Débat sobre en vue du scrutin

Le second et dernier débat des chefs en français, mercredi, a suscité relativement peu de prises de bec et d’échanges cacophoniques. La formule censée contraster les propositions des cinq principaux chefs de parti a plus souvent mené à des échanges ternes, ponctués de quelques moments révélateurs.

« Je suis fier d’être Québécois. Vous ne m’accuserez pas de ne pas être Québécois, M. Blanchet ! » a lâché le chef libéral, Justin Trudeau, dans un moment d’émotion. La tirade a commencé quand le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lui a demandé, alors qu’il ne dit pas aux autochtones quoi faire, « pourquoi dit-il à la nation québécoise quoi faire et quoi penser ». Le chef conservateur a clos l’échange en soutenant qu’il est le seul à pouvoir remplacer Justin Trudeau comme premier ministre.

La justification d’une élection en pandémie, le financement de la santé, la gestion des finances publiques, la protection de l’environnement et la culture ont été parmi les thèmes ayant suscité le plus d’échanges entre les aspirants premiers ministres.

Le Groupe de diffusion des débats a rassemblé au Musée canadien de l’histoire de Gatineau, mercredi, les chefs des cinq partis représentés aux Communes à la dernière session parlementaire. La formule retenue combinait la prise de parole de membres du public, des questions de l’animateur adressées à un chef en particulier et une ronde de débat ouverte aux cinq chefs.

Après trois semaines de campagne électorale, la question du déclenchement des élections est revenue hanter le chef libéral. « En pleine pandémie, pourquoi est-ce que M. Trudeau a déclenché une élection, a demandé le chef conservateur, Erin O’Toole. On doit travailler contre la quatrième vague. » Les autres chefs se sont montrés d’accord. Justin Trudeau a rétorqué que les électeurs méritaient d’avoir un choix « sur les changements climatiques, sur la vaccination, sur les armes à feu ».

Tous les chefs ont convenu que l’immigration compte pour une part de la réponse au problème de la pénurie de main-d’œuvre. Les partis avaient toutefois des points de vue divergents sur l’avenir de la Prestation canadienne de relance économique, que le chef conservateur souhaite à tout le moins suspendre, tout comme celui du Bloc, sauf pour les artistes. Le chef libéral a rappelé que les prestations ont été réduites, et promet plus d’incitatifs à l’embauche, et celui du NPD a suggéré un crédit d’impôt au bénévolat.

La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, a invité ses homologues à penser aux gens marginalisés « qui ont besoin de cette prestation pour survivre, et c’est même pas assez, ils sont menacés d’expulsion de leur logement ! » Elle propose un revenu minimum garanti, « de subsistance ».

La question du coût de la vie a été l’objet d’une prise de bec entre les différents chefs, après que le conservateur Erin O’Toole a soutenu que le NPD et les libéraux aggravent le problème en proposant des dépenses gouvernementales superflues. « Vous êtes du même côté, vous deux ! », a répliqué le néodémocrate Jagmeet Singh, amalgamant conservateurs et libéraux comme des partis qui n’investissent pas assez dans les programmes sociaux. Annamie Paul est entrée dans la mêlée pour soutenir l’importance d’« investir dans les gens ».

« On veut créer cette croissance économique, oui, nous allons gérer cette inflation, parce que nous devons garder l’abordabilité pour la famille », s’est défendu Justin Trudeau, questionné sur l’inflation. Son adversaire Erin O’Toole a ensuite eu du mal à expliquer en quoi ses promesses régleraient le problème de la hausse des prix tout en maintenant l’essentiel des dépenses annoncées par le gouvernement libéral. « Il y a une crise du coût de la vie à cause des dépenses de M. Trudeau », a-t-il argumenté.

Les garderies ont été un autre point d’achoppement. Erin O’Toole est resté vague sur le sort de l’entente de six milliards entre le fédéral et le Québec. Il a rappelé souhaiter verser de l’argent directement aux familles, en particulier les plus vulnérables. « M. O’Toole ne comprend même pas le système de garderies au Québec, a lancé Justin Trudeau. Les familles les plus vulnérables au Québec ne paient pas leur garderie ! »

Yves-François Blanchet est entré dans ce débat en rappelant que le système québécois est une démonstration que la province « n’a pas besoin du fédéral pour administrer [ses] affaires. » Annamie Paul a conclu par une réflexion : « s'il y avait plus de femmes qui représentent leur parti, surtout comme chef, aurait-on attendu des décennies pour [ce] programme ? »

 

Question d’un enfant

 

Le segment sur l’environnement a débuté avec la question d’un enfant qui a attendri tous les chefs. À 11 ans, Charles Leduc a dit déjà s’inquiéter pour l’avenir des enfants qu’il aura un jour lorsqu’il sera adulte. Il voulait savoir ce que chaque parti voulait faire pour diminuer l’utilisation des énergies fossiles.

 

D’autres questions sur ce thème ont tout de même donné lieu à quelques prises de bec. «Depuis 24 ans, aucune cible fixée par le Canada n’a été atteinte», a martelé l’animateur Patrice Roy avant de demander à Justin Trudeau comment les gens pouvaient lui faire confiance. «On est déjà en voie de dépasser les cibles qu’on avait fixées à Paris il y a cinq ans», a affirmé le chef libéral. «Malheureusement, les conservateurs veulent revenir au plan Harper et briser leur promesse de Paris», a-t-il ajouté.

« M. Trudeau chaque année comme premier ministre, il a manqué ses objectifs, et les Canadiens méritent un plan concret », a rétorqué son adversaire conservateur. « J’appellerais les cibles actuelles de petites lâchetés », les a accusés le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, en soulignant qu’ils changeaient constamment l’année de référence pour le calcul des GES.

« Le Canada est en train de rater une opportunité historique d’être sur le premier rang d’une économie verte », a déploré Annamie Paul. « Tous les plans de tous les chefs ici ce soir comptent sur la pensée magique, sauf le plan libéral », a rétorqué M. Trudeau.

« En six ans, vous avez le pire bilan du G7, et la réalité c’est que vous aviez promis d’éliminer les subventions aux pétrolières », avait souligné M. Singh un peu plus tôt.
 

Les langues autochtones doivent-elles obtenir le statut de langues officielles au Canada? « On doit reconnaître les langues autochtones comme des langues officielles », tranche Jagmeet Singh, alors qu’Erin O’Toole en reste plutôt aux deux langues actuelles, « mais c’est possible  d’instaurer des services dans les langues autochtones. » Yves-François Blanchet ne s’est pas opposé à l’idée, disant que « les langues autochtones doivent avoir une reconnaissance officielle. » Pour sa part, Justin Trudeau a rappelé la nomination d’une gouverneure générale qui ne parle pas le français, mais l’inuktitut. « Pour moi ça démontre à quel point nous devons valoriser ces cultures, ces langues. »

 

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n’a toujours pas dit à quel autre parti il pourrait accorder son appui, si celui-ci devenait indispensable pour la formation d’un gouvernement. « Si c’est bon pour le Québec, on sera pour. C’est mauvais, on sera contre », a-t-il résumé. M. Blanchet a toutefois précisé qu’un éventuel prochain premier ministre devrait satisfaire aux exigences du Québec sur les transferts en santé, ce qu'aucun autre parti ne propose. « Ils devront s’entendre entre eux! » 

Même si la question des armes à feu a fait couler beaucoup d’encre dans cette campagne, elle n’a occupé qu’une minuscule place dans le débat, à la toute fin. Le chef conservateur a été la cible de ses adversaires libéral et bloquiste sur la question des armes à feu. « Là, vous pourriez utiliser le mot flou », a accusé M. Blanchet. « M. O’Toole a refusé de dire ce qu’il voulait faire, a lancé M. Trudeau. Il fait des deals avec des groupes d’intérêts spéciaux comme il le fait avec l’avortement. » Le chef conservateur a répliqué : « M. Trudeau dira n’importe quoi pour gagner. »

   

En point de presse après le débat, tous les chefs se sont fait poser des questions par Rebel News, un média controversé dont l’accréditation d’abord refusée lui a été accordée après une injonction de la cour. 

Justin Trudeau a pris sa représentante à partie. «La réalité est que des organisations comme la vôtre qui continuent de répandre de la désinformation sur la science entourant les vaccins, sur comment nous allons nous sortir de cette pandémie, être là les uns pour les autres et garder nos enfants en sécurité fait partie de la raison pourquoi nous avons malheureusement de la colère et un manque de connaissance de base sur la science», a-t-il lancé.

 

Jagmeet Singh a par la suite refusé de répondre à toutes questions de Rebel News. La question portait sur la prémisse qu’il avait « embrassé [les idées] les milliardaires de Big Pharma ».

 

Le seul débat en anglais de cette campagne électorale aura lieu quant à lui jeudi soir.



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