Les courses à surveiller lors de la soirée électorale ontarienne

La cheffe du NPD en Ontario, Andrea Horwath, parle à des journalilstes lors la campagne électorale. 
Photo: Eduardo Lima La Presse canadienne La cheffe du NPD en Ontario, Andrea Horwath, parle à des journalilstes lors la campagne électorale. 

Les Ontariens sont appelés aux urnes jeudi. Après un mois de campagne électorale, ils décideront qui des progressistes-conservateurs de Doug Ford, des néodémocrates d’Andrea Horwath ou des libéraux de Steven Del Duca ils souhaitent voir au pouvoir. Voici quelques circonscriptions à surveiller le soir de l’élection.

Glengarry-Prescott-Russell

Ce château fort libéral à majorité francophone est passé du rouge au bleu en 2018 grâce à l’élection d’Amanda Simard. La députée de l’Est ontarien a toutefois quitté le gouvernement Ford peu après, dans la foulée de ses compressions dans les services en français, avant de joindre les rangs libéraux en 2020.

C’est Stéphane Sarrazin, le maire du Canton d’Alfred et Plantagenet, qui représente maintenant le Parti progressiste-conservateur. Et ce dernier semble bénéficier d’un changement d’opinion de la part des Franco-Ontariens à l’égard du clan Ford, dont les coupes avaient mené à des manifestations monstres en 2018.

Les libéraux et les progressistes-conservateurs se livrent cette fois une lutte serrée dans la circonscription. Le chef Steven Del Duca a visité sa candidate deux fois ; la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, est quant à elle venue trois fois dans la région.

Windsor-Tecumseh

 

Les conférences de presse électorales de Doug Ford ont été peu nombreuses, mais il a cru bon en organiser une dans cette circonscription à peine trois jours avant le scrutin.

Durant la campagne, le Parti progressiste-conservateur a affirmé être le parti des travailleurs. Cette course, dans une circonscription où le taux de syndicalisation est important, fera savoir si son opération de séduction a porté fruit. Le candidat du parti, le Franco-Ontarien Andrew Dowie, se dit confiant : « Chaque fois que je cogne à la porte, le monde me dit : “J’ai voté NPD ou libéral toute ma vie, mais la cette fois-ci, j’aime ce que Ford dit” », raconte-t-il au bout du fil.

Le député néodémocrate sortant, Percy Hatfield, a annoncé en juillet qu’il ne solliciterait pas un quatrième mandat. Il l’avait emporté avec 58 % des voix en 2018. Les deux circonscriptions voisines — Essex et Windsor-Ouest — sont aussi à surveiller.

Vaughan-Woodbridge

 

C’est dans cette circonscription banlieusarde (et très italienne) de la région de Toronto que le chef libéral Steven Del Duca cherche à se faire élire. Il fait face au conservateur Michael Tibollo, qui l’a battu en 2018 avec 50 % des voix. Le conservateur a été rétrogradé par deux fois au sein du caucus de son parti ces quatre dernières années. Mais d’après le site 338Canada, il est tout de même en avance dans les sondages ; la firme Mainstreet en vient à la même conclusion.

Les jours de Steven Del Duca à la tête du Parti libéral pourraient être comptés s’il n’arrache pas cette circonscription, d’autant qu’il a passé les deux dernières années sans siège à Queen’s Park. Il n’a pas voulu dire ce qu’il adviendrait s’il ne sortait pas gagnant de la lutte électorale de jeudi soir.

De son côté, le NPD, qui n’a aucune chance de remporter la circonscription, y a tout de même fait de la publicité ciblée.

Sault-Sainte-Marie

 

La troisième fois est habituellement la bonne. Par contre, lors d’une courte campagne électorale, on n’a pas toujours cette troisième occasion. La cheffe du NPD, Andrea Horwath, l’a appris à la dure après avoir dû annuler sa visite à Sault-Sainte-Marie à deux reprises, d’abord atteinte de la COVID-19, puis une semaine plus tard parce que son avion connaissait des problèmes mécaniques.

Le NPD est populaire dans le nord de l’Ontario — il a remporté 8 des 13 circonscriptions de la région en 2018 — , mais le parti n’a pas été en mesure de remporter Sault-Sainte-Marie depuis 1999. Le ministre conservateur Ross Romano avait par contre arraché la victoire par seulement 414 voix en 2018. Le NPD l’a accusé de résider à Sudbury, à l’extérieur de sa circonscription ; le conservateur a nié, qualifiant l’allégation d’« attaque politique de bas étage ».

Don Valley-Ouest

 

Les progressistes-conservateurs ont recruté l’ancien chef de police de Toronto Mark Saunders pour décrocher cette circonscription du nord-ouest de Toronto, région de l’ex-première ministre Kathleen Wynne. L’ancienne cheffe libérale est demeurée députée en 2018, mais elle ne sollicite pas de sixième mandat cette année. C’est la banquière Stephanie Bowman qui le fait à sa place.

D’après le site 338Canada, les conservateurs n’avaient presque aucune chance de l’emporter au début de la campagne, mais l’écart entre les bleus et les rouges s’est rétréci ces derniers jours. Selon Myer Siemiatycki, professeure de science politique émérite à l’Université métropolitaine de Toronto (anciennement l’Université Ryerson), la lutte est maintenant serrée puisque la campagne provinciale des libéraux a manqué d’ampleur.

Hamilton-Est–Stoney Creek

Qui dit Hamilton dit habituellement NPD. Mais difficile de prévoir ce qui se passera jeudi soir dans cette circonscription du sud de la ville, voisine de celle de la cheffe du NPD, Andrea Horwath. Selon l’analyste de sondage Philippe J. Fournier, c’est grâce à ce genre de gain que les conservateurs pourraient obtenir une « supermajorité » jeudi. Le chef Doug Ford était de passage dans la circonscription pour rendre visite au candidat Neil Lumsden fin mai.

Au mois de mars, le NPD a mis à la porte son candidat, le député sortant Paul Miller, en raison de propos qui seraient racistes (le parti n’a pas donné davantage de détails). Ce dernier poursuit maintenant Andrea Horwath pour discrimination et se présente en tant que candidat indépendant. Environ 10 % des électeurs pourraient voter pour lui au lieu — vraisemblablement — du NPD, ce qui pourrait ouvrir la porte à une victoire conservatrice.

Brampton-Est

 

Le frère du chef du NPD fédéral Jagmeet Singh, Gurratan Singh, tente d’obtenir un deuxième mandat dans cette circonscription, l’une des cinq de la ville en périphérie de Toronto. Les cinq circonscriptions sont rouges au fédéral, mais au provincial les néodémocrates et les conservateurs se les sont partagées en 2018. Jeudi soir, Brampton-Est pourrait être la seule circonscription de la ville qui demeure orange, selon Philippe J. Fournier.

À la mi-campagne, les libéraux se sont retrouvés dans une situation délicate après que leur candidate, Jannat Garewal, eut affirmé dans une entrevue que son parti allait « avec certitude construire l’autoroute 413 ». Le chef libéral avait pourtant insisté sur le fait que son parti mettrait fin au projet routier, qui contournerait Brampton, s’il était élu premier ministre. « Steven Del Duca dit des choses différentes à ses candidats et au public », a réagi le NPD.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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