Un «minicaucus» conservateur à la défense des antivaccins

M. O’Toole s’est résigné à accepter le règlement des Communes qui exigera, à compter de la rentrée parlementaire le 22 novembre.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne M. O’Toole s’est résigné à accepter le règlement des Communes qui exigera, à compter de la rentrée parlementaire le 22 novembre.

La question de la vaccination obligatoire contre la COVID-19 n’a pas fini de hanter Erin O’Toole. Un groupe de conservateurs s’apprête à fonder son propre « minicaucus » qui défendra les Canadiens non vaccinés. L’entourage du chef nie qu’il s’agisse d’un désaveu. Mais d’autres martèlent que ce n’est rien de moins qu’une contestation de son leadership.

Le « caucus des libertés civiles » comptera de 15 à 30 députés et sénateurs conservateurs qui tiennent à parler au nom des Canadiens qui ont perdu leur emploi après avoir refusé de se faire vacciner. Le groupe souhaite encourager l’offre « d’accommodements raisonnables » pour ces travailleurs et pourrait convoquer des experts pour débattre de la question, a expliqué l’instigatrice, l’élue Marilyn Gladu, au journal parlementaire Hill Times, qui a le premier rapporté la nouvelle.

Le minicaucus continuera de siéger avec les conservateurs. Mme Gladu, qui a brièvement brigué la chefferie de son parti l’an dernier, a indiqué sur Twitter que la création de ce groupe « n’a rien à voir avec le leadership d’Erin [O’Toole]. Ce sont des discussions autour de préoccupations de nos commettants ».

Une source conservatrice pense au contraire que l’initiative a beau être présentée ainsi, il s’agit « clairement d’une contestation de son leadership. Il est hypocrite de dire que ce ne l’est pas. » Plusieurs membres de ce minicaucus seront d’ailleurs des conservateurs des Prairies ou de l’Ontario ainsi que des élus pro-vie qui ne veulent plus de M. O’Toole comme chef, dit cette personne qui a auparavant été un haut stratège du parti.

L’entourage du chef a néanmoins affirmé qu’il n’y a pas là de rebuffade. « S’ils voulaient vraiment nuire à Erin O’Toole, ils siégeraient comme caucus indépendant », a fait valoir un autre conservateur. « Ça peut nous nuire, a-t-il convenu. Mais chez certains membres du parti, les convictions importent plus que le reste », explique-t-il, en notant que le Parti conservateur est composé depuis longtemps de diverses franges militantes.

Un troisième conservateur reconnaît à son tour que la création d’un caucus visant à défendre les antivaccins n’est pas idéale. « Ce n’est pas ce que l’on souhaite. On veut se concentrer sur l’économie, sur la pénurie de main-d’œuvre. » Mais les réflexions d’élus sur un sujet qui mobilise aussi une partie de la population ne peuvent être étouffées, a-t-il expliqué.

Le bureau d’Erin O’Toole a refusé de faire des commentaires vendredi.

La députée libérale Rachel Bendayan a déploré que des membres du caucus conservateur se rangent « derrière ceux qui refusent de se faire vacciner ». « Le moment est venu pour Erin O’Toole de tenir tête à son caucus et de dénoncer ce groupe et son message », a-t-elle commenté par écrit.

Le leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique, Peter Julian, a quant à lui accusé les conservateurs d’être « occupés à se disputer entre eux au sujet de la vaccination ». « Les élus ont la responsabilité de montrer l'exemple et de suivre les conseils de santé publique, comme tout le monde », a-t-il argué.

Le Bloc québécois n’a pas souhaité commenter les dynamiques internes d’un autre parti. 


Autres affrontements en vue

Le Parti conservateur compte déjà, comme d’autres, des sous-caucus qui se rassemblent sur certains dossiers, comme les affaires autochtones, l’agriculture ou le tourisme.

Le caucus des libertés civiles diffère toutefois, car il défendra une position que son chef peine déjà à soutenir.

Le dossier avait causé des maux de tête à M. O’Toole en campagne électorale — qui refusait d’appuyer la vaccination obligatoire ou d’exiger que ses candidats soient vaccinés — et il continue de le talonner.

Une poignée de députés conservateurs ne seraient pas vaccinés. Le parti refuse de préciser combien.

M. O’Toole s’est résigné à accepter le règlement des Communes qui exigera, à compter de la rentrée parlementaire le 22 novembre, que tous les députés qui veulent y entrer soient immunisés contre la COVID-19. Mais pour apaiser certains de ses collègues, M. O’Toole compte contester la prise de décision qui a mené à ce règlement, affirmant que le privilège des parlementaires s’en trouve brimé.

Plusieurs conservateurs, même s’ils sont eux-mêmes vaccinés, s’opposent à ce que ce soit obligatoire, défendant plutôt la liberté de choisir.

Notre source ex-stratège et critique d’Erin O’Toole prédit que les élus non vaccinés tenteront néanmoins d’entrer au parlement le 22 novembre et qu’ils feront peut-être même une conférence de presse en guise de coup d’éclat.

Les dissensions au sein des conservateurs ne font que commencer, prédit cette personne.

Un autre groupe d’élus serait d’ailleurs en train de se réunir, selon le Toronto Star, pour répliquer à la promesse libérale de plafonner les émissions de GES des industries du gaz et du pétrole, promesse réitérée par Justin Trudeau à la COP26 cette semaine et à laquelle M. O’Toole n’a pas répliqué publiquement.

« Il ne se comporte pas comme un chef. Et ces divisions surgissent lorsqu’il y a un vide de leadership », a déploré notre source.

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