Ottawa injecte 1,1 milliard pour l’éducation des Autochtones au Québec

L’objectif est de fournir un parcours scolaire «culturellement sécurisant» aux jeunes autochtones, a affirmé Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’objectif est de fournir un parcours scolaire «culturellement sécurisant» aux jeunes autochtones, a affirmé Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations.

Une entente « historique » pour favoriser la réussite scolaire des Premières Nations au Québec entraînera un investissement total de 1,1 milliard de dollars sur cinq ans, a annoncé jeudi, à Kahnawake, la ministre canadienne des Services aux Autochtones, Patty Hajdu.

« C’est un jour historique », a-t-elle affirmé au sujet de cette entente entre Ottawa et 22 communautés autochtones du Québec, dont l’existence avait été révélée par Le Devoir en juin dernier.

L’accord en matière d’éducation primaire et secondaire comprend de nouveaux investissements de 310,6 millions de dollars. Les fonds serviront notamment à lutter contre le décrochage scolaire.

« C’est un geste de réconciliation », a dit la ministre Hajdu. Cette dernière a souligné que l’enveloppe permettrait aux Premières Nations d’engager et de retenir plus de 600 enseignants et professionnels de l’éducation pour transmettre les connaissances actuelles et ancestrales. Une part du budget sera aussi allouée au transport scolaire.

L’objectif est de fournir un parcours scolaire « culturellement sécurisant » aux jeunes autochtones, a affirmé Denis Gros-Louis, directeur général du Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN). La préservation des langues et des cultures est d’ailleurs au coeur de l’accord.

Cette entente, qui est le fruit de 10 ans de travail, était attendue par les communautés autochtones. Ces dernières réclament depuis des années d’avoir davantage d’autonomie en matière d’éducation.

« Décoloniser l’éducation »

L’accord fait suite à un engagement du gouvernement Trudeau de « décoloniser l’éducation » après les traumatismes des pensionnats vécus par les Autochtones.

Il permettra aux Autochtones de sortir « du moule » imposé par les gouvernements en matière d’éducation, a estimé Ghislain Picard, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL).

Le financement sera distribué « selon la vision et l’autonomie » de chaque communauté, a précisé Denis Gros-Louis. Une approche a été développée afin d’aller chercher des professionnels capables « d’adapter le contenu proposé par le gouvernement provincial selon la culture et les connaissances locales de chacune des communautés », a-t-il ajouté.

Bien que l’APNQL représente 43 communautés au total, seules 22 d’entre elles sont signataires de l’accord. M. Picard a expliqué que certains groupes avaient des « couloirs plus particuliers » pour négocier avec le gouvernement fédéral, notamment les nations qui possèdent des traités.

Une loi décriée

 

Lors de l’annonce, John Martin, chef de Gesgapegiag et responsable du dossier de l’éducation, a toutefois dénoncé l’adoption du projet de loi 96. La réforme caquiste de la Charte de la langue française érige « des murs encore plus hauts » séparant les Premières Nations de leur réussite scolaire, a-t-il déploré.

Ces derniers mois, Ghislain Picard a aussi critiqué la réforme, qui aurait des impacts sur les langues autochtones, selon lui. L’adoption de cette loi constitue un « recul historique » en ce qui concerne les relations entre les Premières Nations et le gouvernement du Québec, a-t-il affirmé.

« Nous n’avons pas choisi nos colonisateurs, a-t-il lancé jeudi. Nous avons essayé de nous adapter durant des décennies et même des siècles. Pourquoi sommes-nous les derniers à avoir un choix en la matière ? » demande-t-il.

 

Avec Marco Fortier

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