Quoi surveiller lors de la campagne électorale en Ontario?

C’est ce mercredi que l’Ontario entre officiellement en campagne électorale.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne C’est ce mercredi que l’Ontario entre officiellement en campagne électorale.

C’est ce mercredi que l’Ontario entre officiellement en campagne électorale. Le Parti progressiste-conservateur de Doug Ford tentera d’obtenir un second mandat le 2 juin prochain. De son côté, le libéral Steven Del Duca cherchera à ramener son parti au pouvoir quatre ans après une dégelée historique. La cheffe sortante de l’opposition officielle, Andrea Horwath, elle, espère que sa quatrième campagne à la tête du NPD sera la bonne. Survol des enjeux et dossiers à surveiller d’ici le 2 juin.

Le coût de la vie

Plusieurs experts s’attendent à ce qu’il s’agisse du plus important enjeu de la campagne, et plusieurs des annonces déjà faites par les principaux partis le confirment.

Les progressistes-conservateurs promettent de réduire les taxes sur l’essence à compter du 1er juillet et d’augmenter le salaire minimum. Le NPD, qui a dédié le premier chapitre de sa plateforme électorale à la question, veut entre autres réduire le coût de l’assurance automobile. Les libéraux, toujours sans plateforme, souhaitent établir les tarifs de transport en commun à 1 $ partout dans la province.

« Doug Ford fera du service à la clientèle durant cette campagne. […] Il s’attaque à l’augmentation du coût de la vie en proposant redonner de l’argent aux Ontariens », explique Jonathan Malloy, professeur à l’Université Carleton. « Les gens sont inquiets de leurs finances personnelles. C’est pour cette raison que vous voyez des mesures populistes de la part du gouvernement », note Livianna Tossutti, politologue à l’Université Brock. « Ce qui sera crucial pour les électeurs, c’est l’abordabilité et la pression inflationnaire », estime aussi Lydia Miljan, professeure à l’Université de Windsor.

Les libéraux et les néodémocrates tentent d’ailleurs de se démarquer à gauche sur ce thème pour séduire l’électorat progressiste.

Le NPD propose notamment d’offrir des séances de psychothérapie gratuites, une proposition qui coûterait plus d’un milliard par année. Le Parti libéral promet de son côté d’instaurer 10 jours de congé de maladie payé, une mesure qu’un projet de loi du NPD avait déjà présenté en 2020. Les deux partis proposent aussi d’augmenter le salaire minimum : les libéraux à 16 $ l’heure ; le NPD à 20 $ l’heure.

Le vote stratégique

 

« Les partis diront qu’il n’y a pas de vote stratégique, mais c’est évident qu’il y en a », lance Livianna Tossutti.

La division du vote de gauche est un scénario rêvé pour Doug Ford, dit la politologue, puisqu’elle ouvre la porte à une nouvelle majorité. Le Parti progressiste-conservateur a remporté huit circonscriptions par une marge de moins de 2,5 % en 2018. Et dans ces courses, le vote combiné des candidats libéral et néodémocrate était, en moyenne, supérieur de 15 points de pourcentage à celui du candidat appuyé par Doug Ford.

Au mois d’avril, la cheffe néodémocrate Andrea Horwath a d’ailleurs lancé un appel aux électeurs libéraux dans l’espoir de freiner le Parti progressiste-conservateur.

Sur les réseaux sociaux, la directrice de campagne du Parti libéral, Christine McMillan, a répliqué que « seuls les libéraux pouvaient battre les conservateurs ». « Je sais qu’on discute beaucoup des sondages, mais ce qui compte, ce sont les choix des partis s’ils étaient élus », a insisté son chef Steven Del Duca le 21 avril.

L’entente Parti libéral-NPD à Ottawa pourrait aussi encourager certains électeurs indécis à bouder leurs pendants provinciaux, croit Lydia Miljan. D’autant que les chefs Steven Del Duca et Andrea Horwath n’ont pas fermé la porte à une telle entente. « Ce ne sera pas un enjeu dominant, mais ce sera soulevé lors des débats », prévoit la professeure.

La COVID-19

 

Il restera difficile, à bien des égards, d’ignorer la pandémie lors de la campagne.

La sixième vague de COVID-19 a déjà atteint son pic en Ontario, ce qui pourrait limiter la propagation de la maladie parmi les candidats des différents partis. Et la courbe devrait s’aplatir d’ici la journée du vote, prévoit la Santé publique.

« Le moins les partis d’oppositions parleront de la pandémie, le mieux ce sera », pense la professeure Lydia Miljan. « Ils vont constater que s’ils réclament plus de mesures sanitaires, ils vont désintéresser les électeurs. »

Le NPD et les libéraux risquent de se battre pour obtenir le vote des personnes préoccupées par la COVID-19, tandis que les électeurs qui souhaitent passer à autre chose voteront probablement pour Doug Ford, résume de son côté Jonathan Malloy. Selon le professeur de l’Université Carleton, tous les partis devront songer au message qu’ils désirent envoyer sur le sujet. Voudront-ils montrer qu’ils sont prudents ? Ou voudront-ils séduire ceux qui en ont assez ?

Lors d’un premier événement électoral non officiel, en mars dernier, le chef libéral Steven Del Duca a semblé avoir choisi la seconde option en arrivant sans masque, tout comme ses candidats, dans une salle bondée. C’est un enjeu de crédibilité pour lui, pense la professeure Miljan, considérant ses critiques de la gestion pandémique de Doug Ford.

Le mystère Del Duca

 

C’est le 7 mars 2020, six jours seulement avant qu’Ottawa ne déclare l’état d’urgence sanitaire, que les délégués du Parti libéral de l’Ontario ont élu Steven Del Duca à la tête du parti. Défait en 2018 dans la circonscription de Vaughan-Woodbridge, au nord-ouest de Toronto, il mène ainsi ses troupes de chez lui depuis un peu plus de deux ans.

L’ancien ministre du gouvernement de Kathleen Wynne est le moins connu des chefs des principaux partis — et c’est un avantage pour lui, croit le politologue Jonathan Malloy. « C’était un ministre, mais pas un ministre avec une grande notoriété. Les électeurs n’ont donc pas encore une opinion de lui », analyse-t-il.

Mais d’après un récent sondage Abacus, seulement 37 % des partisans du Parti libéral de l’Ontario estiment qu’il serait le meilleur premier ministre : Steven Del Duca est moins populaire que son parti, et « c’est un risque », estime l’analyste de sondages Éric Grenier. La couverture médiatique inhérente à une campagne électorale pourrait toutefois changer les choses, observe Lydia Miljan. « On sait comment Doug Ford et Andrea Horwath feront campagne, mais pas Steven Del Duca. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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