​La préservation de la culture autochtone passe par les musées, selon Steven Guilbeault

Le ministre du patrimoine canadien, Steven Guilbeault
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre du patrimoine canadien, Steven Guilbeault

Les musées font partie de la solution dans les discussions entourant le rapatriement des biens culturels autochtones et leur préservation, au moment où ce débat a été ravivé par les récentes découvertes de restes humains près d’anciens pensionnats du pays, estime le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault.

Ce dernier a effectué mercredi avant-midi une annonce virtuelle pour détailler les tenants et aboutissants d’une somme de 41 millions de dollars prévue au dernier budget fédéral afin de soutenir les musées et les différentes organisations patrimoniales du pays dans leur réouverture. Cet événement était principalement destiné aux représentants de ces institutions, mais quelques médias, incluant Le Devoir, ont pu y assister.

« On se réjouit de ces annonces-là, sans aucun doute », a réagi en entrevue le directeur général adjoint du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Yves Théoret. « Ça va nous aider à traverser cette période-là particulièrement difficile pour notre organisation », ajoute-t-il. Le MBAM a vu ses revenus autonomes chuter de plus de 70 % depuis le début de la pandémie, qui a forcé à plusieurs reprises la fermeture des installations culturelles de la province.

Culture autochtone

À l’occasion de cette annonce virtuelle, le ministre Steven Guilbeault, a souligné l’importance d’accorder plus de place aux membres des communautés autochtones dans les musées et les autres institutions culturelles, trop souvent dirigés par des hommes blancs, encore aujourd’hui, a-t-il laissé entendre.

« Je vous dirais que c’est le cas dans l’ensemble de nos institutions, mais c’est certainement vrai pour les musées », souligne le ministre, en entrevue au Devoir. Une transition qui est déjà en marche, selon M. Guilbeault, qui donne à titre d’exemple la nomination l’an dernier d’un premier Autochtone à titre de président du conseil d’administration du Conseil des arts du Canada, soit l’animateur et conférencier Jesse Wente.

Au bout du fil, le ministre souligne aussi l’importance d’avoir une réflexion en vue d’accorder plus de place à la culture autochtone dans les musées du pays.

« Il y a de très belles initiatives qui existent au Canada. Il y a des musées qui font une place de choix à la culture et à l’art autochtone. Ce n’est pas nécessairement le cas [partout au pays] », souligne M. Guilbeault, qui relève l’importance de « sortir du modèle colonial » dans la façon dont on traite les questions autochtones.

« C’est au centre de nos préoccupations, sans aucun doute », assure d’ailleurs Yves Théoret, qui souligne de façon plus générale l’importance que les musées témoignent de la diversité culturelle des lieux où ils se trouvent.

Rapatriement des biens autochtones

En parallèle, le ministre du Patrimoine canadien a aussi abordé l’épineuse question du rapatriement des biens culturels et des restes humains autochtones. Celle-ci a de nouveau fait surface dans l’actualité à la suite de la découverte les dernières semaines de tombes anonymes près d’un ancien pensionnat autochtone de Saskatchewan et près de deux autres situés en Colombie-Britannique.

À la mi-mai, l’Association des musées de la Colombie-Britannique a notamment appelé les organismes canadiens financés par le public à remettre aux communautés autochtones les restes humains et les objets funéraires qui se retrouvent dans leurs collections, ce qui représenterait « une étape cruciale vers la réconciliation ».

« Il n’y a pas de réponse unique à cette question-là. Dans certains cas, il y a des initiatives intéressantes qui existent de partenariats, où des communautés autochtones, par souci de préservation, vont choisir de laisser des artefacts [dans des musées] », souligne-t-il. Dans tous les cas, en ce qui concerne cet enjeu, aucune décision ne doit être prise en silo par le gouvernement fédéral, estime le ministre.

« Il faut engager un dialogue avec les communautés, les musées et les institutions pour trouver des solutions ensemble », ajoute le ministre.

Virage numérique

Des représentants de différents musées ont par ailleurs questionné M. Guilbeault sur les impacts de la pandémie quant au virage numérique des musées. Plusieurs établissements ont réussi à rejoindre un grand nombre de personnes en offrant du contenu en ligne pendant la pandémie, mais ces initiatives ne sont souvent pas rentables.

« Comment peut-on réussir à monétiser ce virage-là vers le numérique ? Ce sont des questions que les artistes se posent un peu partout sur la planète. On va certainement travailler avec les musées et les autres institutions pour trouver des solutions », assure le ministre en entrevue. Le MBAM ne s’attend toutefois pas à tirer des revenus des activités numériques qu’il propose.

« On ne veut pas du tout monnayer la culture. Au niveau du numérique, ce n’est pas du tout dans nos intentions », souligne M. Théoret, qui encourage avant tout les visites en personne au musée.

M. Guilbeault s’inquiète d’ailleurs de constater que le projet de loi C-10 tarde à être adopté. Celui-ci, qui vise à réformer la Loi sur la radiodiffusion pour soumettre les géants du web à la réglementation canadienne, devrait normalement être étudié cet automne par des comités sénatoriaux. Or, le spectre d’une élection fédérale rend cette possibilité de moins en moins probable.

« Je déplore comme beaucoup d’autres l’obstruction systématique qu’a fait le Parti conservateur tant en Chambre que dans le Sénat », laisse tomber M. Guilbeault. Le parti d’opposition a notamment dit craindre que ce projet de loi ne nuise aux libertés individuelles sur la Toile. Le projet de loi subit ainsi un délai qui « va nuire à l’ensemble de nos artistes et de nos institutions culturelles et artistiques à l’échelle du pays », déplore M. Guilbeault.

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