Conservateurs et bloquistes dévoilent leurs chiffres tout juste avant le débat

Les conservateurs ont présenté mercredi les données sur lesquelles ils basent leur promesse d’équilibrer le budget dans la décennie sans faire de compressions. Sur la photo, Erin O’Toole avant le débat des chefs.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Les conservateurs ont présenté mercredi les données sur lesquelles ils basent leur promesse d’équilibrer le budget dans la décennie sans faire de compressions. Sur la photo, Erin O’Toole avant le débat des chefs.

À peine quelques heures avant le dernier débat en français, mercredi soir, le Parti conservateur du Canada et le Bloc québécois ont tous deux fourni leur estimation du coût de leurs promesses électorales, ne laissant que le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert sans cadre financier à 12 jours du scrutin.

Les conservateurs ont présenté les données sur lesquels ils se basent pour réaliser leur promesse d’équilibrer le budget dans la décennie sans faire de compression. Le truc, disent-ils, est une approche « raisonnable » qui « limite l’augmentation des futures dépenses ». À plusieurs reprises, le document fait référence au plan libéral pour s’y comparer.

En tout, les conservateurs prévoient 52 milliards de nouvelles dépenses lors des quatre prochaines années, qui s’ajoutent à celles prévues au budget de 2021. La cinquième année, ils comptent faire 700 millions d’économies.

Après une brève augmentation du déficit l’an prochain, il est prévu de le réduire à moins de 25 milliards pour 2025-2026, ce qui représente un montant équivalent aux estimations revues du Directeur parlementaire du budget (DPB) cet été, mais moins que le déficit de 30,7 milliards prévu initialement dans le dernier budget. Les conservateurs comptent tout de même dépenser beaucoup moins que leurs adversaires en coupant dans certaines dépenses prévues par les libéraux.

Ils prévoient, par exemple, retirer 26,7 milliards des 29,8 prévus pour le système pancanadien de garderie des libéraux. Seul le montant de trois milliards pour l’an prochain est maintenu. Les conservateurs prévoient ajouter 900 millions en crédit d’impôt pour la garde d’enfant 2021-2022. Ce montant diminuerait d’année en année jusqu’à atteindre 120 millions en 2025-2026. « Le nouveau crédit de frais de garde est supposé être ultra-généreux et malheureusement, on ne le voit pas », a fait remarquer le fiscaliste Luc Godbout. « Donc, eux les ententes avec les provinces, ils mettent un terme à ça. » Tout au plus, 9,7 milliards sont prévus l’an prochain pour conclure tous types d’entente avec les provinces.

 

Le cadre financier conservateur semble indiquer que les provinces devront s’armer de patience avant de voir la couleur des 60 milliards de dollars promis pour la hausse des transferts en santé sur 10 ans. Seulement 3,63 milliards sont budgétés pour les cinq prochaines années, puisque la formule existante des transferts confère déjà la hausse de 6 % promise en contexte de forte croissance économique.

Le cadre financier détaille aussi un scénario selon lequel la croissance du Canada serait meilleure que prévue — et l’équilibre budgétaire conséquemment atteignable plus rapidement. Par exemple, les conservateurs planifient rétablir la croissance dans le secteur énergétique, « qui était le plus gros moteur d’investissements », et qui a souffert selon eux d’un sous-financement lors des années Trudeau.

La plateforme conservatrice a été soumise au Directeur parlementaire du budget (DPB) pour validation dès les premiers jours de la campagne électorale. Le parti soutient qu’un plus grand nombre de ses promesses ont été chiffrées de manière indépendante que celles des libéraux.

Du côté du Bloc

Le Bloc québécois propose quant à lui 139 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur trois ans, dont près des deux tiers proviendraient de la hausse des transferts en santé. Ce sont ainsi 91 milliards qui seraient alloués aux provinces, ce qui ferait passer la part fédérale de 22 % à 35 % du coût du système de santé à travers le pays, comme elles l’exigent. Ces chiffres n’ont pas encore été validés par le Directeur parlementaire du budget.

Le parti souverainiste voudrait aussi que le fédéral investisse de 15 milliards sur trois ans dans l’ajustement de la pension de la sécurité de la vieillesse au coût de la vie.

Le parti projette 82,3 milliards de dollars de nouveaux revenus durant cette même période en faisant payer les plus riches. Il plaiderait pour que le gouvernement élu prélève un « impôt de solidarité » temporaire de 5 % sur la valeur nette des actifs de plus de 20 millions et de 3 % sur celle des actifs de plus de 10 millions ; les grandes fortunes auraient trois ans pour le payer. Il préconise également un prélèvement unique d’impôt de 15 % sur les profits des grandes entreprises qui correspondrait à la hausse de leurs profits due à la pandémie. Une redevance de 3 % devrait également être perçue sur le chiffre d’affaires au Canada des multinationales de l’Internet.

Le Bloc croit aussi que le Canada pourrait économiser 124 millions de dollars sur trois ans en tirant un trait sur la monarchie. Il préconise d’abolir le poste de gouverneur général et de couper les paiements de pensions aux anciens vice-royaux.

Le Parti vert du Canada a rendu publique sa plateforme mardi, sans cadre financier. Le NPD promet de dévoiler le coût de ses promesses samedi.



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