Seulement quelques milliers de participants à la grand-messe antiavortement annuelle à Ottawa

Les participants à la «Marche pour la vie», qui se déroulait sur la colline du Parlement, jeudi, étaient bien moins nombreux que les années précédentes.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les participants à la «Marche pour la vie», qui se déroulait sur la colline du Parlement, jeudi, étaient bien moins nombreux que les années précédentes.

Malgré la tournure récente du débat sur l’avortement aux États-Unis, les militants anti-choix canadiens se sont déplacés en moins grand nombre que par le passé dans le cadre de leur manifestation annuelle sur la colline du Parlement d’Ottawa, jeudi. Ils assurent néanmoins que leur lutte n’est pas terminée ; la députée conservatrice Cathay Wagantall a notamment annoncé qu’elle reviendrait à la charge aux Communes dès le mois prochain.

La foule présente sur la pelouse du Parlement était bien moins dense que celle observée ces dernières années. Les quelques centaines de contre-manifestants pro-choix étaient même beaucoup plus bruyants par moments, les militants antiavortement écoutant silencieusement les discours des organisateurs de l’événement.

La Campaign Life Coalition s’était présentée galvanisée devant la Cour suprême du Canada, mercredi, arguant que l’invalidation probable de l’arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême américaine aiderait la cause antiavortement au nord de la frontière. « Les gens seront plus ouverts au message pro-vie », certifiait le directeur des activités politiques de l’organisme, Jack Fonseca.

La « Marche pour la vie » a déjà attiré plusieurs dizaines de milliers de personnes, mais les organisateurs espéraient en rassembler 3000 dans le cadre de cette 25e édition. C’est ce nombre, tout au plus, qui s’est finalement réuni à Ottawa. « C’est une bonne participation, puisque c’est la première marche depuis la pandémie », a fait valoir M. Fonseca jeudi.

Des députés dans la foule

 

Sept élus antiavortement du Parti conservateur se sont présentés au micro pour saluer les militants. Deux d’entre eux ont pris la parole pour les implorer de s’impliquer dans la course à la chefferie de leur parti et d’inscrire plusieurs candidats sur leur bulletin de vote — et non pas uniquement celui de la seule candidate ouvertement anti-choix, Leslyn Lewis.

La frange sociale du Parti conservateur compte des milliers de membres, dont l’influence s’est fait sentir sur l’issue des deux dernières courses à la chefferie.

Mme Lewis n’était pas présente au rassemblement, n’ayant pas pu revenir à temps d’Edmonton, où se tenait la veille un débat entre les aspirants chefs conservateurs. La députée Cathay Wagantall a lu une courte déclaration au nom de sa collègue : « Je me tiens à vos côtés pendant que vous luttez pour vous faire entendre de votre gouvernement, au nom des personnes vulnérables et des non-nés », a-t-elle lu pour Mme Lewis.

Mme Wagantall, qui représente la circonscription saskatchewanaise de Yorkton-Melville, a quant à elle fait savoir qu’elle présenterait un nouveau projet de loi d’initiative parlementaire d’ici la relâche, fin juin, qui devrait ensuite être débattu à l’automne. Il s’agira de « protéger les femmes », a-t-elle vaguement indiqué, en attendant de le dévoiler aux Communes. L’an dernier, son projet de loi visant à interdire les avortements sexo-sélectifs avait été battu en chambre, mais avait récolté l’appui de 80 de ses collègues conservateurs.

Outre Mme Wagantall, les députés Garnett Genuis, Arnold Viersen, Kelly Block, Glen Motz, Damien Kurek et John Williamson étaient aussi présents au rassemblement. Les quatre derniers se sont rangés derrière Pierre Poilievre dans la course à la chefferie, tandis que M. Viersen et Cathay Wagantall appuient Leslyn Lewis.

Les pro-choix aussi mobilisés

 

À quelques dizaines de mètres du rassemblement antiavortement, des militants pro-choix brandissaient eux aussi affiches et slogans.

Plusieurs d’entre eux craignent de voir ce débat relancé au Canada, alors que la Cour suprême des États-Unis semble s’apprêter à invalider l’arrêt ayant légalisé l’avortement chez nos voisins du Sud. « C’est ça qui fait peur, parce qu’on ne veut pas que ça se rende ici non plus. Ce serait un retour en arrière de 50 ans. Et on ne veut pas de ça en 2022 », a lancé Chantal Chénier, pancarte « Mon corps, mon choix » à la main.

Jaisie Walker, de Planned Parenthood, a raconté avoir été « dégoûtée, furieuse, bouleversée » en voyant les manchettes annonçant la décision probable du plus haut tribunal américain. Cette année, « les enjeux sont plus importants, en matière de discours public », a-t-elle affirmé au sujet des manifestations opposées qui se tenaient sur la colline du Parlement.

« Mais en même temps, il y a un urgent besoin d’accès à l’avortement dans nos communautés depuis des décennies », a-t-elle noté.

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