir entretenu « des liens de proximité » avec des entrepreneurs et d’avoir accepté des pots-de-vin.

 

Montrés du doigt


L’enquête et les sanctions découlent du témoignage de l’entrepreneur Lino Zambito à la commission Charbonneau.


L’ex-patron d’Infrabec a soutenu qu’il versait à François Thériault, un surveillant de chantier, des ristournes de 15 % sur les faux extras empochés par sa compagnie. Il obtenait aussi de François Themens, responsable de la coordination des travaux de construction, la liste confidentielle des entrepreneurs intéressés à soumissionner sur des projets.


Les ingénieurs corrompus Luc Leclerc et Gilles Surprenant, qui ont touché des ristournes totales de 1,3 million de dollars des entrepreneurs, ont identifié MM. Thériault et Themens comme des complices des stratagèmes de corruption et de collusion.


Selon M. Surprenant, Yves Themens collaborait à ses efforts pour gonfler les estimations du coût des travaux dans le logiciel Gespro. Selon M. Leclerc, M. Thériault se montrait conciliant en ce qui concerne la réclamation d’extras sur les chantiers.


François Thériault et Yves Themens ont démenti ces faits lors de leur passage à la commission Charbonneau. Ils ont toutefois reconnu leur participation à un voyage de golf à Cuba, payé par feu l’entrepreneur Tony Conte (Conex Construction).


M. Thériault est maintenant accusé de parjure. Il aurait menti à la commission en taisant qu’il avait reçu d’un entrepreneur un rabais de 30 000 $ à l’achat de sa maison.


Gilles Vézina, superviseur immédiat de Luc Leclerc, a dit ignorer le stratagème de collusion lors de son témoignage. Il a lui-même reçu quelques avantages durant sa carrière, mais cela faisait partie « du modèle d’affaires » de la Ville, a-t-il dit. Il fréquentait Nicolo Milioto et feu Frank Catania, deux entrepreneurs identifiés comme des intermédiaires de la mafia. Giuseppe Borsellino, président de Construction Garnier, a dit cette semaine qu’il lui avait versé un pot-de-vin.