Singh promet d’interdire la gestion privée des soins de longue durée destinés aux aînés

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh

Pour sa première grande promesse préélectorale, le NPD saute à pieds joints dans les compétences provinciales en promettant, s’il est porté au pouvoir, d’interdire la gestion privée des soins de longue durée destinés aux personnes âgées et d’imposer aux provinces des normes minimales à respecter dans ces établissements. Mais le chef Jagmeet Singh promet au Québec, qui avait déjà reproché aux libéraux de Justin Trudeau de caresser une ambition similaire, qu’il pourra se soustraire de ces obligations.

Le NPD estime que la recherche de profits est incompatible avec l’hébergement des personnes âgées. « Les foyers à but lucratif connaissent depuis longtemps de sérieux problèmes de qualité de soins », écrit le parti dans ce premier chapitre de son programme électoral dévoilé vendredi. Les conditions de travail y sont souvent « épouvantables », les salaires trop bas et le roulement de personnel, trop élevé. « Les preuves sont accablantes : les profits n’ont pas leur place lorsqu’il s’agit de soigner nos proches », conclut le parti.

Aussi, le NPD exproprierait-il les propriétaires de résidences afin que celles-ci soient toutes confiées à des organismes sans but lucratif d’ici 2030. Il imposerait de plus un moratoire sur l’octroi de licences à tout nouvel établissement privé. Au Québec, cela s’appliquerait autant aux CHSLD totalement privés qu’à ceux dits « conventionnés », c’est-à-dire ceux qui sont gérés par le privé (et donc à but lucratif), mais qui appliquent les mêmes conditions d’emploi que le secteur public et facturent le même tarif.

Mais encore faudrait-il que le Québec choisisse de se plier à ce plan. Car le NPD indique que la province « conserverait le droit de se retirer avec compensation pour utilisation dans des programmes similaires ». En d’autres mots, il pourra avoir sa part des 5 milliards de dollars que le NPD réserverait à cette initiative. Les autres provinces, elles, devraient s’engager à utiliser l’argent de la façon dictée par Ottawa.

Le NPD établirait par ailleurs des normes à respecter dans ces établissements, notamment un nombre d’heures minimales de soins devant être prodigués et le type de soins devant être fournis, ainsi que les conditions de travail de la main-d’œuvre. Ce sont là des secteurs qui relèvent entièrement des champs de compétences des provinces, mais le chef du NPD, Jagmeet Singh, n’en a cure. « On respecte énormément la juridiction et les compétences des provinces, mais les familles qui ont perdu leurs proches nous disent : “Vous devez agir et vous ne pouvez pas utiliser les compétences comme d’une excuse pour ne pas agir” », a lancé M. Singh.

En Ontario, le premier ministre Doug Ford avait indiqué l’été dernier qu’il était ouvert à l’imposition de normes nationales. Il songeait à ramener dans le giron public les établissements de soins de longue durée privés. Au Québec, François Legault a aussi dit après la première vague de la pandémie, qui s’est traduite par des scènes d’horreur dans certains établissements privés, qu’il considérait la possibilité de conventionner ces derniers.

Sans surprise, l’Association des établissements privés conventionnés n’est pas d’accord avec l’idée de M. Singh. « On n’est pas favorables à tout nationaliser. Le privé conventionné a quand même sa place sur l’échiquier », lance la directrice générale, Annick Lavoie. Mme Lavoie fait valoir que les centres privés conventionnés offrent le meilleur des deux mondes en garantissant la même qualité de soins qu’au public, mais « l’agilité » du privé pour répondre rapidement aux désirs des résidents. Les établissements de soins de longue durée entièrement privés représentent environ 10 % du marché au Québec, et les établissements conventionnés, 20 %. Les 70 % restants sont des CHSLD publics.

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