L’affaire UNIS fera-t-elle tomber le gouvernement Trudeau?

Le gouvernement de Justin Trudeau a survécu à son vote de confiance sur le discours du Trône, mais il semble vouloir remettre sa survie en jeu, cette fois avec l’affaire UNIS.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouvernement de Justin Trudeau a survécu à son vote de confiance sur le discours du Trône, mais il semble vouloir remettre sa survie en jeu, cette fois avec l’affaire UNIS.

Le Canada ira-t-il finalement aux urnes en pleine pandémie ? Le gouvernement de Justin Trudeau a survécu à son vote de confiance sur le discours du Trône, mais il semble vouloir remettre sa survie en jeu, cette fois avec l’affaire UNIS. Il menace de s’en remettre aux électeurs si l’opposition s’entête à creuser encore la controverse.

Le gouvernement libéral a été dans l’embarras cet été pour avoir mandaté l’organisme de charité Unis (We Charity) afin de mettre en place un programme de bénévolat étudiant d’une valeur d’un demi-milliard de dollars. M. Trudeau et son ministre des Finances de l’époque, Bill Morneau, ne se sont pas retirés des discussions à ce sujet, même si eux et leur famille ont tiré des bénéfices de l’organisme. Le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a ouvert une enquête, mais l’opposition a voulu creuser elle-même l’affaire, travaux qui ont été suspendus avec la prorogation du Parlement.

L’opposition a tenté de revenir à la charge avec le retour de la Chambre des communes, mais les libéraux l’en ont empêchée, paralysant par le fait même au moins deux comités parlementaires. Les conservateurs entendent donc forcer par un vote mardi la création d’un Comité anticorruption, où il serait notamment question de l’affaire UNIS. Bloquistes et néodémocrates ont l’intention d’appuyer cette initiative. Les libéraux tentent de les en dissuader en sortant l’artillerie lourde.

« Si cette motion devait être adoptée, de sérieuses questions auraient à être posées pour savoir si la Chambre des communes a toujours confiance en ce gouvernement », écrit dans une lettre Pablo Rodriguez, le leader du gouvernement à la Chambre. La menace électorale est à peine voilée.

Les libéraux déplorent que l’initiative des conservateurs ratisse trop large. Le comité envisagé exigerait d’obtenir tous les contrats de la mère et du frère de Justin Trudeau pour prononcer des discours au cours des douze dernières années, soit depuis que M. Trudeau est député fédéral. « Aucun Canadien ne devrait craindre que des parlementaires puissent les obliger à partager des informations financières personnelles de manière arbitraire », plaide M. Rodriguez dans sa lettre.

Les conservateurs n’ont cure de cette menace, qu’ils jugent démesurée. « Suggère-t-il vraiment que si un comité se penche sur la corruption de M. Trudeau, M. Trudeau va déclencher une élection, a demandé le député Pierre Poilievre. Va-t-il vraiment faire cela ? [À première vue], la création d’un comité n’engage pas la confiance [de la Chambre]. Aucun gouvernement n’a été renversé dans l’histoire parce qu’une motion de l’opposition créant un comité a été adoptée. »

Le Bloc québécois trouve lui aussi la riposte gouvernementale « très inquiétante ». « Qu’est-ce qu’ils ont à cacher ? », a demandé le député Alain Therrien en Chambre. Le NPD a lui aussi l’intention de voter avec les conservateurs, mais il tente de trouver une voie de sortie en proposant de ne pas réclamer les données financières de Margaret et d’Alexandre Trudeau.

Ce n’est toutefois pas la seule récrimination des libéraux. Ils reprochent aussi aux conservateurs de chercher à « paralyser » le gouvernement en pleine pandémie en exigeant de la fonction publique la production de milliers de pages de preuves dans des délais trop courts. Cet été, le sous-ministre de l’Emploi avait soutenu dans une lettre que la traduction des documents demandés par l’opposition (obligatoire lors d’un dépôt au Parlement) avait nécessité le travail « de plus de 400 traducteurs ».

Les libéraux proposent comme solution de rechange de créer un comité moins « partisan », dont le mandat consisterait à réviser toutes les dépenses gouvernementales engagées pour faire face à la pandémie et pas seulement quelques-unes triées sur le volet par l’opposition. Le gouvernement a aussi proactivement divulgué toutes les sommes touchées par Justin Trudeau pour prononcer des discours de 2006 à 2012. Une grande partie de ces informations avaient été rendues publiques en 2013.

On y apprend qu’il a prononcé 128 discours pour une rémunération totale de 1 341 500 $. En 2006, alors qu’il n’était pas encore élu, M. Trudeau a donné 36 discours (290 000 $). C’est en 2007, année de son entrée à la Chambre des communes, qu’il est devenu le plus populaire, prononçant 46 allocutions et empochant 462 000 $. M. Trudeau a prononcé 28 discours en 2008 (342 500 $), puis trois en 2009 (35 000 $), cinq en 2010 (90 000 $), trois en 2011 (50 000 $) et quatre en 2012 (72 000 $).

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