Grève de la faim contre l’envoi de turbines en Allemagne

En apprenant l’autorisation du renvoi des turbines, Arsenii Pivtorak (à gauche) et Ladislao Zaichka (à droite) ont senti «l’urgence d’agir», racontent-ils.
Courtoisie Arsenii Pivtorak En apprenant l’autorisation du renvoi des turbines, Arsenii Pivtorak (à gauche) et Ladislao Zaichka (à droite) ont senti «l’urgence d’agir», racontent-ils.

Deux manifestants d’origine ukrainienne font une grève de la faim depuis dimanche, devant le parlement à Ottawa, pour demander au Canada d’annuler sa décision d’autoriser la livraison en Allemagne de turbines provenant d’un gazoduc reliant la Russie à l’Europe.

« Ça a été un peu une trahison de la part du Canada », lance Arsenii Pivtorak au téléphone, mardi. Malgré un mal de ventre plus tôt dans la journée, l’homme de 19 ans dit être motivé à poursuivre sa grève de la faim pour que le gouvernement canadien respecte les sanctions économiques imposées à Moscou. Aux côtés de M. Pivtorak, Ladislao Zaichka dénonce cette décision qui permettra à la Russie d’approvisionner l’Allemagne en gaz naturel et « d’avoir plus d’argent pour continuer la guerre ».

Samedi dernier, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a déclaré que les turbines de l’un des gazoducs Nord Stream 1 de la société russe Gazprom se trouvaient dans une usine de l’entreprise allemande Siemens, à Montréal. Il a annoncé dans un communiqué qu’un permis révocable et d’une durée limitée serait accordé à la compagnie afin que ces pièces réparées retournent en Allemagne. L’équipement sera ensuite remis à la Russie, a précisé Berlin lundi.

Le ministre Wilkinson a affirmé samedi dernier que le renvoi des turbines, destinées à la société russe Gazprom, « soutiendra la capacité de l’Europe à accéder à une énergie fiable et abordable alors qu’elle poursuit sa transition en s’éloignant du pétrole et du gaz russes ». « En l’absence d’un approvisionnement nécessaire en gaz naturel, l’économie allemande subira des difficultés très importantes et les Allemands eux-mêmes risquent de ne pas pouvoir chauffer leurs maisons à l’approche de l’hiver », a-t-il ajouté.

Pour l’Ukraine, cette autorisation risque de créer « un dangereux précédent » qui pourrait compromettre les sanctions économiques imposées à la Russie par l’Occident. Lundi, l’ambassadrice du Canada en Ukraine a été convoquée à Kiev, à la suite de la restitution « inacceptable » des turbines, selon le président Volodymyr Zelensky.

Malgré nos demandes, le gouvernement canadien n’a pas voulu confirmer que les turbines étaient toujours à Montréal et nous a renvoyés à la compagnie Siemens. Cette dernière n’a pas répondu à nos nombreuses demandes d’information.

À propos de la grève de la faim entamée par Arsenii Pivtorak et Ladislao Zaichka, le cabinet du ministre Wilkinson répond que le gouvernement « soutiendra toujours le droit de manifester pacifiquement ».

« L’urgence d’agir »

En apprenant la décision d’Ottawa d’envoyer les turbines, les deux manifestants ont senti « l’urgence d’agir », racontent-ils. « Pour nous, ça a été blessant de voir le gouvernement agir de cette façon à l’égard de l’Ukraine, qui a besoin du Canada en ce moment », dit M. Pivtorak. Surtout après la vague de solidarité des Canadiens envers les Ukrainiens, souligne-t-il.

L’envoi de ces pièces en Allemagne constitue un « enjeu plus éthique que politique », renchérit Arsenii Pivtorak. En raison des profits que fera la société russe Gazprom, il estime que « ces turbines vont finalement servir à tuer plus d’Ukrainiens ».

Ladislao Zaichka raconte avoir perdu des tantes et un oncle depuis le début de l’invasion russe, qui s’est amorcée le 24 février dernier. « Je ne veux pas que d’autres familles vivent cela », souffle l’homme de 21 ans. C’est pourquoi il veut poursuivre sa grève de la faim, même « si chaque jour devient un peu plus difficile ».

Ces derniers jours, des amis d’Arsenii Pivtorak et Ladislao Zaichka ont fait des jeûnes durant la journée seulement, devant la mairie de Montréal, en solidarité avec les deux manifestants.

Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse

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