O’Toole favorable à des peines plus légères pour les Canadiens toxicomanes

«Ce n’est pas approprié d’avoir des peines très sérieuses pour les Canadiens qui ont des problèmes de drogues», a lancé le chef conservateur Erin O’Toole en conférence de presse lundi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Ce n’est pas approprié d’avoir des peines très sérieuses pour les Canadiens qui ont des problèmes de drogues», a lancé le chef conservateur Erin O’Toole en conférence de presse lundi.

Le Parti conservateur a souvent attaqué le Parti libéral en supputant qu’il décriminaliserait les drogues dures au pays. Mais c’est maintenant son chef, Erin O’Toole, qui pense que les gens aux prises avec un problème de toxicomanie ne devraient pas écoper de peines criminelles.

« Ce n’est pas approprié d’avoir des peines très sérieuses pour les Canadiens qui ont des problèmes de drogues, a lancé M. O’Toole en conférence de presse lundi. On doit donner assistance aux Canadiens qui ont des problèmes de toxicomanie et des problèmes de santé comme ça. Je ne suis pas pour des peines très graves pour un crime comme cela. »

M. O’Toole était invité à commenter la directive donnée cet été par la directrice des poursuites pénales du Canada (DPP) aux procureurs de l’État de ne plus déposer d’accusation criminelle dans les cas de possession simple de drogue, quelle que soit la substance trouvée. La DPP, Kathleen Roussel, a écrit qu’il fallait « rechercher des mesures de rechange appropriées et des mesures de déjudiciarisation », notamment renvoyer les délinquants vers les tribunaux de la toxicomanie (qui imposent souvent des cures de désintoxication) plutôt que vers les tribunaux courants. La DPP n’a pas eu à demander l’aval du ministre de la Justice ni d’aucun élu avant d’établir cette directive.

M. O’Toole ne s’est pas directement prononcé sur la pertinence de voir une non-élue prendre une telle décision. Il a seulement réitéré son objection à la légalisation des drogues. « On a des inquiétudes avec la légalisation de toutes les drogues, bien sûr, particulièrement en pleine pandémie, a dit le chef conservateur. On a vu des cas horribles avec les opioïdes. »

Ce n’est pas approprié d’avoir des peines très sérieuses pour les Canadiens qui ont des problèmes de drogues.

 

Cette prise de position du nouveau chef conservateur tranche avec les positions passées de sa formation. Encore en 2019, pendant la campagne électorale fédérale, le Parti conservateur s’était attaqué avec virulence au Parti libéral, laissant entendre que, si Justin Trudeau était reporté au pouvoir, il relâcherait le contrôle des drogues. Des publicités en langue chinoise, notamment, soutenaient que « Justin Trudeau a[vait] un plan pour légaliser les drogues dures ». La publicité confondait délibérément « légalisation » avec « décriminalisation », car en guise de preuve, elle citait Justin Trudeau lors du débat des chefs de TVA. Celui-ci avait répondu « pas tout de suite » quand il s’était fait demander s’il était ouvert à la décriminalisation. Dans la publicité conservatrice, c’est devenu une question sur la légalisation.

Andrew Scheer, alors le chef conservateur, avait affirmé dans les jours qui avaient suivi que la priorité devrait être le financement de programmes de désintoxication. « C’est là qu’on devrait faire nos investissements, pas dans la décriminalisation des drogues dures », avait-il dit en entrevue avec CP24. Il avait aussi reproché « aux candidats qui se présentent sous la bannière libérale de réclamer la décriminalisation des drogues dures ».

La légalisation des drogues est ce qui permet leur vente libre, comme cela a été fait avec la marijuana. Avec la décriminalisation, la substance demeure illégale, donc contrôlée et interdite de production et de vente, mais sa possession ne se traduit pas par une peine criminelle pour le consommateur.

Le gouvernement aurait pu légalement annuler la directive de la DPP Kathleen Roussel, mais il ne l’a pas fait. Plusieurs spécialistes interrogés par Le Devoir ont supposé que le gouvernement n’a pas voulu donner l’impression qu’il s’ingérait dans les décisions de la DPP, sujet particulièrement sensible dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin, qui portait aussi sur l’indépendance de la DPP.

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