La police autochtone veut un financement stable

«Je ne serai pas heureux tant que j’entendrai deux mots: sanction royale», avait déclaré mercredi Perry Bellegarde, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, en réponse au discours du Trône.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Je ne serai pas heureux tant que j’entendrai deux mots: sanction royale», avait déclaré mercredi Perry Bellegarde, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, en réponse au discours du Trône.

Les dirigeants autochtones demandent au gouvernement fédéral de considérer les services de police desservant les Premières Nations comme un service essentiel.

Selon le vice-président de l’Association des chefs de police des Premières Nations, Jerel Swamp, les ressources des services de police autochtones sont limitées.

« Nous sommes les seuls services de police au Canada qui ne sont pas classés comme services essentiels », déplore-t-il.

Il cite l’exemple du service de police qu’il dirige, à Rama, en Ontario, qui n’a pas d’argent pour financer une unité médico-légale ou criminelle et pour procurer de l’aide aux victimes.

Le gouvernement fédéral s’est engagé cette semaine dans son discours du Trône à accélérer la mise en place d’un cadre juridique pour reconnaître les services de police des Premières Nations comme un service essentiel.

Il avait déjà promis de prendre des mesures à ce sujet peu de temps après les élections de 2019. Ces engagements avaient été renouvelés après les manifestations autochtones contre le projet d’oléoduc de Coastal GasLink, en Colombie-Britannique.

En juin, à la suite d’interventions policières violentes contre des Autochtones, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a dit à un comité parlementaire qu’il avait contacté les communautés autochtones pour leur demander leurs avis sur la façon d’apporter des changements.

« Je ne serai pas heureux tant que j’entendrai deux mots : sanction royale », a déclaré mercredi Perry Bellegarde, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, en réponse au discours du Trône.

Le ministère de la Sécurité publique finance les services par l’entremise du programme de services de police des Premières Nations.

« Le financement que nous avons reçu est insuffisant pour fournir les services nécessaires dont nos communautés ont besoin », soutient M. Swamp.

La promesse fédérale de faire des services de police des Premières Nations un service essentiel est un pas dans la bonne direction, ajoute-t-il.

« Cela a été une longue lutte. »

M. Swamp souhaite que les services de police des Premières Nations soient consultés sur le prochain projet de loi. Il sera essentiel de le faire, selon lui.

« Nous sommes les experts [sur cette question], dit-il. Nous devons être consultés pour nous assurer que la loi qui sera adoptée fonctionnera pour nos communautés. »

Un financement pas uniforme

Mary-Liz Power, une porte-parole de Blair, dit que l’adoption d’une loi visant à faire de la police autochtone un service essentiel nécessite la mise en place d’un cadre financier.

« Le travail pour tenir cette promesse est en cours », assure-t-elle.

Le programme de services de police des Premières Nations a été créé en 1991 pour financer des accords entre le gouvernement fédéral, les gouvernements provinciaux ou territoriaux et les collectivités des Premières Nations ou inuites afin de fournir des services de police à ces collectivités.

« Certains services de police des Premières Nations existent depuis plus de 50 ans, nous réussissons donc dans ce que nous faisons », dit M. Swamp.

Le gouvernement fédéral contribue à 52 % du financement du programme de services de police des Premières Nations ; les gouvernements provinciaux et territoriaux contribuent au reste. Il fournit des services de police à près de 60 % des collectivités des Premières Nations et inuites.

En 2018-2019, le ministère de la Sécurité publique a dépensé plus de 146 millions $ dans le cadre du programme pour soutenir 1322 postes d’agents de police dans plus de 450 communautés des Premières Nations et inuites.

Mais ce financement n’est pas uniforme, constate M. Swamp.

« Nos accords de financement sont d’une durée de deux à cinq ans à la fois », mentionne-t-il, faisant valoir que la plupart des autres services non autochtones, comme la GRC, sont financés pendant une période prolongée.

Ce financement à court terme rend la planification plus difficile.

« En tant que chef du service de police, il m’est difficile de créer un plan stratégique pour l’avenir de notre communauté, l’avenir de la police, alors que je ne peux même pas garantir l’existence du financement de notre service de police », souligne M. Swamp.

Le chef de police croit que ces services sont malgré tout efficaces pour enquêter sur les crimes violents en utilisant leurs ressources limitées.

« Nos agents de première ligne se spécialisent davantage dans les enquêtes criminelles, explique-t-il. Ils ne peuvent pas le transmettre à un autre policier d’une unité spécialisée. Un agent doit à peu près faire toute l’enquête de A à Z. »