Le Canada plaide déjà sa cause auprès du camp Biden

L’ambassadrice du Canada à Washington, Kirsten Hillman
Photo: Jeff McIntosh Le Presse canadienne L’ambassadrice du Canada à Washington, Kirsten Hillman

La transition officielle a beau avoir à peine commencé, les autorités canadiennes sont déjà en contact avec des proches du président américain désigné, Joe Biden. Car l’ambassadrice du Canada à Washington, Kirsten Hillman, souhaite préparer le terrain d’une relation qui s’annonce certainement plus harmonieuse que sous Donald Trump, mais qui risque néanmoins de compter quelques différends, notamment en raison des visées protectionnistes de Joe Biden et de son opposition au projet d’oléoduc Keystone XL.

Le gouvernement canadien s’est fait discret depuis l’élection de l’ancienvice-président démocrate à la Maison-Blanche. Justin Trudeau l’a félicité et a été le premier dirigeant étranger à s’entretenir avec lui au téléphone. Au-delà de ces éloges de coutume, cependant, le gouvernement est resté prudent, sachant très bien que l’imprévisible président sortant demeure en poste jusqu’au 20 janvier.

Dans les coulisses, en revanche, la délégation canadienne aux États-Unis ne perd pas de temps. Les diplomates ne peuvent pas échanger avec Joe Biden ou son équipe de transition, mais ils ont ciblé certains proches du président désigné qui font partie de son cercle un peu plus élargi.

« M. Biden est bien connu et il a un vaste réseau de contacts qui le conseillent. Ces gens-là se trouvent au Sénat, à la Chambre des représentants, dans des villes comme maires, [ou alors ce sont] des gouverneurs. Ils sont partout. Et nous les connaissons et leur parlons pour faire valoir nos points de vue », a révélé l’ambassadrice Kirsten Hillman lors d’un appel téléphonique avec des journalistes après avoir participé à une vidéoconférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Des divergences en vue

Certaines promesses électorales de Joe Biden annoncent en effet des accrochages avec le Canada. Le président désigné a par exemple promis d’investir des milliards dans des infrastructures pour relancer l’économie américaine une fois la pandémie maîtrisée. Il a toutefois martelé du même souffle, chaque fois, qu’il privilégierait la politique protectionniste du « Buy American » pour créer ces emplois.

L’ambassadrice Hillman a fait valoir que ce courant revenait régulièrement aux États-Unis, sous des gouvernements tant républicains que démocrates, et qu’il n’est donc pas étonnant qu’un tel repli sur soi soit de nouveau défendu en pleine crise économique. La stratégie pour freiner cette ambition de Joe Biden sera la même que lors des négociations du nouvel ALENA avec Donald Trump : démontrer que les Américains en sortiraient perdants. « Le fait est que notre prospérité commune et notre relance économique seront plus rapides, plus durables, si nous travaillons ensemble et nous nous soutenons par des investissements et du commerce. […] Cette stratégie a fonctionné dans les négociations de l’ALENA et je suis certaine que cela fonctionnera encore une fois. »

Le Canada devra en outre défendre son projet d’oléoduc Keystone XL, qui doit offrir une route plus directe pour le transport de pétrole albertain jusqu’au Nebraska.

Ce sont des gens que nous connaissons bien, avec lesquels nous avons déjà travaillé, et cela va nous aider à commencer à développer des plans avec eux assez rapidement

 

Joe Biden s’est engagé à abroger les permis présidentiels autorisant sa construction. C’est son nouvel émissaire pour le climat, John Kerry, qui avait rejeté une première fois le projet en tant que secrétaire d’État du gouvernement de Barack Obama, avant que Donald Trump y donne son feu vert.

Là encore, l’ambassadrice Hillman soutient qu’elle offrira la version des faits d’Ottawa : le projet a changé depuis sa première version étudiée par les démocrates, l’entreprise TransCanada a investi en innovation pour réduire ses émissions de GES, le Canada a un système de tarification du carbone et promet d’être carboneutre en 2050. « Il y a de la place pour les énergies fossiles même dans une économie qui cherche à faire la transition énergétique, car nous aurons encore besoin d’énergie fossile pendant un certain temps et il vaut mieux se la procurer auprès de nous qu’auprès des autres options — pour des raisons de sécurité énergétique, environnementales et de gouvernance sociale », a fait valoir Mme Hillman, en reprenant le discours de partisans du projet et d’élus conservateurs en Alberta.

Profiter des liens existants

Puisque Joe Biden terminait son règne de vice-président lorsque les libéraux de Justin Trudeau sont arrivés au pouvoir, les deux équipes se connaissent déjà. Ce genre de relations personnelles « aide quand on a des conversations difficiles », dit l’ambassadrice Hillman.

« Ce sont des gens que nous connaissons bien, avec lesquels nous avons déjà travaillé, et cela va nous aider à commencer à développer des plans avec eux assez rapidement. Ce qui est très important », a affirmé l’émissaire canadienne.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

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