La politique ontarienne ne fait pas courir les foules

Le premier ministre de l'Ontario Doug Ford
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le premier ministre de l'Ontario Doug Ford

Qu’est-ce qu’un taux de participation électoral élevé ? Ça dépend où vous posez la question. Les 57,43 % enregistrés lors de l’élection québécoise de 2008 représentent un plancher historique dans la province ; mais si ce taux de participation était atteint en Ontario cette année, il serait le plus élevé depuis l’élection de 1999. Lors de cette élection, le taux de participation avait atteint 58,31 %.

Le désintérêt pour la politique provinciale en Ontario est surtout d’ordre identitaire, selon plusieurs experts. Les Ontariens s’identifient avant tout en tant que Canadiens, ils portent donc moins attention aux enjeux provinciaux qu’ailleurs, disent-ils. « Peu d’Ontariens pourraient nommer le chef libéral ou même la cheffe néodémocrate [Andrea Horwath] — et elle est en poste depuis 2009 », note en entrevue le professeur de science politique Jonathan Malloy, de l’Université Carleton.

Ce manque d’enthousiasme se traduit aux urnes : en moyenne, 53,9 % des électeurs ontariens ont voté lors des six derniers scrutins provinciaux, contre 68,59 % des électeurs québécois. D’après une analyse signée par des professeurs albertains, entre 1965 et 2014, le taux de participation des Ontariens aux élections provinciales était l’avant-dernier au sein de la confédération ; celui des Québécois, le troisième. Au niveau fédéral, par contre, les deux provinces présentent presque le même taux.

« Les Ontariens ont tendance à percevoir leur gouvernement provincial comme un gestionnaire », explique le politologue Greg Flynn, de l’Université McMaster. « Ils ne cherchent pas de grands leaders charismatiques », poursuit-il. L’ancien premier ministre Mike Harris, en poste de 1995 à 2002, symboliserait lui aussi cette préférence. « Bland works » (« La gestion terne fonctionne »), avait affirmé le premier ministre progressiste-conservateur Bill Davis au fil de ses 14 années au pouvoir, entre 1971 et 1985.

Une réforme électorale à l’horizon ?

D’après Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Démocratie en surveillance, contrer ce manque de participation politique passe par une réforme électorale. Mais les partis provinciaux ne sont pas prêts à l’entreprendre, juge-t-il. Selon lui, l’élimination du scrutin majoritaire uninominal à un tour, à elle seule, pourrait faire grimper de 5 points de pourcentage le taux de participation, tandis qu’une combinaison de mesures triplerait cette hausse.

Deux des principaux partis ontariens ont promis de réformer le système électoral s’ils prennent le pouvoir.

Le chef libéral Steven Del Duca en a même fait une question de vie ou de mort : s’il n’instaure pas de scrutin préférentiel lors de son premier mandat en tant que premier ministre, il cédera sa place. En vertu de cette méthode, les électeurs font un premier, deuxième et troisième choix. Si un candidat n’obtient pas une majorité grâce aux premiers choix, le dernier candidat est éliminé de la course et ses votes sont redistribués selon le deuxième choix de l’électeur, et ainsi de suite.

Les néodémocrates et leur cheffe Andrea Horwath proposent plutôt un système de représentation proportionnelle mixte. Dans ce cas-ci, les électeurs continueraient d’élire un député dans leur circonscription, mais d’autres sièges du Parlement seraient distribués en fonction du nombre total de votes pour chacun des partis.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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