Congé de maladie fédéral: victoire pour les enrhumés

Le NPD se réjouit que le congé ne couvre pas seulement les malades de la COVID-19.
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le NPD se réjouit que le congé ne couvre pas seulement les malades de la COVID-19.

Le chef du NPD crie victoire, car le nouveau congé de maladie d’Ottawa sera offert non seulement aux personnes atteintes de la COVID-19, mais aussi à celles qui y seraient plus vulnérables parce qu’elles ont le rhume ou la grippe. Jagmeet Singh croit qu’au lieu de couvrir quelques milliers de personnes, le congé en couvrira « des millions ».

« Ce qui avait été proposé aurait seulement aidé les gens malades spécifiquement de la COVID-19, a expliqué M. Singh. Ce qu’on a réussi à faire, c’est d’élargir cela aux gens qui sont vulnérables. Ça va inclure la grippe, le rhume et beaucoup de maladies respiratoires. Alors ça va augmenter le nombre de gens qui auront accès au programme. »

Le projet de loi C-2 du gouvernement fédéral créait un congé de maladie d’au plus deux semaines financé non pas par l’employeur, mais par Ottawa. Pour s’y qualifier, il fallait soit avoir la COVID-19, soit être en isolement pour des raisons liées à la maladie. Le NPD trouvait que cela était trop restrictif. La modification apportée lundi fera en sorte que les personnes ayant « des affections sous-jacentes » ou « d’autres maladies » qui les « rendraient plus vulnérables à la COVID » pourront aussi faire une demande.

Ce projet de loi (devenu C-4) concrétise aussi le passage des prestataires de la PCU à l’assurance-emploi et instaure un programme de transition pour les travailleurs qui ne s’y qualifieraient pas en temps normal. Le gouvernement libéral veut en accélérer l’adoption afin que les Canadiens touchent rapidement les nouvelles prestations. Aussi a-t-il déposé une motion pour condenser le cheminement parlementaire habituel en quelques heures seulement. Conservateurs et bloquistes s’insurgent.

« C’est tout sauf de la démocratie parlementaire, peste le conservateur Gérard Deltell. Nous avons un devoir, ici, comme élus, de demander des comptes au gouvernement. Nous avons été élus pour demander au gouvernement ce qu’il fait, comment il le fait et pourquoi il le fait. Ce n’est pas en quatre heures et demie de débats à la Chambre que nous pouvons aller au fond des choses pour des dépenses de 57 milliards. »

Le chiffre de 57 milliards ne provient pas du gouvernement : il avait calculé à l’origine que son congé de maladie et ses prestations de transition coûteraient 37 milliards et n’a toujours pas fourni de nouvel estimé. Ce sont les conservateurs qui gonflent ce montant de quelques milliards pour prendre en compte les bonifications obtenues par le NPD. Et ils ajoutent la disposition permettant à Ottawa de dépenser jusqu’à 17 milliards supplémentaires pour la pandémie sans redemander la permission au Parlement.

Pour sa part, le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, estime que c’est une « insulte » d’avoir recours à un bâillon alors que le Parlement revient à peine de sa prorogation d’un mois. Il déplore que les libéraux se sentent autorisés à procéder ainsi grâce à l’appui accordé par le chef néodémocrate. « Je ne suis pas d’accord à ce qu’on dise “Taisez-vous, nous ne vous écouterons pas, et nous allons imposer la volonté de l’exécutif parce qu’on s’est fait un chum dans le Parlement qui va nous aider à faire ça” », a lancé M. Blanchet.

Jagmeet Singh se défend de faire le jeu des libéraux. « En général, je suis contre l’idée de réduire le temps de débat parce que le débat est important, a-t-il dit. […] Dans ce cas spécifique, c’est différent parce qu’on a une urgence. La PCU est finie. Alors sans ce projet de loi, on aurait des millions de Canadiens qui n’auraient pas accès à de l’aide. »

Ottawa avait conclu en juillet avec les provinces une entente sur la relance sécuritaire accompagnée d’un versement de 19 milliards de dollars. Cette entente prévoyait aussi la création de congés de maladie. En coulisses, on explique que la responsabilité des provinces sera d’amender leur Code du travail respectif pour interdire aux employeurs de licencier un travailleur qui aurait recours au nouveau congé de maladie d’Ottawa. Mais les congés seront payés par Ottawa seulement.

Avec Marie Vastel

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