L’opposition dénonce l’absence de francophones au sommet de la diplomatie canadienne

«Affaires mondiales Canada a littéralement abandonné le français», déplore Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d’Affaires étrangères.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Affaires mondiales Canada a littéralement abandonné le français», déplore Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d’Affaires étrangères.

Les partis d’opposition à Ottawa dénoncent unanimement l’absence de francophones dans les postes clés de la diplomatie canadienne et appellent le gouvernement Trudeau à agir au plus vite pour rétablir le caractère bilingue du pays à l’étranger.

« Affaires mondiales Canada a littéralement abandonné le français. [Le Canada] est un pays qui promeut le bilinguisme, mais qui s’affiche en anglais à l’international, et ce, même si le français est parlé sur les cinq continents de la planète et qu’il constitue l’une des deux langues de travail de l’ONU », déplore Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d’Affaires étrangères.

Le Devoir révélait lundi que la haute direction d’Affaires mondiales Canada est presque uniquement composée d’anglophones et ne fait accéder que d’autres anglophones aux postes stratégiques. Plusieurs employés d’expérience, cadres et ex-cadres d’Affaires mondiales Canada — dont un ambassadeur en fonction — ont confié être très préoccupés par la situation, dénonçant un climat d’indifférence à l'égard du français, qui s’est amplifié avec le temps. La situation est telle qu’elle force nombre de fonctionnaires francophones à travailler en anglais pour espérer faire avancer leur carrière.

S’il a tout d’abord refusé de répondre aux questions du Devoir, laissant la rédaction d’une réponse à ses fonctionnaires, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a souhaité réagir lundi soir. « En tant que Québécois et francophone, je suis toujours attentif à l’utilisation du français au sein de nos institutions et un fervent défenseur de la langue française. À titre de ministre des Affaires étrangères, je m’assure que nos deux langues rayonnent, tant ici, au Canada, qu’à l’étranger », soutient-il, précisant qu’il est essentiel, selon lui, que chacun puisse travailler dans la langue de son choix.

« Nous reconnaissons qu’il y a des défis et je suis conscient que l’on peut et que l'on doit toujours s’engager à faire mieux. Nous y travaillons notamment dans le cadre de notre Plan d’action pour les langues officielles 2019-2022 », a ajouté le ministre sans fournir plus de détails.

À la défense du bilinguisme

Pour le Bloc québécois, c’est une « véritable culture » de rejet de la langue de Molière qui s’est insinuée au sein d’Affaires mondiales Canada. « Il m’est déjà arrivé qu’une séance de breffage soit offerte dans la langue de Shakespeare à l’ambassade canadienne à Paris ! » donne en exemple Stéphane Bergeron.

« On veut donner l’image d’un pays fièrement bilingue, mais en réalité, le français y est clairement minoritaire. Le bilinguisme attire pourtant le respect du monde entier, ça nous différencie de plusieurs pays. On ne devrait pas négliger ça », renchérit Niki Ashton, députée et porte-parole aux langues officielles du Nouveau Parti démocratique.

Cette situation vient nourrir, selon elle, l’inquiétude grandissante concernant le déclin du français au Québec, mais aussi au Canada. Elle vient également confirmer que le gouvernement Trudeau « ignore cette réalité » et ne « fait rien pour la corriger ».

De son côté, le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, estime qu’un nombre plus important de cadres francophones à Affaires mondiales Canada aurait « un impact positif sur nos relations internationales ». Il cite en exemple le « manque de leadership des libéraux » en ce qui concerne le rôle du Canada au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie. « [C’est] un rôle important qui nécessite de l’expertise de diplomates francophones », insiste-t-il.

La situation à Affaires mondiales Canada a également soulevé l’inquiétude au sein du Parti québécois sans créer pour autant de surprise. Pour son chef, Paul St-Pierre Plamondon, le bilinguisme tel que promis par l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau n’a jamais vraiment existé.

« Tout le monde parle toujours anglais dans la fonction publique canadienne et beaucoup ne maîtrisent pas le français. C’est donc impossible d’évoluer et de s’y épanouir en étant francophone », regrette-t-il. Comme avocat, il explique avoir travaillé dans plusieurs dossiers concernant des cadres de la fonction publique victimes de discrimination parce qu’ils sont francophones et souhaitent travailler dans la langue de Molière.

« C’est une métaphore puissante de ce qui se passe pour le Québec à l’intérieur du Canada. Pour avancer, il faut utiliser la langue épousée par le pays, soit l’anglais, car le français n’est qu’une langue parlée localement, par les Québécois surtout », ajoute-t-il.

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