Un appui unanime des conservateurs à l’industrie pétrolière

La motion conservatrice avançait en outre que «remplacer le pétrole et le gaz par des options plus écologiques n’est pas faisable sur le plan technologique ou économique».
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La motion conservatrice avançait en outre que «remplacer le pétrole et le gaz par des options plus écologiques n’est pas faisable sur le plan technologique ou économique».

Bien que leur chef Erin O’Toole ait présenté son plan climatique en grande pompe il y a à peine six semaines, les conservateurs viennent de s’unir pour soutenir à l’unanimité les industries pétrolière et gazière et pour s’opposer à tous « obstacles fiscaux ou réglementaires » à ces secteurs.

La motion, présentée par le conservateur d’Edmonton Ziad Aboultaif, proposait que la Chambre des communes « reconnaisse que l’industrie canadienne du pétrole et du gaz, de l’ouest du pays jusqu’en Atlantique, est essentielle au bien-être de la nation et devrait être célébrée ». Le libellé invitait en outre les élus fédéraux à reconnaître que « les obstacles fiscaux et réglementaires limitant la croissance responsable de l’industrie […] devraient être supprimés ».

Tous les députés conservateurs qui se sont prononcés lors du vote, mercredi soir, ont appuyé la motion de leur collègue — y compris le chef O’Toole et les dix députés québécois.

La proposition a néanmoins été défaite à 212 voix libérales, bloquistes, néodémocrates, vertes et celles d’une poignée d’indépendants, contre 118 membres du Parti conservateur et leur ancien collègue Derek Sloan devenu indépendant.

Pourtant, à la mi-avril, M. O’Toole a déposé son très attendu plan environnemental qui promettait d’atteindre les cibles de réduction de gaz à effet de serre adoptées par le Canada en marge de l’Accord de Paris. « Le Canada ne peut pas ignorer la réalité du changement climatique », stipulait la plateforme environnementale.

Le plan conservateur proposait en outre d’instaurer — comme l’ont fait les libéraux — une tarification du carbone qui récompenserait dans leur cas directement les consommateurs à l’aide d’une sorte de « bonis dollars » versés en contrepartie de leur consommation de carburant à base d’hydrocarbures.

Pas de contradiction, plaide le PCC

Un porte-parole conservateur a défendu la position des troupes, en rétorquant que les industries pétrolière et gazière peuvent très bien continuer d’exister si d’autres énergies renouvelables sont en revanche développées et favorisées. Le plan climatique d’Erin O’Toole propose notamment d’investir dans les véhicules électriques, le captage et la séquestration de carbone, ainsi que l’énergie à hydrogène. Et que 15 % du gaz naturel utilisé au pays soit renouvelable d’ici 2030.

« Une analyse indépendante, menée par Navius Research, a révélé que le plan conservateur permettrait d’atteindre les mêmes réductions d’émissions que le plan actuel du gouvernement en 2030, tout en stimulant l’emploi et l’économie », a fait valoir l’attaché de presse d’Erin O’Toole, Axel Rioux. « Le Parti conservateur soutiendra toujours le développement responsable de notre secteur énergétique canadien tout en réduisant les émissions. »

Le gouvernement libéral a toutefois revu ses ambitions climatiques, depuis le dépôt du plan conservateur, et promet désormais des réductions des émissions de gaz à effet de serre de 40 % à 45 % d’ici 2030, et non plus de 30 % comme les conservateurs.

Une motion déconnectée, rétorquent les environnementalistes

L’organisme Équiterre s’est réjoui que la motion conservatrice ait été rejetée, mais s’est avoué inquiet « du fort niveau d’appui qu’elle a tout de même reçu ».

« Nous ne pouvons plus nous permettre de faire semblant que la crise climatique, principalement alimentée par l’exploitation du secteur pétrolier et gazier, ne menace pas nos collectivités, nos écosystèmes et nos milieux de vie, tel que le texte de cette motion l’entend », a commenté le directeur des relations gouvernementales d’Équiterre, Marc-André Viau. « Demander d’affaiblir la réglementation environnementale pour favoriser l’expansion du secteur pétrolier et gazier, c’est l’équivalent de vivre dans un monde de licornes auquel même l’Agence internationale de l’énergie n’adhère pas. »

La motion conservatrice avançait en outre que « remplacer le pétrole et le gaz par des options plus écologiques n’est pas faisable sur le plan technologique ou économique », que ces hydrocarbures demeurent nécessaires pour les véhicules ainsi que pour le chauffage d’édifices, et que leurs industries créent des emplois et des revenus pour l’État. « Le pétrole et le gaz naturel canadiens sont produits selon les normes environnementales les plus strictes du monde », insistait en outre le texte proposé par le député Aboultaif.

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