Pablo Rodriguez lance un appel à la prudence pour le retour du Parlement

Le Parlement doit reprendre ses activités régulières mercredi prochain et les partis représentés à la Chambre des communes négocient encore la forme de ce retour.
Photo: Getty Images Le Parlement doit reprendre ses activités régulières mercredi prochain et les partis représentés à la Chambre des communes négocient encore la forme de ce retour.

Les troupes de Justin Trudeau croient que la mise en quarantaine de la quasi-totalité du caucus du Bloc québécois, pour cause de contact avec la COVID-19, devrait inspirer la plus grande prudence dans la planification du retour du Parlement. Le leader en Chambre, Pablo Rodriguez, y voit la preuve qu’il faut permettre aux élus de voter à distance malgré les réticences des conservateurs.

M. Rodriguez s’est demandé s’il serait « normal » que les députés bloquistes ne puissent pas voter parce qu’ils « respectent les consignes » de santé publique. « Je ne connais pas les détails de leur quarantaine, mais il faut en tenir compte, a-t-il dit mardi. Et c’est pour ça que je lance un appel, en particulier aux conservateurs, pour permettre aux députés de jouer leur rôle démocratique […], c’est-à-dire de pouvoir voter, peu importe où ils sont. »

Lundi, une quarantaine de bloquistes, dont 30 des 32 élus, ont été contraints de s’isoler 14 jours parce qu’un membre de l’entourage du chef a reçu un test positif au coronavirus. Ce membre avait participé à la rencontre en personne du caucus le 8 septembre dernier. La Santé publique est formelle : il faut s’isoler deux semaines après avoir été en contact avec une personne infectée. L’isolement ne devrait pas être écourté, même si on reçoit entre-temps un résultat de test négatif. « À moins que vous ne passiez des tests en série, un test négatif ne signifie pas que vous n’avez pas le virus », a rappelé l’administratrice en chef de la santé publique, Theresa Tam.

Le Bloc québécois a en outre annoncé en soirée que la conjointe du chef était elle aussi atteinte de la COVID-19 et qu’Yves-François Blanchet, qui était déjà en isolement préventif, passerait un test de dépistage mercredi chez lui, en Mauricie.

Le Parlement doit reprendre ses activités régulières mercredi prochain et les partis représentés à la Chambre des communes négocient encore la forme de ce retour. Comme au printemps, une ligne de fracture se dessine entre les libéraux, les bloquistes et les néodémocrates d’un côté et les conservateurs de l’autre.

Le whip conservateur, Blake Richards, a confié au réseau CBC qu’il pouvait envisager la présence de 86 députés à la Chambre des communes, soit un élu sur quatre. Sans confirmer ce nombre, la porte-parole du chef conservateur, Kelsie Chiasson, indique qu’il est effectivement possible « d’avoir plusieurs députés en Chambre assis à un mètre de distance les uns des autres, comme les enfants en classe ».

En coulisses, chez les libéraux, on dit trouver ce nombre « élevé ». On évoque les confinements des bloquistes et des élus ayant côtoyé la mairesse de Longueuil pour justifier un plafonnement sévère du nombre de députés. « Sinon, il va falloir mettre le Parlement au grand complet en isolement. » La Santé publique de l’Ontario limite à 50 personnes les rassemblements intérieurs, mais cette règle ne s’applique pas à la colline du Parlement. Le réseau CTV a en outre révélé qu’un gardien de sécurité qui se sentait malade a circulé à l’intérieur du parlement la semaine dernière en attendant son résultat de test de dépistage, qui s’est avéré positif.

Les discussions entre partis achoppent aussi sur la question du vote. Contrairement à ce qui s’est passé au printemps, où le Parlement avait limité ses travaux aux débats relatifs à la pandémie, l’automne donnera lieu à de nombreux votes, dont certains engageront la confiance de la Chambre. Avec un gouvernement en situation minoritaire, ces votes peuvent précipiter le pays en campagne électorale et seront attentivement scrutés. L’administration de la Chambre teste une application qui permettrait aux députés de voter à distance. En attendant, le gouvernement propose de voter sur l’application de vidéoconférence Zoom.

Les conservateurs n’aiment pas le vote à distance. « Je ne crois vraiment pas que voter devrait se résumer à des députés assis à la maison en pyjama qui votent en balayant leur écran à droite ou à gauche presque comme sur Tinder », a déclaré le whip Blake Richards en entrevue à CBC. Son collègue Gérard Deltell a ajouté au National Post qu’il voulait le plus possible que les votes de confiance se déroulent en personne, notamment pour voir qui vote comment.

Les partis ont repris peu à peu leurs activités en personne. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a effectué une tournée au Québec cet été et son caucus s’est réuni à Saint-Hyacinthe, là où le contact avec une personne contaminée a eu lieu. Le Parti conservateur a tenu une rencontre de son caucus la semaine dernière et environ 80 personnes se sont retrouvées dans la même salle. Justin Trudeau a rencontré en personne lundi et mardi sa trentaine de ministres pour la première fois depuis le début de la pandémie. Le Nouveau Parti démocratique tient aussi cette semaine une réunion de son caucus de 24 députés, mais certains peuvent y assister de manière virtuelle.

Avec Marie Vastel

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