Des territoires à «redonner» pour accélérer la réconciliation

L’objectif du ministre Marc Miller est maintenant de «rendre irréversibles» les progrès réalisés en matière de réconciliation, notamment en redonnant des terres.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne L’objectif du ministre Marc Miller est maintenant de «rendre irréversibles» les progrès réalisés en matière de réconciliation, notamment en redonnant des terres.

C’est le temps de redonner le territoire. » Aussitôt assermenté comme nouveau ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, a promis d’accélérer les choses pour réparer la relation entre le Canada et les peuples autochtones, « brisée » par « le vol du territoire ».

« Il faut s’assurer que les choses bougent », explique Marc Miller, en entrevue avec Le Devoir. L’élu montréalais est devenu l’homme de confiance de Justin Trudeau dans le dossier de la réconciliation avec les peuples autochtones. Il a accepté d’expliquer sa déclaration, prononcée lors de sa nomination, le 26 octobre, selon laquelle il est temps que le gouvernement restitue des terres à ses occupants ancestraux. « Quand je dis quelque chose comme ça, je suis sérieux. »

Son accession au titre de grand responsable des négociations avec les Autochtones survient après près de deux ans passés à la tête du ministère fédéral complémentaire, Services aux Autochtones. Le ministre Miller était par exemple responsable de fournir de l’eau potable aux communautés, ou encore d’organiser leur vaccination contre la COVID-19. Son ancien ministère, créé en 2018, doit disparaître une fois l’autonomie des communautés atteinte.

Restitution des terres

L’objectif de Marc Miller est maintenant de « rendre irréversibles » les progrès réalisés en matière de réconciliation, notamment en redonnant des terres. « On parle de griefs historiques, on parle du territoire, on parle de la terre. C’est l’élément clé de la relation. C’est très simple : le retour des terres, du territoire, c’est quelque chose de très important, mais ce n’est pas quelque chose de très facile. »

Que signifie, pour lui, ce concept surtout utilisé par les militants pour les droits des Autochtones ? « Le constat général est que ça doit être plus difficile pour le fédéral, pour le provincial, pour le municipal, pour les individus, d’empiéter sur les titres autochtones », explique Marc Miller, avant de se lancer dans une critique en règle de son propre ministère pour ses longs délais de traitement lors de litiges entre le fédéral et les nations autochtones.

« Ça prend plus de travail chez nous [au ministère], franchement, pour débroussailler, pour défricher, toutes les choses qui prennent beaucoup de temps à l’intérieur de la fonction publique et qui ne devraient pas prendre autant de temps », dit-il.

La restitution de territoires autochtones aux communautés qui en feraient la demande pourrait se faire « à travers les mécanismes actuels, [ou] d’autres façons : rachat de territoire, rachat de terres ». Ce qui serait pour le ministre « une reconnaissance qu’il y a des torts causés et qu’il y a une réparation à faire ».

Il nuance toutefois : « Il y a des gens qui habitent là [sur les territoires revendiqués]. Il n’y a personne qui demande à qui que ce soit de se déplacer. Je pense qu’il y a des pôles extrêmes de pensée qu’il faut un peu démystifier. »

Mouvement autochtone

En promettant de « redonner le territoire », le ministre fait référence à un mouvement beaucoup plus large de revendications liées aux Autochtones, explique Jacynthe Ledoux, avocate spécialiste en droit autochtone au cabinet Cain Lamarre.

« Quand on parle de restitution des terres [en anglais : land back], l’erreur est de penser avec nos conceptions occidentales de droit de la propriété, de penser qu’on va redonner de la propriété aux Autochtones. Ce n’est pas tout le temps ça, ça ne prend pas toujours cette forme-là, parce que dans la perspective autochtone, souvent, on n’est pas propriétaire de la terre […] on est plutôt dans une perspective de partage du territoire. »

Selon Me Ledoux, différents processus en cours poursuivent déjà un objectif de restitution des terres, comme les négociations de traités. « Il faut se rappeler que malgré tout, le territoire, les ressources naturelles, c’est provincial », conclut-elle.

Le ministre Marc Miller en convient. « Ottawa n’a pas le contrôle, pas le mot final sur tout. […] Ça nous prend la complicité des provinces, des municipalités, des individus aussi. »En mentionnant une cause autochtone restée en litige pendant un siècle, il prévient que le projet de restitution des terres ne se fera pas en un claquement de doigts. « La réalité, c’est qu’on ne réglera pas tout dans mon mandat. »

À voir en vidéo