De moins en moins de policiers au pays

La police coûte en moyenne 317$ à chaque citoyen, une facture qui est demeurée à peu près stable depuis le sommet de 320$ atteint en 2009-2010.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir La police coûte en moyenne 317$ à chaque citoyen, une facture qui est demeurée à peu près stable depuis le sommet de 320$ atteint en 2009-2010.

N’en déplaise au mouvement « Defund the Police », les services policiers coûtent moins cher qu’avant et le nombre de policiers diminue déjà au Canada. Il faut remonter à l’an 2000 pour trouver un taux d’agents de la paix en fonction plus bas, selon Statistique Canada.

En 2019, date à laquelle les données ont été colligées, il y avait en effet 68 718 policiers au pays, soit 183 par 100 000 habitants. Il s’agissait d’une diminution de 1 % par rapport à l’année précédente. Ce taux est en constante baisse depuis 2010, lorsque le sommet de 200 policiers par 100 000 habitants avait été atteint. Le coût des services policiers, lui, était en hausse de 1 %, pour s’établir, tous corps policiers confondus, à 15,7 milliards de dollars. Mais il s’agit dans les faits d’une diminution du budget de fonctionnement puisque le salaire et les avantages sociaux des policiers ont augmenté, eux, de 3 %. La police coûte donc en moyenne 317 $ à chaque citoyen, une facture qui est demeurée à peu stable depuis le sommet de 320 $ atteint en 2009-2010.

 

 

 

 

Le mouvement « Defund the Police » réclame, dans sa version la plus modérée, qu’une partie des fonds destinés à la police soit redirigée vers les services sociaux pour éradiquer la criminalité à sa source. La version la plus militante du mouvement exige l’abolition pure et simple de la police, notamment au motif qu’il s’agit d’une institution coloniale qui opprime les minorités. Le rapport de Statistique Canada est d’ailleurs éclairant à cet égard.

Diversité

On y apprend que 4 % de tous les policiers canadiens sont autochtones, alors que ceux-ci forment 5 % de la population. Cette sous-performance est attribuable aux quatre provinces de l’Ouest, car au Québec, en Ontario et dans les quatre provinces maritimes, le taux de policiers autochtones était soit équivalent soit supérieur à leur poids démographique. Les autres minorités visibles sont plus mal loties : elles représentent 8 % de tous les policiers, alors qu’elles forment 22 % de la population. Les policières, quant à elles, représentent 22 % des effectifs, en hausse constante depuis 1986, quand elles formaient seulement 4 % des effectifs.

Le rapport de Statistique Canada indique aussi que les corps policiers ont répondu à 13,5 millions d’appels en 2018-2019, soit 6 % de plus que l’année précédente. C’est la Sûreté du Québec qui a répondu au plus faible taux d’appels, soit environ 20 000 par 100 000 habitants, contre environ 36 000 pour la GRC et 38 000 pour les services de police municipaux. Ce sont, et de loin, les corps de police autochtones qui ont été le plus occupés, répondant à environ 90 000 appels par 100 000 habitants.

15,7 milliards
C’est le coût des services de police au Canada pour 2019, tous corps confondus, en baisse de 1% par rapport à l’année précédente.

Cette augmentation de l’activité ne se reproduira peut-être pas en 2020. Statistique Canada a par ailleurs mené un coup de sonde auprès de 17 corps policiers desservant 59 % de la population pour connaître comment leur travail avait évolué pendant les six premiers mois de la pandémie de coronavirus. L’agence invite à analyser les données avec circonspection, car elles ne sont peut-être pas représentatives de l’ensemble du pays. Néanmoins, on y apprend que les crimes ont diminué pendant la pandémie, mais que les interventions policières ont augmenté.

Ainsi, 12 des 13 types de crimes analysés ont diminué : agressions sexuelles (-20 %), voies de fait (-8 %), conduite dangereuse causant la mort ou des lésions (-25 %), vols à l’étalage (-50 %), introductions par effraction (-25 %) et vols de véhicules (-19 %). Seul crime en augmentation : les menaces proférées par un membre de la famille (+4 %).

Aussi ne faut-il pas s’étonner si la police s’est fait plus souvent demander d’intervenir pour une querelle de ménage (+10 %), pour faire des vérifications du bien-être général d’une personne (+12 %) ou d’un enfant (+17 %), ou pour intervenir dans un cas de problèmes de santé mentale (+10 %).

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